Dimanche 20 novembre 2005 à 20:45

Lorsque je rouvre enfin les yeux, tout est blanc autour de moi. Comme un champ de neige, des congères infinies, un espace aux dimensions gigantesques. Je ne distingue rien d'autre que quelques couleurs, dispersées dans cette brume. Puis une tache noire. Cette forme floue au départ devient de plus en plus nette, et je peux enfin me rendre compte qu'il s'agit d'un visage, et qu'il doit être penché sur moi...

C'est un visage dur et sévère, mais en même temps empli d'une bonté extrême. C'est un visage que l'on regarde, que l'on contemple, et dont on a l'impression qu'il nous emprisonne de par sa magnificence et sa beauté. C'est un visage qui dégage une impression de puissance démesurée, un regard flamboyant, mais glacial. Les traits sont fins, délicats, et les cheveux d'or et d'argent tombent en douces vagues sur le front et devant les yeux. La bouche est parfaitement en harmonie avec le reste, douce et délicatement dessinée, mais indiscutablement masculine. L'ensemble est décidément paralysant, tel un poison bénéfique, si tant est que cela soit imaginable...

Je détourne les yeux et essaie de parler. Je lance quelques mots : "Suis-je seul ?"... Ils résonnent et virevoltent dans le brouillard, se perdant dans les méandres de l'inconnu. Tout d'un coup, une voix semble me répondre d'un lieu si éloigné que j'ai peine à croire que je l'entends aussi distinctement.

Esse ha Ithelyar...
Edhek ha khaejlan'laem...
Esse umen'archea kendi...
Stento iko'sonekhaejlan...

J'ai du mal à comprendre le sens de ces mots. Non pas que je ne comprenne pas la langue, mais l'ensemble n'a aucun sens. "Je suis Ithelyar, je dirige ton esprit, le temps des archanges est fini, celui des Esprits Modulaires commence"...

Que veulent dire ces mots ? Que signifie cette phrase, qui rebondit encore dans l'espace, comme un écho infini qui viendrait de directions multiples ?... Je suis en train d'essayer de déchiffrer son sens, lorsque une autre voix reprend... "Je suis l'architecte du rêve..." murmure-t-elle. Celle ci s'est exprimée en Langage Commun...

Je retourne la tête. Le visage est toujours là. J'en avais presque oublié sa présence. Tout à coup, je m'aperçois qu'il n'a pas bougé. Je comprends alors enfin. Il s'agit de moi. Mais je n'ai pas ce visage... Qui suis-je devenu ? Aurais-je pris possession d'un corps qui n'est pas le mien ? Beaucoup trop d'interrogations d'un coup...

Je n'ai pas à me torturer l'esprit plus longtemps. Je me sens soulevé, puis je m'endors.

[...]

Je me réveille une nouvelle fois. Mais maintenant je suis conscient, et dans un endroit clair. Je suis dans une salle, assis en face d'une rangée de 13 trônes gigantesques. Les quatre du centre sont encore plus impressionnants, dominant de leur prestance les autres. De part et d'autre de ceux-là viennent deux trônes étincelants, d'un blanc pur et lisse. Ensuite, deux trônes plus petits, mais d'une matière différente chacun, sont posés de part et d'autre des deux blancs. Et enfin, deux trônes noirs d'un côté et un de l'autre.

Il ne m'est pas difficile de comprendre. Les quatre centraux sont ceux des Gardiens. Morelen, Dilelen, Amanelen, Gothelen, les gardiens des Portes. Les deux blancs sont ceux des Immaculés Niliea et d'Haelia, à leur image. Ensuite, les quatre qui les encadrent sont aux Servants, Jilgor, Dolgor, Faelgor et Nimelgor. Viennent enfin les trois Défiants, noirs et un peu écartés du reste du Conseil : Korsil, Heorsil et Xanosil.

Un des trônes est occupé. C'est un des Gardiens. Le trône est gigantesque, fait d'une matière qui rappelle le marbre, mais d'une couleur rouge sombre qui attire l'oeil de manière irrésistible. Au sommet est gravée une Porte, sombre entrelacement de puissances et de plasma, et cet ornement semble être doté d'une vie propre. Un cercle couronne le tout, et je m'aperçois que c'est le seul des trônes qui en dispose...

Je commence à comprendre...

Mercredi 16 novembre 2005 à 11:42



J'entends les vagues de puissance qui s'entrechoquent derrière moi. Je contourne le pilier dans une course désespérée vers la vie, et arrive devant le halo doré... La porte ! Elle doit être dans la lumière... Je m'avance alors, pas très sûr de moi, et pose un pied sur ce qui m'apparaît être le seuil du passage.

Un gigantesque grondement vient emplir la cathédrale. Je n'entends plus les bruits du combat. Je suis dans le vide, un vide d'or, immensité démesurée, je suis perdu. Mes sens se dérobent, ma vue se trouble, tout disparaît autour de moi. Est-ce si difficile de passer au travers d'une porte temporelle ?... Je sombre... Je m'endors... Je ne sais pas ce qui se passe, je ne cherche plus à comprendre...

Le silence...

***

Je me suis éveillé dans un lieu qui m'était inconnu. Autour de moi, des ombres et quelques lumières dansantes. Je ne parviens pas à apercevoir les murs de la pièce dans laquelle je suis, à supposer que je sois dans une pièce fermée. Le sol est froid et dur, un peu comme du béton, mais extrêmement lisse, comme s'il avait été poli par de longues années d'existence, vestige d'un âge ancin et désormais révolu, portant en ses atomes la marque d'une lassitude infinie.

Je suis libre de tout mouvement, comme j'ai rapidement pu le constater, ce qui m'a tout d'abord étonné mais qui m'est vite apparu logique. En effet, l'endroit dans lequel je me trouvais semblait être dépourvu de murs, sans fin. J'ai parcouru quelques centaines de mètres dans toutes les directions, mais je n'ai pas pu apercevoir le moindre changement de mon décor...

Plusieurs jours se sont écoulés. Le silence m'a envahi et est devenu mon compagnon de solitude. J'ai pris mon mal en patience et décidé de travailler ma capacité d'isolation temporelle. Certains Héritiers disposent du pouvoir de s'isoler partiellement du temps et de l'espace afin de ne pas influer sur les évènements. Mais ce pouvoir est très difficile à maîtriser, et je n'avais jusqu'à présent pas réellement eu l'occasion de m'y accoutumer. Durant ces quelques jours, j'ai réussi à entrevoir les possibilités fantastiques que nous offre cette capacité. Mais j'ai également pu constater qu'il était extrêmement fatiguant de maintenir l'isolation pendant un long moment. Peu importe... Pour l'instant, je ne fais qu'apprivoiser une nouvelle capacité.

Une lueur plus puissante que les autres me réveille. J'ai juste le temps de tourner la tête pour apercevoir la lueur prendre la forme d'un Ange, mais je ne sais qui il est. Il ressemble à un Domination, bien que je ne puisse pas en être certain. Il se dirige vers moi et m'interpelle :

"Bienvenue, créature Modulaire. Nous savons que vous êtes un Héritier, et nous recherchons un des vôtres, nommé Kalmayr. Peut-être pourriez vous nous fournir des informations qui nous aideraient à le trouver..."

Ils cherchent Kalmayr. Il ne faut surtout pas qu'ils le trouvent, même si je ne sais pas pourquoi ils veulent mettre la main sur lui. Je ne sais pas non plus si il est au courant de notre Similarité. Je décide donc de lui répondre en Nachéen, dérivé du Lithéen, deux langages issus de la Langue des Anciens Temps.

"Menöaril Kalmayr
Hëonrael teo yp mio"
*
* "Je ne connais pas Kalmayr. Que lui voulez vous ?"

L'Ange me dévisagea, interdit. Puis il reprit, avec une lueur mauvaise dans les yeux...

"Je sais que vous connaissez le Langage Collectif. Je sais aussi que vous venez de me répondre ce que vous savez à propos de ma question, mais je ne connais pas le Nachéen, puisque je suppose que c'est du Nachéen. Je vous donne quelques heures - si tant est que les heures signifient encore quelque chose pour vous - afin de vous permettre de vous souvenir du Langage Collectif, reprit-il avec un rictus de plus en plus prononcé, faute de quoi cela risque de vous coûter beaucoup plus qu'un simple interrogatoire. Réfléchissez bien."

Je suis piégé. La porte était un artifice des Archanges, et cet Ange là n'est qu'un pion de leur jeu. Mais pourquoi s'attaquent-ils à un simple héritier ? Leurs ennemis sont les Esprits Modulaires, et non pas leurs enfants. Je peine à comprendre ce qui peut bien se passer.

Le temps s'écoule, inlassablement. Je maîtrise de mieux en mieux l'isolement, mais toujours pour un instant trop court, à peine quelques minutes. Et la récupération est deux à trois fois plus longue. Je m'épuise de plus en plus...

La tête me tourne...

J'ai à peine le temps d'entendre un vague murmure, comme une larme qui coule et tombe, tombe, sans jamais toucher le sol...

Esse ha Ithelyar...
Edhek ha khaejlan'laem...
Esse umen'archea kendi...
Stento iko'sonekhaejlan...




























Mardi 15 novembre 2005 à 9:31



Les Portes sont l'oeuvre la plus colossale de toutes celles qui furent accomplies par les Esprits Modulaires. Cette oeuvre leur pris tant de temps qu'eux-mêmes ne savent plus quand ils l'ont commencée. Elles ne furent jamais souillées par l'action des Archanges, étant jalousement gardées par les Esprits Modulaires, notamment, et fort logiquement, par leurs Gardiens, Morelen, Gothelen, Dilelen et Amanelen.

Le rôle des Esprits Modulaires, à leur création assez flou, fut défini au fur et à mesure de l'histoire de la vie, et est maintenant bien établi. Les âmes Captées sont amenées aux Portes, puis traversent les éléments et sont ensuite intégrées à eux, par le biais de l'action des Servants.

Au cours du temps, les Esprits Modulaires ont du prendre des formes concrètes de façon à pouvoir optimiser leur rôle, et Capter le plus grand nombre d'âmes possible, les enlevant aux Archanges. Eux-mêmes ont préféré agir autrement pour accroître leur influence sur Terre : ils opèrent par le biais d'Eglises, et ainsi récupèrent les âmes initiées aux principes qu'ils ont enseigné aux Eglises.

    "Et le coeur s'ouvrira
    La pierre se fendra
    De l'aurore jaillira
    La Porte, lieu sacré"

                
(Verset 857, Les Portes)

Les Portes furent édifiées en symbiose avec les éléments sous contrôle des Esprits Modulaires, et placées dans des lieux inaccessibles aux vivants. Elles sont contrôlées par les Gardiens, qui savent tout ce qui passe par Elles. Morelen contrôle la Porte du Feu, située sous un volcan, qui offre le passage aux âmes combattantes et volontaires. Gothelen quant à lui est chargé de la Porte de l'Air, intouchable dans l'atmosphère, destinées aux âmes libres et indépendantes. La Porte de l'Eau, que Dilelen garde, et qui est placée sous un océan, accueille les âmes calmes et apaisantes. Enfin, Amanelen contrôle la Porte de la Terre, construite dans l'Arbre Aîné, alternative aux âmes aventurières et respectueuses. Les quatre lieux mythiques resteront cachés aux êtres de leur vivant, et leur seront dévoilés avant la fin de l'univers.


    "Offre moi le passage
    Laisse moi demeurer
    En ce lieu si sage
    Puisse-t-il m'apaiser"

                
("Vers du condamné", Les Portes)

Il est dit que les Esprits Modulaires disparaîtront avec la fin de l'univers connu, mais que les Portes, oeuvres symbiotiques et glorieuses d'eux-mêmes, resteront à tout jamais au milieu du Néant...

Mais la porte qui pourrait exister dans la cathédrale n'est pas une des quatre. Ce pourrait être une porte temporelle, vestige d'une fracture mal refermée, et qui aurait été prise de contrôle par les Archanges, ou par leurs serviteurs.

La cathédrale serait donc la solution, en elle-même. Si mon intuition est bonne, je devrais trouver un passage dans l'enceinte même du monument. Un peu rassuré à l'idée d'avoir éventuellement compris comment me sortir de ce guêpier, je fais volte-face et reprends la direction de la cathédrale. Je me rapproche. Quand un choc sourd attire mon attention.
 

La lourde porte a claqué, deux hommes sont sortis. Deux ecclésiastiques. L'un a une expression de terreur peinte sur le visage ; le deuxième n'est autre que mon indicateur. Ils m'ont vu. Pas le temps de me cacher, ni de fuir. Le premier murmure quelque chose, sans doute une incantation. Un terrible pressentiment m'envahit. Ils invoquent un Ange...

 

Et ce pressentiment se transforme rapidement en réalité. Nelchael, un des Trônes, anges de la protection des croyances, se matérialise devant moi. Comme tous les anges, il a cet air frêle et pur, et ses ailes déployées d'une blancheur immaculées me font reculer pour mieux le craindre. Je ne suis pas de taille à l'affronter... Ma seule chance reste l'invocation d'un Amestrier, l'être protecteur des héritiers. A deux, nous aurons peut-être une chance de le repousser.

J'invoque Sindiriel, je l'ai déjà appelé à deux reprises, et dans chaque situation, il m'a été utile. Mais au moment où je termine mon incantation, je m'aperçois que rien ne s'est produit. Et l'évidence même me frappe : je ne suis pas à mon époque, mon esprit est lié à mon temps, et non pas au 18ème siècle.

Mais au moment ou Nelchael, qui s'est aperçu que j'avais manqué mon appel à l'aide, s'avance vers moi pour m'affronter, un être se matérialise à son tour, et cette fois de mon côté. Il est petit, presque un enfant à mes yeux, mais je lis dans son regard une étrange force, comme semblable à notre aura d'or. Et cet enfant s'avance, seul, face à l'ange, s'arrête à quelques centimètres de lui, et le regarde. Nelchael, surpris et amusé, décide de contourner l'enfant, mais au moment où il passe à côté de lui, une détonation retentit, et un flash semblable à un mur d'énergie pure stoppe net l'envoyé des Archanges. Nelchael, maintenant plus surpris qu'amusé, ouvre alors la bouche et prononce ses premières paroles sur Terre :

"Qui es-tu, toi qui oses m'interdire le passage ? Cet être est un Modulaire, un Héritier, il n'a pas sa place ici. Il doit disparaître et retourner au Néant. Je l'empêcherai d'accéder aux Portes."

Et l'enfant, muet comme une tombe, lève les yeux vers l'ange, qui a maintenant grandi et développé sa puissance, révélant sa nature de monstre tel qu'elle est, et le silence se fait.

...

Il fait un pas en arrière, et tout d'un coup se lance sur l'ange. Entame de combat terrible, je ne sais pas ce qui peut arriver maintenant. L'enfant semble si faible, mais pourtant si étrange... Nelchael, surpris par cette attaque, n'a pas réussi a parer les premiers coups, mais semble maintenant prendre le dessus. Le combat se déroule à une vitesse extraordinaire. Je décide d'apporter mon aide, concentre mon énergie et me jette dans le tourbillon. La violence de l'échange me surprend tout d'abord, mais ce qui me saute aux yeux reste l'expression sur le visage de l'enfant. Il est serein.

Je concentre toute l'énergie que je peux trouver et déclenche une vague de plasma. Nelchael, submergé sous les assauts, la prend de plein fouet et s'enflamme spontanément, sous l'effet du passage de la vague. Il s'extirpe du combat, puis se précipite dans la cathédrale, suivi d'un des deux curés, restés là pour voir l'affrontement. J'en profite pour observer l'enfant. Qu'est-il ?... Impossible de le savoir.

C'est à cet instant précis que l'ange ressort de l'édifice, agonisant, brûlé et noirci. Il ne nous fera plus le moindre mal, c'est certain. Mais je n'aurais jamais pu le toucher avec un tel déferlement de plasma, si mon mystérieux allié ne m'avait pas apporté son aide, en détournant son attention au travers d'un combat extrêmement violent.

Fini... Je me tourne à mon tour vers la cathédrale, et cours à l'intérieur pour y trouver le passage. L'enfant me suit, je le laisse faire. Peu importe, après tout, il m'a considérablement facilité la tâche. Sans lui, je ne m'en serais jamais sorti. Mon instinct me guide vers le fond du bâtiment, derrière le gigantesque orgue qui trône, souverain. C'est là ! J'ai trouvé ! La lueur caractéristique brille derrière un pilier, l'entrée est ici. Mais au moment où je vais me jeter dans cette ouverture, je suis arrêté en pleine course par un champ de force incroyablement puissant. Je me retourne, et je vois devant moi, à quelques mètres, un autre être ailé. Mais celui-ci, je l'ai déjà vu. Raphaël...

Un Archange face à moi. Je n'ai plus qu'à mourir instantanément, je ne peux rien faire. Et c'est le moment que choisit l'enfant pour se poster, une nouvelle fois, face à Raphaël, et d'un coup déployer sa carrure. Ce n'est pas un enfant. C'est un Esprit Modulaire. C'est un de mes géniteurs. Je le reconnais lui aussi, c'est Dilelen. Il se tourne vers moi, et me dit :

"Cours vers le passage, cours, et ne te retourne pas..."
Puis il se jette dans la bataille...

Je n’ose pas tout de suite courir comme il me l’a dit. Un Esprit Modulaire… Les humains, Héritiers ou non, qui peuvent se targuer d’en avoir vu un sont extrêmement rares… Je suis pétrifié par cette rencontre. Je ne sais plus quoi faire. J’ai oublié. Que m’a-t-il dit ? Fuir. Courir. Le passage...

Mardi 15 novembre 2005 à 9:30


Je me réveille...


[...]


Quelle drôle de lueur. Il semble faire jour. Mais la lumière ne m'apparaît pas naturelle. Les bâtiments sont étranges. La ruelle est pavée. Je n'avais pas ce souvenir. Je me relève, fais quelques pas. Un peu étourdi, mais surtout curieux, de plus en plus curieux. Je ne connais pas cet endroit. Après vérifications, je possède toujours toutes mes affaires. Si quelqu'un m'a assommé, il ne m'a rien volé, en tout cas. Je me dirige vers ce qui semble être une artère principale. Il fait encore un peu sombre, le jour n'est pas totalement levé. J'évalue l'heure aux alentours de 7h du matin. J'aurais donc passé la nuit sur le trottoir, si mon estimation est exacte.

Il n'y a personne. Tout est désert. Mais le plus inquiétant est que je ne reconnais pas non plus cette avenue. Elle est pavée, elle aussi. Je n'avais jamais remarqué d'avenue pavée. Se pourrait-il que je ne sois plus dans ma ville ? Non, je vois la flèche de la cathédrale, là bas. Je m'engage dans sa direction ; peut-être pourrais-je y trouver quelques réponses à mes questions.

Je ne comprends pas. J'étais pourtant à peu près sur de connaître les abords de la cathédrale, mais je ne reconnais absolument rien. J'arrive devant l'édifice. Silence. Calme. Mais qu'est ce que je fais là...

J'ai fait le tour de la cathédrale. Les choses s'annoncent encore plus compliquées que prévu. Les Saintes Pierres n'ont pas bougé, mais tout le reste autour a disparu, ou a complètement changé. Mais que s'est-il passé cette nuit ? Je veux en avoir le coeur net. Je hais ces foutues cathédrales, et j'ai horreur de pénétrer en leur sein, à cause de mon magnétisme Modulaire. Mais je sens que la clé se trouve à l'intérieur. De toute façon, je n'ai plus grand chose à perdre.

C'est parti... Le carillon résonne dans ma tête, implosion rougeoyante de sentiments contradictoires. Ma physionomie Modulaire, bien que vestige de l'ancienne puissance des Esprits Modulaires, supporte très mal les lieux saints. Ma visite sera de très courte durée, le temps de comprendre, ou en tout cas d'essayer. Il faut que je trouve des éléments de réponse.

J'ai à peine posé un pied sur le sol dur et glacé de la cathédrale que ce carillon se change en souffrance. Je ressens tout à coup une bouffée de sang qui me monte au visage, et mon corps qui me prépare instinctivement au combat. Il faut que je me calme, car si je ne reste pas concentré, je serais dévoilé. Tous les Héritiers dégagent une lumière d'or lorsqu'ils sont confrontés à leurs ennemis, et bien évidemment ils nous reconnaissent notamment grâce à cela...

 

Quelqu'un s'avance vers moi. Un ecclésiastique, sans aucun doute. Mon malaise s'amplifie à mesure qu'il s'approche. Un serviteur des Archanges. Lui aussi n'est qu'un fantôme des monstres passés, mais un fantôme tout de même. Mais j'ai un gros avantage sur lui : il ne sait pas ce que je suis. Il est tout près maintenant. C'est extrêmement étrange, il est grimé comme les curés d'antan. Je le situerai aux alentours du 18ème siècle, à vue d'oeil. Cela ne me plaît absolument pas. Bon. Le but du jeu est maintenant de contrôler mon esprit, afin de rester lucide, et de l'amener à me dire ce que je veux savoir.

Il s'est arrêté à un mètre à peine de moi. La douleur est insupportable, mais il faut que je la contienne. Il me dévisage, figé. Son visage respire la méfiance, l'inquiétude. C'est à croire que les rôles sont inversés ; c'est moi qui suis perdu, ici. Au bout d'un moment il se décide à ouvrir la bouche : "Que puis-je faire pour vous, mon fils ?"...

Cela fait si longtemps que je n'ai pas entendu cette formulation. Et cet accent ! J'ai un pressentiment affreux. Tout concorde maintenant, mes synapses se connectent et me proposent une théorie invraisemblable : ce curé est réellement un religieux du 18ème siècle, mais il n'est pas le seul. Toute la ville, tout le pays, le monde entier est du 18ème siècle. Le temps a fait un bond en arrière. Et quel bond... Il faut que j'en aie le cœur net.

"Bonjour... Excusez moi, j'ai besoin d'une information de la plus haute importance... En quelle année sommes nous ?
- Pardon ?
- S'il vous plaît mon père, répondez moi, en quelle année sommes nous ?...
- Hé bien... En 1724, bien entendu. Mais vous êtes sûr que vous vous sentez bien ? Vous avez une drôle de mine...
- Oui oui... Enfin non mais... Peu importe. Je vous remercie mon père..."

Je tremble comme une feuille d'automne. 1724. Ce qui représente un saut temporel de 281 années... Je m'éloigne en tremblant, sonné comme après un combat de boxe. Je fais plusieurs mètres en titubant, puis m'arrête, incapable de continuer, et m'asseois par terre. L'air est plus frais, au sol. Cela va me faire le plus grand bien.

Evidemment, le curé n'a pas perdu une miette de mes agissements. Il faut dire que je suis habillé très simplement, mais d'une manière qui n'est pas commune pour une époque telle que celle-ci. Je dois lui paraître tombé d'un autre monde. Il me dévisage, mi inquiet, mi méfiant. Tout à coup, je réalise que j'ai relâché ma concentration, et que ma véritable nature modulaire est peut-être maintenant révélée, surtout à l'intérieur de la cathédrale. Si c'est le cas, je dois baigner dans un aura de lumière or, mais je suis trop fatigué et choqué que je n'arrive même pas à y prêter attention...

Je me reprends... Petit à petit. Pour constater que la Lumière Modulaire émane effectivement de mon être. Mon âme s'est révélée ; si cet homme possède quelque reste du passé des Archanges, il m'a maintenant démasqué, et l'affronter sur son territoire ne me tente absolument pas. Mais pour l'instant, il semble ne pas avoir constaté grand chose. Je me relève, reprend la direction de la sortie. Rien. Pas un mot. Pas de réaction. Au moment de passer le seuil de la porte, je perçois un bruit derrière moi. Je me retourne furtivement, l'homme a disparu. Ce dont je profite pour sortir rapidement. Je sais maintenant ce que je voulais...

J'ai beau en savoir un peu plus, rien de m'aidera à sortir de cette fable incroyable. Je me remémore brièvement les écrits sacrés. Le Livre Rouge, Les Portes, le Livre II. Je repasse rapidement quelques passages citant des fractures temporelles dans ma tête. La plus connue des fractures fut provoquée par Morelen et Niliea, respectivement l'Esprit Modulaire suprême et l'Esprit Modulaire chargé du contrôle du temps. Elle fut déclenchée pour repousser le retour de Lucifer, l'Archange déchu. Mais finalement, il put refaire son apparition sous Terre, et s'approprier une partie du Monde.
 

Cette fracture fut refermée quelques d'années après son initiation, si mes souvenirs sont bons. Cela ne présage rien de positif pour moi, en tout cas. Je suis un Héritier, un des descendants partiels des Esprits Modulaires, fils et créations des Formes Extérieures. Les Esprits Modulaires laissèrent au cours des millénaires quelques traces de leur existence, notamment en donnant vie à une progéniture à moitié humaine, intégrée à cette humanité qui ne connaissait pas l'existence de ce monde. Plusieurs générations d'Héritiers ont suivi, et à chaque fois le pouvoir fut édulcoré par le temps, mais cette lignée a survécu malgré tout, et j'en fais aujourd'hui partie.

Nous sommes les Héritiers.

Mais je ne connais pas les limites de cet héritage, je sais seulement que je suis capable de contrôler un esprit humain et de le détruire. Je sais aussi que j'ai la capacité de matérialiser des champs d'énergie ou de plasma. Et enfin que je peux me faire oublier par le monde extérieur, visible mais transparent, concret mais discret, palpable mais furtif. Cela ne m'amène rien de nouveau en ce qui concerne ma situation actuelle. Que faire, où aller, trouver une sortie temporelle, tout est flou. Je suis vulnérable, dans ce monde que je ne connais pas.

Je me suis éloigné de la cathédrale, tout en réfléchissant. Mais d'un coup, un flash. Il est dit qu'il existe des passages plus étroits, plus discrets, beaucoup moins puissants que les quatre Portes. Et que ces passages relient les époques du Monde entre elles. Mais le plus important dans ce souvenir, est que je me rappelle de ces quelques lignes :


"Une entrée,
Une sortie,
Un chemin,
Chez l'ennemi..."

Se pourrait-il que...

Mardi 15 novembre 2005 à 9:29



Ceux qui ont pu suivre ce blog depuis longtemps ont peut-être vu la naissance des Légendes des Esprits Modulaires. Une étape marquante (pour moi en tout cas) fut la rédaction de "La Cathédrale", pilier d'une nouvelle histoire. En effet, au départ furent publiées 7 "Légendes" des Esprits Modulaires, mais aucune histoire, aucune trame, simplement des idées jetées en vrac. Le premier véritable texte suivant un synopsis fut "La Cathédrale", et a initié un certain nombres de textes (notamment "Ithelyar et Kalmayr" et les "Notions de Nachéen" pour les plus importants)...



Je vais à partir de maintenant reprendre "La Cathédrale", repartir de ce texte et tout fusionner en une seule histoire, en intégrant tout ce que j'ai déjà écrit et en rédigeant la suite. Ces textes auront pour catégorie "La Cathédrale".

Je conseillais auparavant de lire tous les textes déjà écrits sur les Esprits Modulaires pour pouvoir comprendre les articles pris à part (vous pouvez d'ailleurs toujours le faire en cliquant sur la catégorie "Esprits Modulaires"), mais il ne sera plus nécessaire de le faire désormais, étant donné que je commence une histoire intégrale.

Bonne lecture...

<< Page précédente | 1 | 2 | Page suivante >>

Créer un podcast