Lundi 28 mai 2007 à 12:18

"Le périph c'est de la merde"

Fallait pas être un génie pour constatez ça. Remarquez, je n'ai jamais dit que Morgoth était un génie, il est quand même le seul être humain à désirer sodomiser des trolls. Bref. Cela fait maintenant deux heures que nous sommes coincés sur ce périphérique, Paris est vraiment une ville encombrée, ou "constipée" comme l'a dit Margritis. Atom s'est alors empressé de la déboucher, croyant qu'elle parlait de son propre corps. En attendant, nous n'avançons pas, et notre humeur se dégrade de plus en plus sérieusement.

[...]

Trois heures d'attente. C'est démentiel. Nous avons avancé de quelques centaines de mètres, pas plus. Autour de nous, les parisiens sont tellement décérébrés qu'ils ne semblent même pas remarquer notre énorme véhicule, mis à part quelques jeunes conducteurs, pas encore complètement lobotomisés, qui passent à côté de nous en ouvrant des yeux grands comme les assiettes de la cuisine de ma grand-mère. L'atmosphère est tendue à souhait, tout comme Morgoth. Je sens la troupe prête à disjoncter, sauf que nous ne pouvons pas faire grand chose d'autre que...

Piouuuuuuw.

...tirer. Une balle. Campo a tiré. Il vient de désintégrer le conducteur qui nous précédait. C'est le signal déclencheur : tout d'un coup, tout le monde se met à pousser des cris de vaches laitières, la bave au mufle et la panse à vide. Demon et Roms se jettent sur les tourelles et se mettent à faucher tout ce qui nous entoure, tandis que Morgoth crame allégrement les voies d'en face et qu'Atom gratifie nos amis parisiens de superbe jets de gode. C'est un véritable carnage. Samantha et Margritis ont toutes les deux épaulé un M16 et tirent à tout va, vitres grandes ouvertes. Même Ankou semble être dans un état second : elle est descendue de Godezilla et court sur les toits des voitures en plantant son sabre à la verticale de chaque conducteur en criant "Kiaaaai !!" à chaque impact. Je pense que ce petit interlude va faire le plus grand bien à nos nerfs stressés...

Quelques minutes plus tard, nous sommes entourés d'un champ de ruines. Le sang accompagne la tôle froissée sur la route, c'est un véritable paysage lunaire qui se présente devant nous. Il va maintenant falloir avancer et rouler sur ces carcasses défoncées. Heureusement, le Hummer n'a pas dit son dernier mot et est suffisamment solide pour ce genre d'extravagances. Bon, évidemment, ce n'est pas du tout confort, et le passage sur les crânes humains notamment occasionne quelques petites remontées dans la suspension. Et alors que je franchis violemment une épave de Ford Escort Cosworth, un gros trou dans la route nous fait tous décoller d'une bonne poignée de centimètres. Atom, déséquilibré, tombe en arrière et va se fracasser le crâne sur celui de Demon, assis au fond de la voiture. Le choc est terrible, le "boum" qui orne la collision doit certainement résonner dans toute la capitale tant il est sourd. Demon se relève en grognant, à moitié assommé par Atom. Ce dernier, quant à lui, reste au sol, visiblement plus touché que son amortisseur. L'impact l'a littéralement mis K.O. et il ne semble pas en mesure de se relever immédiatement. Alors que Margritis s'apprête à lui faire du bouche à gland, ou plus familièrement à lui chanter dans le micro, il ouvre les yeux, se relève et retourne à sa place sans un mot. Tout va bien, plus de peur que de mal.

Nous voici maintenant aux portes de Paris. Notre petit jeu sur le périph nous a franchement détendu, et nous sommes soulagés à l'idée d'arriver enfin au terme de notre périple, qui aura été plus long que prévu. Quand soudain...

"Briiing meee tooo liiiiife..."

Iiiik. Mon coup de frein est sans pitié. Je gueule :

"QUI chante Evanescence ??"

Pas un mot. Tout le monde se tourne alors vers Atom. Nos visages se décomposent, et il nous regarde avec un sourire béat.

"Qui êtes vous ? Vous avez l'air gentils !
- Heu... Atom... C'est moi !
- Bonjour mademoiselle ! Vous êtes gentille !
- Merde c'est pas possible, il a atterri au pays des Bisounours ou quoi..."

Margritis, affolée, tente tant bien que mal de se faire identifier par son amant. Rien n'y fait, pas même le second couplet qu'elle lui fait en avalant le micro jusqu'aux deux piles. Elle éclate alors en sanglots, terrifiée. Roms ose timidement :

"C'est le choc sur la tête... Il doit être abîmé...
- Bah faut lui replomber la noisette alors !"

Demon, toujours dans la finesse, n'attend pas notre approbation et assène un grand coup de crosse à l'arrière du crâne d'Atom. L'effet est immédiat :

"Aaaaïe ! 'culé !! Tu vas pas bien ou quoi ?"

Ouf, soulagement, il nous est revenu.

* * *

"Au fait, on vient faire quoi déjà à Paris ?"

Heu... C'est vrai que nous avons plus ou moins oublié le but de notre voyage. Au départ, nous devions partir enquêter sur les lieux du meurtre de Skyman, mais il faut avouer que nos embûches nous ont détourné de notre objectif. Il va maintenant nous falloir trouver le lieu exact du crime, puis mener notre propre investigation. Tout le monde commence alors à discuter de la façon dont nous devons procéder, et personne ne fait attention à la direction que nous prenons, pas même moi puisque je passe le plus clair de mon temps retourné pour participer à la discussion, Godezilla possédant un système de navigation automatique très pratique. Tout à coup, notre environnement devient noir. Nous sommes entrés dans un parking, et un grand claquement sonore nous indique que quelque chose s'est refermé derrière nous. Un piège... Et merde. Je connais ce genre de traquenard, ça finit souvent en gaz... soporif... sopo...


Soporifique.

Mercredi 23 mai 2007 à 15:51

"Y'a une drôle d'odeur là..."

La remarque de Demon est tout à fait vraie : une odeur d'oeuf pourri monte de l'arrière du Hummer. Je me retourne vers Roms, qui s'est tout à coup mis à chantonner un air communiste. Evidemment... Heureusement que j'ai les vitres électriques, tiens.

Tout le monde est remonté sain et sauf après l'attaque du barrage. D'ailleurs, le franchissement des ruines a été assez délicat : il a fallu déplacer les lourdes barrière. Les corps, on les a laissé sur la route. Après tout, comme nous l'a fait remarquer Atom, ça fait un joli bruit quand on roule dessus. En revanche, nous avons laissé le gros tank sur place, étant donné qu'il ne nous aurait pas servi à grand chose : Godezilla est bien mieux équipé que lui...

La bonne humeur a regagné tout le monde, et les deux couples se sont remis à s'allumer les mèches lorsqu'un nouvel obstacle se présente devant nous. Enfin, un obstacle... Une demoiselle fort bien équipée se trouve sur le bord de l'autoroute lève le pouce à notre attention, comme...

"Une auto-stoppeuse !"

Campo m'a enlevé les mots de la bouche.

"Elle est bonne en plus...
- Hein ? Où ça ?"

La précision d'Atom a fait se relever Ankou, toujours partante pour un tour de manège. C'est effectivement une auto-stoppeuse à la hauteur de laquelle je m'arrête. Après un bref échange verbal, je lui propose de se faire mont... de monter à bord de Godezilla, étant donné qu'elle va également à Paris. Alors qu'elle monte à peine dans le Hummer, tous les mecs ainsi qu'Ankou se présentent et lui offrent une place à côté d'eux. Ils attaquent tous en même temps :

"Vous habitez chez vos parents ?
- Ils sont à vous ces beaux yeux-là ?
- T'as quel âge ?
- Tes seins sont des vrais ?
- On peut toucher ?
- Suce ma bite !"

Il me semble avoir reconnu la voix de Roms prononcer ces derniers mots. Je me retourne et précise qu'on dit plutôt "Taille moi une pipe" en France, mais je m'aperçois que ces hommes ont déjà commencé à dépouiller la pauvrette de toute étoffe inutile. Quelques secondes plus tard, elle se fait tamponner par Demon, assisté de Morgoth pour l'accès arrière et de Roms pour l'accès oral. Ils se relaient afin de faire participer Atom, pendant que les filles font franchement la gueule. On les comprend...

* * *

"Oh bin merde, elle bouge plus.
- Tu crois qu'elle est morte ?
- Non connard, elle est tétraplégique."

Demon n'aime pas qu'on le prenne pour un abruti, et il le fait clairement savoir à Ankou. Elle ne pourra pas l'essayer, dommage. Je propose aux passagers arrières de balancer le cadavre par la fenêtre au plus vite : on a déjà l'odeur de Roms, on va pas non plus se taper une odeur de putréfaction. Les filles boudent dans un coin, les mecs se reposent après leur partie de billard, Campo dort tranquillement et moi je me concentre sur la route. En effet, nous arrivons à proximité de la capitale, et...

"Merde, une autre auto-stoppeuse !"

Atom n'est jamais à court de ressources, semble-t-il. Je m'arrête à la hauteur de la deuxième demoiselle, et lui propose de monter. Au moment où celle-ci m'annonce qu'elle va à Paris, je m'aperçois que notre véhicule est tout d'un coup encerclé par une bonne vingtaine de filles de joie toutes plus nues les unes que les autres. Elles sont armées d'un couteau, ont les yeux bleus, l'air féroce et une épilation intégrale. Il faut peu de choses pour faire basculer un homme dans la folie... Margritis et Samantha sont prêtes à en découdre, mais nous autres les mecs sommes beaucoup moins sûrs de nous. Ce serait délicat de tuer des potentielles sources d'orgasme. Roms hésite franchement, ainsi que Morgoth. Atom et Demon sont comme hypnotisés, bercés par les douces courbes de nos assaillantes. Campo et moi sommes en train d'évaluer la situation : il nous faut sortir les armes ou sortir les poutres, ce qui pour certains revient strictement au même.

Bang. Une des blondes s'écroule à terre, le crâne défoncé. Le cervelet a sauté hors de la boîte crânienne, accompagné de l'hypotalamus. Le reste a littéralement éclaté, tandis que le cortex a implosé. C'est fou ce qu'un gode peut faire des dégâts. J'entends une petite voix qui provient de l'arrière :

"Bin ouais, on va pas se laisser faire..."

Margritis a beau être en train de bouder son homme, elle n'en reste pas moins une redoutable lanceuse de godes. Elle nous expliquera plus tard qu'avec Atom elle s'entraînait le samedi après-midi autour d'un barbecue : ils appelaient ça la gode-party, et ça finissait toujours en cochonneries et autres merguez. En tout cas, l'attaque de Margritis a réveillé quelques uns des grands psychopathes qu'embarque notre Hummer : ils sortent peu à peu de leur torpeur, comme réveillés en plein rêve. Je commence moi même à être passablement énervé. Non mais c'est vrai quoi, on ne peut pas remonter sur Paris sans être interrompus par des gens. J'interpelle Roms :

"Sors moi un Uzi de la trappe !"

Il me le jette dans les mains, attrape un MP5 pour son propre usage, tandis que Demon se munit d'un Desert Eagle .50AE. Morgoth saisit un M4A1, et Atom, lui, conserve sa désormais célèbre ceinture de godes, si efficace dans les combats au corps à corps. Et cette fois-ci, c'est nettement plus rapide qu'avec nos mercenaires du barrage. Les couteaux de nos techniciennes de surface sont bien peu de choses face à nos armes à feu. J'aperçois Morgoth qui, au beau milieu du champ de tir, lime consciencieusement une de nos guerrières. Il ne peut décidément pas s'en empêcher...

L'auto-stoppeuse qui semblait être leur chef s'est planquée derrière Godezilla pour observer le carnage. Campo, comme tous les bons snipers, a remarqué la bougresse et s'est placé quelques mètres derrière elle en la tenant en joue afin de prévenir toute action de sa part. D'ailleurs, une poignée de seconde plus tard, la demoiselle se fait inexorablement labourer par notre tireur d'élite, qui vise décidément très bien les petits espaces.

En quelques minutes, la route est dégagée. La fille qui nous a arrêté est décédée, semble-t-il d'une hémorragie anale. Le docteur Demon confirme ce diagnostic :

"On ne peut plus rien en faire, elle a le cul explosé."

La conclusion de doc' est sans équivoque. Enfin... Faut croire que c'est de plus en plus absurde ce qui nous arrive, à croire que c'est comme une suite d'épreuves, un examen... "Vous avez réussi l'examen pratique, il est maintenant temps de passer à l'oral !" déclare à ce moment Atom, déboutonnant son pantalon devant Margritis. La mandale qu'il encaisse est effectivement orale, la marque de la bague de Margritis sur sa joue attestant du fait.

En route. Il va maintenant nous falloir affronter une épreuve bien plus terrible encore...

Le périph' de Paris à l'heure de pointe.

Jeudi 19 avril 2007 à 13:16

Deux détonations. Deux balles. Deux projectiles sans grand espoir, face à un camion de ce tonnage et roulant à cette vitesse. J'ai fermé les yeux, je tiens le cap. A l'arrière, ils se sont réveillés, et ne comprennent pas encore vraiment bien ce qui se passe. Tant mieux, ils ne verront pas leur mort en face. Campo est pétrifié, il n'arrive plus à bouger.

Quelques mètres. Le choc est proche. J'ai beau freiner, lui accélère toujours.

Nous y sommes.

* * *

"Aïe !
- Allez bouge toi, face de troll !
- Troooooooll !
- Oh ta gueule..."

J'ouvre les yeux et je vois Atom qui tape sur la tête à Morgoth avec un gros gode en plastique rose, son préféré... Tous les autres donnent l'impression de sortir d'un terrible cauchemar, mi réveillés, mi horrifiés. J'interpelle Atom :

"Mais arrête de lui taper dessus, il ne t'a rien fait !
- Bah je le réveille, il était dans les pommes...
- Ouais mais là il est plus dans les pommes !
- Ah ? Tiens oui c'est vrai..."

Décidément, d'aucuns perdent connaissance rapidement ici...

Le camion ! Merde, mais qu'est ce qu'il s'est passé ? Je viens à peine de réaliser que nous aurions du mourir, broyés par cet énorme poids lourd, mais visiblement nous sommes toujours là. Je me tourne vers Campo, qui récite une litanie du genre "mon cul mon cul mon cul" en silence, hébété.

"Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est le camion ?
- Un hologramme... Mon cul mon cul mon c..."

Paf. "Aaaaaïe !!"

Atom est décidément spécialiste pour sortir les gens de leur torpeur. Cette fois-ci, c'est une double bite en caoutchouc noir qui a frappé l'épaule gauche de Campo, précisément celle qui porte les stigmates d'une fracture. Le pauvre... Une chose m'intrigue quand même :

"Pourquoi tu répétais 'mon cul' comme ça ?
- Bin... Au départ je disais 'j'ai sauvé mon cul' mais ça s'est vite raccourci en 'mon cul'... J'sais pas, j'ai pas réfléchi."

Admettons. En attendant, le poids lourd aurait donc été un hologramme, une projection holographique plus vraie que nature qui avançait vers nous. Nous descendons de la voiture avec Campo, pendant que les autres se remettent de leurs émotions à l'arrière. D'ailleurs, du côté gauche, ça tangue un peu, du genre kangourou dans un seau de mayonnaise. Je soupçonne fortement le couple Atom/Margritis ou le coupe Morgoth/Samantha d'être à l'origine de cette cuisine.

"Regarde, un projecteur !"

Campo me montre une boîte noire avec ce qui ressemble à une lentille, fixée sur la glissière de sécurité. En effet, un hologramme est une image photographique en trois dimensions, construite par autant de projecteurs laser. Nous en avons trouvé un, il doit y avoir deux autres. Enfin... Après tout, peu importe : l'essentiel est que nous soyons tous vivants. Ceci dit, le problème reste que maintenant, nous ne savons pas trop vers où nous allons étant donné la dévia...

La déviation !!

Je remonte en vitesse dans Godezilla et j'invite violemment Campo à faire de même. Effectivement, Morgoth et Samantha jouent à Colin Paillard avec des godes, c'est sans doute ce qui faisait trembler le véhicule. Contact, marche arrière, et c'est parti !

"Mais bordel qu'est ce que tu fous ?
- T'occupe, attache ta ceinture et tais toi !"

Margritis n'a pas l'air très rassurée. Demon, lui, s'en fout royalement, du moment qu'on le laisse dormir : c'est pourquoi il lui a répondu aussi sèchement. Je remonte la bretelle de déviation en marche arrière, et j'arrive sur l'autoroute. Devant nous se dresse le barrage : quelques barrières qui semblent solidement fixées au sol. J'ai soudain eu une idée démentielle : si le poids lourd était un hologramme, pourquoi pas les barrières ? Pied au plancher, j'accélère en direction du barrage supposé fictif. Tous les autres, voyant cela, se mettent à m'invectiver afin que je stoppe immédiatement le véhicule. Las, je veux confirmer mon intuition...

Crac.

Je crois que j'ai arraché deux poteaux et défoncé les barrières. En fait elles étaient bien réelles. Bon, heureusement que Godezilla est un gros Hummer indestructible, mais tout de même... Ankou est stupéfaite :

"Mais ça va pas ou quoi ?
- Boh, c'est bon, on est passés quand même..."

Roms a répondu pour moi. Il a du ouvrir l'oeil quelques secondes avant que je fracasse le barrage, étant donné qu'il ne s'est pas réveillé pendant l'aventure du camion. L'ennui maintenant, c'est que si le barrage était réel, cela signifie qu'il doit vraiment y avoir une raison. Et comme pour me donner raison, un champ de trous apparaît sous mes phares et, sans que j'ai eu le temps de les prévenir à l'arrière, sous mes roues. Y'a pas à dire, ça cahote pas mal un Hummer, surtout de cette longueur. Campo et moi sommes attachés, par conséquent pas trop affectés par les sursauts, mais visiblement à l'arrière ce n'est pas aussi simple... Atom se retrouve vite à faire la planche sur les genoux de Demon, Morgoth tombe le nez dans le ventre de Margritis, Samantha se retrouve avec Ankou entre ses jambes (ce que je soupçonne être à moitié calculé par cette dernière), et Roms fait la navette entre la gauche et la droite de la limousine.

"Mesdames et messieurs, nous sortons de la zone de turbulence. Veuillez reprendre vos places."

Je me fais un malin plaisir à placer tranquillement cette petite remarque. Soudain, je suis interrompu dans mon petit rire sadique par un flash.

"Merde, tu roules à combien ?"

Je crois qu'il n'y a vraiment que Ankou pour se soucier de la vitesse à laquelle on roule. Alors que je lui rappelle que nous roulons dans un palace fortifié volé, sans papiers ni assurance, Campo hurle "Arrête toi !!".

Cette fois-ci, c'est un vrai barrage. Sauf qu'il y a un char, et une dizaine d'hommes en armes, planqués derrière des grandes tôles blindées. C'est le moment de tester les capacités guerrières de chacun... Mais ce n'est ni un jeu, ni un film. Il faut être prudent, et ne pas oublier la réalité : nous sommes neuf jeunes, en face d'hommes manifestement entraînés et animés d'intention plutôt hostiles. Margritis chuchote :

"Si on s'arrête et qu'on se rend, peut être qu'ils ne nous feront rien...
- Déconne pas, on fonce dans le tas !"

Demon n'est assurément pas du même avis que la demoiselle. Il semble être transcendé par l'idée de se frotter à des mercenaires, "comme dans Halo mais en vrai", je cite. En tout cas, il faut prendre une décision d'urgence. J'ai très fortement ralenti à l'approche du barrage, mais cela ne nous aide pas à choisir. S'arrêter ou engager le combat...

Je n'ai même pas le temps de réfléchir. Une détonation sèche claque dans l'habitacle : Campo a tiré. Un des mercenaires tombe au même moment, ce qui a pour effet de faire lever les armes de tous les autres. C'est parti.

Je donne un grand coup de frein, et Campo tire une deuxième fois. Deuxième mort. Au même instant, Demon ouvre la trappe d'accès à la première tourelle équipée d'une des deux mitrailleuses. Tout à coup, un fracas assourdissant nous secoue : Demon est en train de tirer, et visiblement nos ennemis font de même. C'est le moment que choisi Roms pour nous révéler qu'il a fait poser un gros blindage sur le Hummer, ce qui explique pourquoi nous entendons les balles glisser sur la carrosserie.

Atom saute à terre, la main gauche posée sur un énorme gode en acier, et lance celui qu'il tient dans la main droite. Je constate qu'il n'a pas perdu la main : un des soldats s'écroule, une bite dépassant du crâne.

"Lui, on peut dire qu'il a une bite à la place du cerveau..."

La remarque de Morgoth détend tout le monde, et semble soudain nous désinhiber. Roms monte aux commandes de la deuxième tourelle, et se met à tirer également, tandis que Campo tente désespérément de viser la petite lucarne de vision du char, afin de toucher le pilote. Ankou saute également de Godezilla en poussant un "Kiaaaaïï !!" démentiel, et court vers le gros tank en hurlant "Couvrez-moi !!"... J'active la sortie du lance-roquettes et je refile la commande à Morgoth, tandis que Samantha prend celle du lance-flammes.

Un observateur extérieur pourrait croire à un feu d'artifice. Des rafales claquent de tous les côtés, de longues flammes viennent lécher le sol à quelques mètres des mercenaires qui, affolés, commencent à reculer.

* Tziiiiit *

"Roquette sodomisatrice !!!"

Morgoth vient de tirer une roquette. Elle va s'écraser sur le char, et... le laisse intact. De toute évidence, nous ne sommes pas les seuls à posséder un blindage. C'est le moment que choisit Atom pour remonter en catastrophe dans le véhicule :

"Bordel, qui a tiré ça ??
- Heu... C'est moi !
- T'as failli m'arracher la tête, blaireau !"

Amusant. Demon et Roms, quant à eux, semblent entrés dans une autre dimension, et tirent à qui mieux mieux. Ils balayent avec rage le barrage (nda : à prononcer très rapidement) et les tôles blindées sans vraiment viser qui que ce soit. Tout à coup, le char se met en mouvement et avance doucement vers nous, en abaissant son canon dans notre direction. Aïe. Il semble nettement plus solide, le bougre. Campo lâche un "Et merde !!", passablement énervé, et se remet à viser les soldats, ce qui semble lui réussir un peu mieux puisqu'un nouveau tireur ennemi s'écroule. Atom, lui aussi, réussit à tuer un autre mercenaire, grâce à son magnifique gode à gland chercheur. Ils semblent maintenant fortement diminués en nombre, mais le char avance toujours lentement vers nous.

C'est alors qu'il tourne tout à coup, passe au ras des rétroviseurs, fait demi tour et vient se placer à nos côtés. Au même moment, Morgoth termine le chargement d'une deuxième roquette et reprend les commandes. Les deux moissonneurs batteurs sur les tourelles se sont tournés vers notre voisin blindé et tentent de faire un trou dans les chenilles, ce qui semble assez difficile. C'est alors que Morgoth tire.

Le bruit est bien plus important que lors du premier tir. Nous avons l'explication quelques dixièmes de seconde après : deux impacts viennent frapper le sol au niveau des soldats. Le char a tiré en même temps que nous, contre ses propres hommes. Tout à coup, tout le monde s'immobilise. Nos ennemis sont morts. Le sas d'accès au char s'ouvre lentement, et un visage familier apparaît sous nos yeux.

"Ankou !"

Elle s'extrait du tank, deux têtes à la main, le sabre ensanglanté dans le dos. Nous n'en revenons pas : elle a réussi à s'introduire dans le machin à chenilles, a tué le pilote et le tireur, et a réussi à amener le gros truc blindé à côté de nous, puis à tirer.

"Voilà, on peut y aller" dit-elle calmement. Tout le monde se regarde, inquiet. Nous la savions experte au sabre, mais de là à manier un engin pareil... Alors qu'elle remonte dans Godezilla, les regards en coin fusent, exprimant une inquiétude un peu malsaine. Margritis est la première à rompre le silence et à demander ce que nous voulons tous savoir :

"Heu... T'as appris tout ça où ?
- Bah... Le demi-frère de l'oncle de ma mère était dans l'armée. Quand j'étais petite, j'allais chez lui souvent, et il avait un char là où toutes les familles ont des balançoires... Du coup, bin je m'amusais là dedans.
- Ah... Effectivement..."

Elle nous surprendra toujours, décidément. Ceci dit, il est temps de reprendre la route. Nos assaillants pensaient sans doute nous arrêter là, ce qui nous laisse du même coup une chance d'arriver à Paris alors que l'on nous croit mort. Mais pour cela, il faut faire vite pour ne pas laisser le temps à nos ennemis de réaliser que nous avons tué tout le monde. Demon, a qui nous avons vainement essayé d'expliquer que les soldats n'étaient sans doute pas membres de la fonction publique, en profite pour lâcher une morale géniale tout en attachant une nouvelle mâchoire à son collier :

"En fait, la vraie vie c'est mieux que dans les films !"

Ouais, sauf que là c'est pas rassurant. Si ce barrage était simplement un avant goût de la suite, alors nous avons du souci à nous faire...

Mercredi 18 avril 2007 à 14:52

Pre Scriptum : l'auteur s'excuse de la profonde débilité des titres. Ne retenez que le numéro, ça ira très bien. Et n'oubliez pas d'aller jeter un coup d'oeil par là (voir l'article précédent)...




"Mais merde c'est quoi ce truc ?"

Le garage de Roms ressemble maintenant plus à un chantier de démolition roumain qu'à un garage. Un gros tas d'équipements électroniques côtoie des lames d'épée et un frigo Pontiac à double porte et à compartiment freezer. Au beau milieu de la pièce trône le Hummer Limousine, repeint en noir, et dont les ingénieurs s'évertuent à essayer d'ouvrir le capot pour y faire rentrer deux moteurs de Ferrari Scaglietti montés en parallèle. Les jantes ont été changées, et possèdent désormais des pieux rétractables comme convenu, les deux tourelles ont été montées, ainsi que le lance-roquettes et le lance-flammes. Nous avons décidé d'ajouter un petit bijou de technologie : un fusil Barrett M82A1 placé sur le toit, équipé d'une lunette de visée, et piloté depuis l'intérieur du véhicule par le passager. Il dispose d'un écran affichant la visée recalculée en temps réel depuis la lunette, d'un petit joystick permettant d'orienter l'arme et de tirer, ainsi que d'un indicateur de l'état du chargeur. Le must en matière de carnage hi-tech...

Quelques heures plus tard, la voiture est prête. L'aménagement intérieur est assez dantesque, jugez plutôt : une place conducteur, une place passager avec les commandes du fusil, et derrière un grand salon avec une dizaine de places assises disposées en carré, ainsi qu'une superbe banquette qui peut faire office de lit deux places. Au centre, le petit frigo rempli de bières et de bouteilles de champagne. Derrière le carré de fauteuils, une petite section "département haute précision" avec un récepteur satellite qui fournit une connexion internet stable et rapide, deux ordinateurs portables MacBook Pro, un gros GPS avec écran tactile, une radio hautes fréquences et une petite armoire renfermant une flopée d'armes de poing, parmi lesquelles on trouve des Beretta M92-FS, des Beretta M93-R, des Desert Eagle .50AE et un micro Uzi. C'est plus une limousine, c'est un centre de contrôle armé sur roues. Le bloc moteur crache près de 1080 chevaux, obtenus grâce au couplage des deux blocs V12 de 540 chevaux de la Ferrari 612 Scaglietti. Au final, notre Hummer Limousine pèse presque trois tonnes, et abat le 0 à 100km/h en moins de 6 secondes, ce qui est tout bonnement hallucinant. Le Padre a fait venir des ingénieurs très qualifiés, certes, mais surtout à n'en pas douter complètement fêlés...

Tout est prêt. Un des ingénieurs a aménagé une petite trappe au plafond du véhicule, permettant d'y ranger une quantité impressionnante de fusils, de sabres, d'armes de poing et de godes. Nous montons à bord de la machine, et je prends le volant, comme à l'ancienne époque... Demon est assis à côté de moi, Atom range consciencieusement ses godes (qu'il a fait importer de Moldavie, pays du gode en acier chirurgical) dans la trappe à armes, et Roms et Campo se sifflent quelques bières, étalés sur les fauteuils.

Contact. C'est parti... Le moteur ronronne, les vitres surteintées filtrent la lumière du soleil : on a l'impression de conduire un porte avions. Mais une fois sur la route, c'est impressionnant : la machine se comporte très bien. Cool !

"Hé ! On devrait appeler cette caisse "Godezilla" !"

Atom, toujours fin lorsque personne ne l'attend. Va pour Godezilla, alors. En quelques minutes, nous arrivons chez moi, et nous présentons le gros bébé aux autres. Au passage, je présente également les autres au gros bébé... enfin, à Roms, qui dormait comme un gros bébé à l'arrière. Faut dire qu'avec la lumière tamisée et le confort certain des fauteuils, il n'en faut pas plus à un spécialiste du sommeil comme lui pour faire un petit essai technique...

* * *

Un petit café ne fait de mal à personne. Les filles ont ramené une superbe cafetière, que je les soupçonne d'avoir volé. Margritis avoue avoir un peu forcé la main du vendeur en lui montrant ses seins, pendant que Ankou lui plantait un sabre dans la jugulaire. Et moi qui croyait qu'elle avait revendu toutes ses lames...

C'est à ce moment-là que nous nous apercevons qu'il manque quelqu'un à la table. Pas de vannes foireuses depuis dix minutes : sans aucun doute, Atom n'est pas parmi nous. J'entends alors comme un bruit de jet d'eau, dehors, et je me précipite donc sur la porte, sans savoir ce que je vais trouver à l'extérieur.

Atom est là, en train de repeindre le Hummer. Enfin... Il est en train de taguer "Godezilla" sur le côté. Il est vraiment irrécupérable...

"Mais pourquoi tu fais ça... C'est tout sauf discret !
- T'es con... Ca mesure 10 mètres ce truc, c'est pas vraiment discret de base !"

Sur le coup, j'avoue qu'il n'a pas tort... Je l'invite à finir rapidement son oeuvre d'art, et à nous rejoindre à l'intérieur, ce qu'il fait.

"Bon. Nous sommes neuf : Atom, Margritis, Morgoth, Samantha, Demon, Ankou, Roms, Campo et moi. Nous formerons donc la communauté des Neuf... Notre but est de rallier le lieu du meurtre de Skyman, qui est pour l'instant notre seul indice. Je passe volontairement sous silence l'épisode du démon-troll, nous verrons ça plus tard. Est-ce que quelqu'un a quelque chose à ajouter ?
- T'as des capotes Jok ?
- Oh, ta gueule..."

Morgoth est décidément le champion toutes catégories de la baise en continu. Je me demande comment fait Samantha pour survivre à ces assauts constants, bien que je sache depuis longtemps qu'elle est aussi affamée que lui... Demon serre les poings, son collier de mâchoires de fonctionnaires autour du coup lui donnant un air nettement plus agressif. Ankou est, comme toujours, calme et posée, avec son bandeau noir autour du crâne et son sabre préféré en bandoulière. Margritis et Samantha ont visiblement adopté l'attitude de leur personnage dans le film c0wvivor, c'est à dire lucides et mesurées. Puisqu'on parle de mesure, Campo, du haut de son mètre soixante-neuf, semble bien décidé à partir au combat comme au temps de la mafia. Roms est lui aussi assez excité de retrouver le terrain, après quelques années de repos au sein de la famille Colombienne. Atom, toujours le plus impressionnant, a récupéré sa vieille ceinture aménagée, avec tous les logements nécessaires pour y placer ses godes d'assaut. Quant à moi, la tenue entièrement militaire me confère également un aspect plutôt inquiétant, et ce n'est pas pour me déplaire.

"Bon... En route pour Paris !
- On peut baiser dans la caisse ? Il me faut mon injection !"

Margritis m'a tout l'air d'être en manque. Aaah, ces sexicomanes...

Direction l'autoroute ! Cette fois-ci, c'est Campo qui est assis à côté de moi, comme à la bonne époque. De plus, il semble ravi de savoir qu'il va pouvoir utiliser un jouet tel que le fusil sur le toit. Derrière, Morgoth et Samantha se sont fait taxer la banquette par Atom et Margritis, qui ne semblent absolument pas gênés par le fait qu'ils ne soient pas seuls. Demon et Roms ont visiblement des atomes crochus et se sont lancés dans un débat sur la meilleure utilisation possible d'une clé anglaise. Demon semble plus radical :

"Moi je l'utilise comme un tournevis : tu plantes ça dans un oeil, et tu tournes, tu tournes...
- Mouais... T'as jamais essayé de te servir de la tête de la clé comme massue ?
- Ah non mais je visse côté tête, pas côté manche !
- ..."

Il est monstrueux. Ankou, dernière de la communauté des Neuf, est une fois de plus silencieuse, mais comme dit Atom "elle fait limite flipper". En quelques dizaines de minutes de route, tout le monde s'est calmé et commence à somnoler, mis à part Atom qui s'est déplacé vers l'avant pour pouvoir discuter tranquillement avec Campo et moi.

"En fait on sait pas vraiment où on va... murmure Campo, le regard fixé sur la route qui défile
- C'est un peu ça... Un voyage sans destination, et peut-être sans retour, qui sait... lui répond Atom."

J'ajoute que nous ne sommes plus dans un film cette fois-ci, et que les morts - s'il y en a - seront bien réels. En attendant, nous sommes trois guerriers perdus dans une histoire trop vaste pour nous, en train de rouler sur une autoroute déserte en direction de Paris. L'ambiance capitonnée et feutrée qui règne à bord de Godezilla confère un caractère assez mystique à cette expédition : nous partons, mais nous ne savons pas si nous reviendrons...

La vie est souvent imprévisible. Les situations se suivent et se ressemblent, et nous plongeons parfois dans un inconnu si trouble que le chemin du retour est totalement invisible. Ce soir, j'ai l'impression de plonger dans un abîme si profond, si noir, que je suis bien content d'être accompagné de mes amis. Puisse la suite ne pas nous séparer...

* * *

"Et merde... Une déviation..."

L'autoroute est barrée. Cela ne me dit rien qui vaille. Tout le monde dort maintenant, sauf Campo. D'instinct, il place sa main droite sur le joystick et descend l'écran de visée au niveau de ses yeux. Je me sens rassuré... La déviation nous emmène vers une bretelle de sortie assez étroite, et étrangement mal éclairée. La nuit est tombée depuis une heure, et il fait un noir d'encre. La route est à peine zébrée par la lumière des phares, et ce n'est qu'au dernier moment que je le vois. Un gros camion, en sens inverse. La bretelle provisoire est manifestement trop étroite pour permettre le moindre croisement... Mon cerveau travaille à la vitesse de la lumière, dopé par la peur. Il faut que je m'arrête avant de le percuter.

Sauf qu'il avance, lui aussi. Et vers nous. Je hurle "tire !!" sans trop savoir pourquoi...

Et Campo appuie sur la gâchette du joystick.

Mercredi 18 avril 2007 à 1:23

"Hé mais c'est un troll !!"

Morgoth vient de passer d'un état de terreur incontestable à une sorte de transe machiavélique. Ce type est vraiment instable. Il faut dire qu'effectivement, le démon qui s'est déployé devant nous a une tête de troll, et j'oserais dire que c'est ce qui va le perdre. Sans me laisser plus le temps de réfléchir, Morgoth se jette sur la bestiole et entreprend de la sodomiser violemment. En effet, il a toujours rêvé d'avoir un rapport sexuel avec ce genre de truc, car, je cite, "enculer un troll c'est un peu comme être anarchiste : ça ne sert à rien, mais qu'est ce que c'est marrant !"... J'avoue que son analogie me dépasse, mais bon, peu importe. Ce qui compte à l'instant précis, c'est que le pseudo troll est en train de s'effondrer sous les coups de boutoir de l'ami Morgoth, bien décidé à montrer que la théorie des poutres n'est pas qu'un ensemble de théorèmes illisibles. Voyant cela, Demon se jette dans la bataille, mais avec l'objet le plus proche qu'il a pu saisir : de fait, c'est ma cafetière. Alors qu'il essaie de faire entrer le récipient dans le crâne du monstre, Morgoth continue de plus belle son acte censuré.

En quelques minutes, ils sont venus à bout de la bête. Nous sommes sidérés de la vitesse à laquelle cela s'est passé, et nous n'avons même pas eu le temps de réagir, finalement. Margritis et Samantha sont stupéfaites, tandis qu'Atom et moi sommes atterrés de l'attitude de Morgoth. Enfin quoi, un troll...

"J'ai assouvi un de mes plus vieux fantasmes" déclare-t-il en se rhabillant. Demon, quant à lui, a explosé ma cafetière, et continue à lacérer le visage du machin, qui est déjà mort depuis longtemps, avec les morceaux.

C'est le moment que choisit Ankou pour sortir de sa transe. Margritis lui demande alors :

"Qu'est ce qui s'est passé ?
- Bin... Quand je suis allé voir dans la chambre, j'ai vu les deux corps calcinés, et j'ai vu deux yeux qui me fixaient...
- Deux yeux ?
- Oui, enfin je crois... Puis je ne me souviens plus de rien..."

Ankou a visiblement été utilisée contre son gré par une entité maléfique dont la nature nous échappe. C'en est trop pour le pauvre Atom : il faut agir maintenant, et vite. Nous n'avons que trop attendu, trop subi, il est temps de prendre les choses en main. Nous ne savons pas trop à qui ni à quoi nous devons nous attaquer, ni même où nous devons aller, mais il nous faut maintenant réagir. Margritis propose de se diriger vers les lieux du meurtre de Skyman, ce qui en l'absence d'une autre idée plus logique nous convient parfaitement. Sauf qu'il faut s'équiper avant...

Je décide alors de retourner voir le Padre. Il pourra certainement nous fournir une bonne partie de ce dont nous avons besoin. Je décide d'embarquer Demon et Atom avec moi, et à vrai dire cela ne me viendrait pas à l'idée d'inviter Morgoth et Samantha : ils ont entamé une copulation frénétique sur le parquet. Margritis et Ankou, quant à elles, déclarent se charger d'aller acheter une autre cafetière. Leur sens des réalités m'étonnera toujours.

Je passe prendre Campo au passage, et nous reprenons la route vers la maison de Roms. Cette fois-ci, pas de coup de fil préalable : je sonne et j'entre directement, invitant mes trois accompagnateurs à entrer également. Roms nous apparaît cette fois-ci au bras d'une créature fort charmante, et fort déshabillée.

"Rentre chez toi Mariana, j'ai à faire..."

Nous décidons d'un commun accord silencieux de ne faire aucune remarque sur la nature du métier de la demoiselle. En effet, j'ai prévenu les deux novices, Demon et Atom, de l'identité de Roms, et je leur ai également conseillé de ne pas trop dire de conneries. Le Padre semble alors remarquer que je suis là, et m'interpelle :

"Qu'est ce qui t'amène aussi vite, cher ami ?
- Hé bien... C'est à dire que nous aurions besoin d'équipement.
- D'équipement ? Quel genre d'équipement ?
- Alors... Il nous faudrait un véhicule, des armes, des vêtements, quelques gadgets, et du café. J'ai fait une liste dans la voiture.
- Et des godes ! s'exclame Atom"

Roms semble un peu surpris de tant de hâte. Je lui présente alors mes amis, et lui explique la situation. Je me souviendrai toujours de sa réaction, je pense.

"Je vais vous accompagner... Il me faut de l'action."

Très bien. Ca simplifie pas mal de choses, en fait.

Roms invite cordialement Atom et Demon à profiter de son salon et de quelques masseuses, et nous emmène Campo et moi en direction de la réserve. La réserve... Nous l'appelions ainsi, du temps où nous travaillions tous ensemble, car elle était pleine de surprises. Alors que je commence à détailler ma liste, Roms m'interrompt :

"Tu pensais à quoi, comme véhicule ?
- Bin... Un pick-up. C'est assez pratique... Et puis si tu viens avec nous, Campo viendra aussi, ce qui portera le nombre de membres de l'expédition à neuf. Il nous faut de la place.
- Et pourquoi pas un Hummer Limousine dans ce cas ?
- Heu... Tu peux avoir ça ?
- Ca dépend... Il faut les commander, c'est fabriqué aux Etats-Unis.
- Ouais mais on en a besoin tout de suite...
- Alors il faut en tirer un."

C'est limpide, finalement. Nous n'en avons pas, donc il faut en voler un. Le seul problème, comme le fait remarquer Campo, c'est que ça ne court pas les rues. Imaginez la machine : un truc de plus de 10 mètres de long, de plus de 2 mètres de haut, avec un frigo à l'intérieur, et capable de franchir à peu près n'importe quel obstacle, naturel ou pas. Roms nous déclare alors qu'il connaît quelqu'un qui en a un, à quelques minutes de là. Nous irons après.

Je rejoins Demon et Atom une fois la liste terminée. Je les découvre en train de limer consciencieusement les masseuses, et leur rappelle qu'il vaut mieux demander l'autorisation avant de faire ce genre de choses. Ils rengainent leurs engins, et je leur propose de m'accompagner à la chasse au Hummer. L'idée semble enchanter Demon, surtout lorsque je lui précise que le possesseur de la voiture que nous allons emprunter est un haut fonctionnaire.

"Ca fera bien à côté du gars de la SNCF..." déclare-t-il, avec un grand sourire sadique. Atom me demande :

"Et c'est genre gros comment ce machin ?
- T'as un frigo dedans.
- Ah... Tant qu'il y a des bières alors..."

Sa réflexion semble tout à fait juste, et nous décidons de partir de suite en direction du gros Hummer et de son propriétaire.

* * *

"Non mais arrête, il a presque pas hurlé...
- Ta gueule.
- ...quand je lui ai arraché la langue !"

C'est vrai quoi, rien de plus normal que d'arracher la langue des gens. Remarquez, pour hurler, ça doit pas être pratique, mais ce n'est pas mon problème. Nous avons notre Hummer Limousine, et c'est tout ce qui compte. Ah, si, Demon a aussi une quatrième mâchoire à son collier. Il est dingue.

De retour chez Roms, nous entreprenons d'aménager le véhicule. Alors que je fais le tour de la machine, admiratif, Campo débarque dans le garage avec ce qui semble être une sorte de plan dans les mains.

"Regarde... On a prévu quelques aménagements."

Des aménagements, mon cul ouais. C'est le plan d'une véritable machine de guerre qu'il me met sous les yeux. Deux tourelles supportant des M-60 à chargeur haute capacité, un lance-roquettes sur le flanc gauche, et un lance-flammes sur le droit. Sans oublier un astucieux aménagement des jantes, qui autorise le montage de quatre magnifiques pieux rétractables en acier trempé... Ce n'est plus un Hummer, c'est un tank. Mais un tank avec un frigo plein de bières, notez.

Je sens que nous allons partir bien équipés.

Lundi 16 avril 2007 à 15:50

Lorsque nous avons réussi à ranimer Ankou, celle-ci semblait être devenue complètement lymphatique, à la limite de la neurasthénie. Elle est maintenant prostrée sur mon canapé, et n'émet plus le moindre son. Elle se contente de boire du café, sans cesse.

"Bon, faut aller voir ce qui s'est passé."

Atom m'étonne parfois : sa logique est sans faille. Demon et moi lui emboîtons le pas, direction la chambre. Avant même de pénétrer dans la pièce, une immonde odeur de chair brûlée nous brûle les naseaux, symbole annonciateur d'une ruine sans précédent. Le spectacle est ahurissant. Au beau milieu de la pièce se trouve une énorme tache noire, qui se prolonge sur le lit, à moitié en cendres. Deux cadavres gîsent au centre de la tache, moitié chair brûlée, moitié squelette. Une mare de sang calciné forme une ligne partant des deux corps et se prolongeant jusqu'au seuil de la porte. Je comprends maintenant pourquoi Ankou, plutôt de nature solide d'habitude, est tombée dans les poires : nous mêmes ne nous sentons pas très bien.

Le premier à briser le silence prostré est Demon.

"Y'a comme un détail qui me chiffonne là.
- Ah... murmure Atom, toujours sous le choc.
- Bin oui, depuis quand Morgoth porte-t-il une chevalière en or ?"

Devant notre incrédulité, Demon nous explique que l'or est un métal qui résiste au feu et ne noircit pas. C'est ainsi que l'on peut souvent identifier des corps grâce aux dents en or ou aux bagues qui ne sont pas détruites lors d'un incendie. Et là, en l'occurrence, un des deux corps possède effectivement une grosse chevalière.

"Ce n'est pas Morgoth..." chuchote Atom. Cela nous semble évident maintenant : la position des deux corps n'est pas une position que les deux amants appréciaient. De plus, le gabarit des cadavres ne convient pas : Samantha est plus grande que le corps allongé sous l'homme. Cependant, si l'indice de la chevalière est censé nous aider à confirmer cette supposition, cela nous étonne toutefois. En effet, si ces corps ont été placés là pour nous duper, les responsables de cet acte devaient bien se douter que la chevalière ne serait pas abîmée, et ainsi que l'on la repérerait immédiatement.

Un bruit de pas interrompt nos réflexions silencieuses. C'est Margritis qui vient de se réveiller, et qui nous rejoint, contemplant béatement le carnage.

"C'est qui ces deux trucs ?"

Sa question nous rassure définitivement quant à nos présomptions concernant l'identité des corps. En effet, Margritis connaît très bien les deux amants, et le fait qu'elle ne les ai pas reconnu, même grillés à ce point, nous confirme dans notre idée.

Quelqu'un aurait donc fracturé la fenêtre de la chambre, enlevé Morgoth et Samantha, disposé ces deux corps qui devaient d'ailleurs être déjà morts, et foutu le feu au tout. Alors que nous nous apprêtons à nettoyer un peu le charnier, une voix nous interpelle :

"Bah qu'est ce que tu vous foutez ?"

Soulagement. C'est Samantha qui se trouve derrière nous, accompagnée de Morgoth. Atom sort soudain de sa torpeur :

"Bordel mais vous étiez où ?? On a flippé comme des dingues là !
- Bin... On voulait essayer de baiser dans le jardin, pour voir."

Seigneur... Morgoth se lance dans une grande argumentation : il voulait vérifier par lui même que c'était possible de baiser en pleine nature, comme dans "Claire a des vers", le film écolo-porno référence des assoiffés du coït. Atom s'enquit d'une vérification :

"Et alors, ça donne quoi ?
- Ca gratte... C'est de l'arnaque !"

Bon. Nous nettoyons la chambre au Karcher, et nous retournons dans le salon histoire de nous remettre de nos émotions. Au passage, Samantha s'étonne de l'état d'Ankou, qui chantonne doucement des mots étranges dans une langue inconnue. Nous lui expliquons la cause de son comportement, ce qui a pour effet de la faire rire. Morgoth ajoute que si il avait découvert les corps, il aurait tout de suite deviné que ce n'était pas Samantha et lui. Cette remarque nous plonge dans une consternation sans précédent, et j'allume la télévision, miné par le désespoir. Ce type est inhumain.

"...et nous apprenons la mort d'un ancien animateur de Skyrock, Guillaume Faye. Il aurait été assassiné dans des circonstances étranges. La police n'a pour l'instant divulgué aucune information, mais il semble que l'affaire soit auréolée d'un mystère certain. D'après les sources médico-légales, l'homme est mort il y a plus de trois jours, et son corps vient tout juste d'être découvert..."

Le flash info nous cloue au canapé. Guillaume Faye... Le fameux Skyman. Mort depuis trois jours. Mais alors, qui est responsable de tous ces désastres ? Toutes nos théories tombent à l'eau. En tout cas, nous pouvons tirer une conclusion de cette nouvelle : celui ou ceux qui nous en veulent connaissaient parfaitement Skyman, puisqu'ils ont réussi à nous faire croire que c'était lui et que même Le Padre n'a pas émis le moindre doute quant à l'identité de notre ennemi.

Un débat plutôt agité s'engage. Margritis et Samantha sont persuadées qu'il s'agit d'un complot monté par Skyrock et son service Skyblog, complot lié au film c0wvivor qui aurait pu ne pas plaire à la grande radio. Morgoth et Demon sont quant à eux certains qu'un troupeau de trolls intelligents s'évertue à s'acharner sur nous, bien qu'ils ne sachent pas en expliquer le pourquoi du comment. Je suis plus mesuré, et me rallie plutôt à l'explication des filles. Atom, lui, est isolé dans ses certitudes, et clame haut et fort que Nicolas Sarkozy est derrière tout cela, et qu'il l'avait prédit avec son fameux Karcher Man, ce qui expliquerait le K-Man. En revanche, personne n'émet de supposition concernant un éventuel lien entre sa théorie et la mort de Skyman...

Alors que l'intensité du débat devient assez impressionnante, l'obscurité nous entoure tout à coup, comme une chape de plomb tombant sans crier gare. Cette intrusion subite et incompréhensible nous interrompt brusquement.

"C'est quoi ce bordel ?"

Personne ne peut répondre à Morgoth, étant donné que personne ne sait exactement ce qui se passe. Margritis a alors la présence d'esprit de se tourner vers Ankou, toujours prostrée dans son canapé. Voyant le visage de Margritis blêmir, nous nous retournons d'un bloc vers Ankou. Le spectacle est saisissant...

La demoiselle a les deux bras écartés, et le visage tourné vers le plafond. Ses yeux brillent légèrement, et son corps semble être agité d'une transe incontrôlable.

"Une incantation... C'est une incantation, bordel de merde..." murmure Demon. Et comme si le chaos et les limbes de l'espace-temps l'avaient entendu, Ankou se met soudain à chanter à voix haute, des syllabes venues d'un autre âge, symboles d'une terreur enfouie depuis des siècles maintenant. Nous sommes tous attachés à la réalité et notre conception du monde a toujours été cartésienne, mais j'avoue que nous nous retrouvons tout à coup confronté à un évènement incontestable. Tout à coup, un claquement sourd nous tire de notre léthargie contemplative : une masse noire vient de tomber à côté d'Ankou.

Morgoth semble alors pris d'une peur panique :

"Un démon des temps anciens..."

Le silence reprend tout à coup ses droits, et la masse noire prend doucement la forme d'un corps.

Ankou semble soudain arrachée à sa prière, et se tourne vers nous, blanche de terreur :

"Fuyez, pauvres fous !..."

Et la bête se redresse.

Mardi 10 avril 2007 à 16:01

Une horrible odeur de brûlé me réveille en sursaut. Je suis assailli par quelques mauvais pressentiments, notamment au sujet des agissements de Demon concernant le corps du postier chinois. Alors que je me précipite dans la cuisine pour vérifier le contenu du four, je suis interrompu par Morgoth :

"Hey Jok, on a eu un petit problème...
- Ah ?
- Bin... Le canapé a failli cramer ce matin, mais...
- Comment ça ??
- ...ne t'en fais pas, nous l'avons sauvé.
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- Heu... On a juste baisé, avec Sam."

Je n'en reviens pas. Certaines notions de mes cours de physique me reviennent, comme notamment l'inflammation provoqué par un mouvement trop appuyé de friction.

La journée s'annonce radieuse, d'un point de vue météorologique en tout cas. Pour le reste, la moitié de mes camarades n'ont pas vraiment l'air de bonne humeur, et je les comprends. Atom et Margritis ont rattrapé le temps sexuel perdu sur le carrelage de la salle de bain, Demon a également dormi par terre, et Ankou a quant à elle préféré ne pas dormir. Seuls Morgoth et Samantha sont en pleine forme, mis à part un léger mouvement de déhanchement notable chez mademoiselle, certainement du à la nuit agitée qu'elle a passé.

Il faut que j'aille voir Roms au plus vite. Cette histoire de nain psychotique m'a travaillé cette nuit, il faut la régler au plus vite. Je confie, non sans inquiétudes, la maison à mes amis, et je pars chercher Campo.

Après quelques minutes de route, nous arrivons devant chez le Padre. Campo et moi avons déjà cramé quelques clopes, déconné sur l'avenir du PSG et loué les prouesses d'Ovidie dans le dernier fil... bref. Campo m'intime d'attendre dans la voiture, et il se dirige vers la porte d'entrée. Trois coups brefs et un coup de sonnette, tel est le code convenu pour les amis de la famille. Un majordome d'un autre âge lui ouvre la porte, et Campo me fait signe de le rejoindre.

"Monsieur le Padre va vous recevoir..."

Nous attendons tranquillement dans le superbe salon boisé. Seules quelques revues porno viennent troubler la quiétude de ce lieu apaisant. Au moment où je remarque la couverture du dernier Playboy, notre ami descend ses escaliers en pierre, en robe de chambre, l'air plutôt endormi.

"Vous me réveillez, chers amis...
- Oh ! Désolé...
- Mais non, ce n'est pas grave. Mes amis passent avant mon sommeil."

Quelques accolades, retrouvailles et embrassades plus tard, je commence mon récit. Roms a l'air très intéressé par ce que je lui raconte, et il me semble voir passer une lueur de haine dans ses yeux à chaque fois que je parle de K-Man. Une fois mes histoires terminées, il réfléchit quelques minutes, puis prend la parole :

"L'homme dont tu me parles est un fils de p... heu, un mécréant. Depuis quelques temps, il pense pouvoir tenir tête aux grandes familles, mais il n'est en réalité qu'un petit enc... qu'une petite frappe.
- Et... Son nom, quel est-il vraiment ?
- Il se fait appeler Skyman, ou K-Man en version raccourcie, comme tu as pu le voir, mais son vrai nom est Faye, Guillaume de son prénom.
- Et que sais-tu de lui ?
- Peu de choses, c'est à dire ce que tout le monde sait. Il est porté sur l'extrême droite, à la base écrivain et journaliste, reconverti en animateur de radio. C'est à ce moment-là que son pseudo de Skyman est apparu.
- Laisse moi deviner... Skyrock ?
- Tout juste. Il a quitté la radio en 1998, et il a publié dans la foulée "L'archéofuturisme", fortement inspiré des idées de Nietzsche et clairement idéologique. C'est un type dangereux mais pas vraiment influent. Non, ce qui m'inquiète dans ce que tu me racontes, c'est justement que ce n'est pas lui qui a pu faire tout ça : c'est trop gros pour un mec qui a inventé l'ethnomasochisme.
- Mais dans ce cas, qui pourrait-être derrière lui ?
- Je ne peux pas te dire avec certitude qui tire les ficelles. Je vais me renseigner, et je te tiendrai au courant.
- Merci Padre..."

* * *

Bon... Nous avons quelques infos, mais pas encore tout ce qu'il nous faut. Ce qui m'étonne, c'est que la réalité soit rejointe par notre fiction : le film c0wvivor mettait en scène les vilains méchants de Skyblog, et maintenant nous voici indirectement liés à une affaire qui concerne de près ou de loin Skyrock. Je ramène Campo chez lui, et retourne à la maison. Alors que je me gare dans la rue, j'entends un cri qui provient manifestement d'une chambre :

"Biiiiiiiiiiite !"

Je me précipite dans la maison, inquiet de ce que je pourrais y trouver. Et là... Rien. Tout est calme, tout est dans l'ordre. Demon et Ankou boivent le café, Atom et Margritis semblent être plongés dans un débat sur les méfaits de l'aluminium. Seuls manquent à l'appel Morgoth et Samantha, ce qui expliquerait le cri que j'ai entendu depuis l'extérieur. Me voyant rentrer, Margritis m'interpelle :

"Alors, on a du nouveau ?
- Oui... On a l'identité de ce fameux K-Man.
- Ah ! Et donc ?
- C'est un ancien animateur de Skyrock, plutôt extrémiste à droite.
- A droite genre rasciste ?
- A droite."

Je lui explique ensuite l'origine du pseudo "K-Man", dérivé de Skyman, mais j'ai du mal à achever mon discours étant donné que Atom, entre temps, a commencé à glisser ses mains dans le pantalon de la demoiselle, ce qui semble la déconcentrer assez fortement. Elle qui était le cerveau de l'opération c0wvivor, la voici fondant sur mon canapé, en train d'essayer d'acquiescer à mes  affirmations. Je décide de lâcher l'affaire lorsque la tête toute entière d'Atom s'est retrouvée entre les jambes de Margritis, et je vais rejoindre Ankou et Demon. Ce dernier attaque immédiatement :

"Alors, c'est qui ?
- Un connard.
- Bon, ça me va."

Sa réponse expéditive est rendue encore plus menaçante par son superbe collier de mâchoires de fonctionnaires. Je remarque qu'une troisième rangée de dents a rejoint celle de l'agent SNCF et celle du postier, et lui demande :

"C'est quoi cette troisième mâchoire ?
- Le recensement...
- Ah... Merde."

Je vais aller poser des panneaux "Attention, Demon méchant" sur le portail, je pense. On ne sait jamais, des fois que des inspecteurs du fisc se pointent, je pourrais me retrouver avec l'administration pénitentiaire au cul. Remarquez, ça reste une administration, donc Demon n'y fera aucune différence...

Il est temps d'aller cherchez le Troll et sa douce pour le repas. Ankou décrète vouloir s'en charger, et je la soupçonne d'une mauvaise blague vulvaire. Sauf qu'elle revient immédiatement dans la cuisine, en nous déclarant d'une voix tremblante :

"Ils ont brûlé..."

Et elle s'évanouit.

Jeudi 5 avril 2007 à 13:34

Sur le chemin du retour, nous avons décidé de mener notre propre enquête sur cette disparition impromptue. En essayant de rassembler les infos que nous avons, nous nous sommes rendus compte qu'en fait, nous ne savions quasiment rien. Résumons-nous : téléportations et disparition de train. C'est tout ce que nous avons comme éléments... Ah si, nous savons aussi que la SNCF surveillait le TGV Paris-Bordeaux de 14h10. Va savoir pourquoi...

"Peut-être qu'ils voulaient vérifier que le conducteur respectait les limitations de vitesse..."

La remarque d'Atom nous plonge dans une profonde consternation, Demon et moi. D'ailleurs, je me retrouve bientôt le seul consterné, lorsque Demon ajoute qu'il ne l'aurait pas respecté si il était conducteur de TGV. Mais cette consternation se propage à la vitesse de la lumière lorsque nous arrivons devant chez moi...

Mon jardin est envahi par des gens. Qui ? Des gens. Je n'en connaît aucun, à priori. Atom ne met pas longtemps à réagir :

"Hé mais y'a plein de gens !
- Ouais, t'as trouvé ça tout seul...
- En plus ils ont tous des gueules d'immigrés !
- T'es clairvoyant aujourd'hui ?"

Demon ne semble pas de bonne humeur. Peut-être que de voir tout ces inconnus lui donne envie de tirer dans le tas. Je rappelle Campo pour reporter notre rendez-vous, puis je me gare, et nous descendons nous frayer un chemin jusqu'à la porte d'entrée.

"Pardon... Excusez-moi... Pardon..."

Atom est nettement moins condescendant.

"Pousse toi... Bouge grognasse... Sale pouf..."

Quant à Demon... Sans commentaires.

"Le premier qui reste sur mon chemin, je le bute."

Je pense que l'effet n'aurait pas été aussi radical s'il n'avait pas sorti une tronçonneuse rouillée dans le même mouvement.

"Heu... T'as souvent des tronçonneuses sur toi ?
- Non, d'habitude c'est une scie sauteuse.
- Ah..."

Nous parvenons enfin à la porte, et nous nous réfugions chez moi. Et là, une surprise de taille nous attend... Morgoth, Samantha, Margritis et Ankou nous attendent dans la cuisine, autour d'une cafetière pleine. Il n'en faut pas plus pour qu'Atom se sente revivre :

"Mon araignée d'amour !"

Baf. Remake du retour du roi, en moins poilu. Margritis a légèrement abîmé la joue de son homme, on le voit à la marque rouge qui commence déjà à bleuir. S'ensuit une petite scène de ménage, durant laquelle j'enjoins les deux tourtereaux à aller se finir dans la pièce d'à côté. Ticow fait son apparition à ce moment là, en râlant après cette horde de mendiants qui a assiégé notre jardin. Elle me demande alors d'intervenir, parce qu'après tout "c'est chez toi, mais je vis ici aussi", par conséquent pour éviter une autre scène de ménage je me dirige vers la porte pour m'adresser à nos squatteurs. Morgoth m'interpelle :

"Tu vas leur dire de partir ?
- Bin oui...
- Bonne chance hein.
- Pourquoi ?
- Parce que tous ces gens étaient avec nous dans le train. En fait, on s'est tous retrouvés ici sans trop savoir pourquoi, je veux dire tous les passagers.
- C'est quoi ce délire...
- On a juste eu le temps d'entendre 'Voici la sentence de K-Man !' et on s'est endormis. Au réveil, on était chez toi..."

J'ouvre la porte, interloqué, et me lance dans un petit discours improvisé.

"Mesdames messieurs les immigrés et autres... trucs. Vous êtes sur une propriété privée, par conséquent vous n'êtes pas les bienvenus ici."

Un autochtone, d'apparence chinoise, prend la parole et me répond, l'air inquiet :

"Mais c'est Lord K-Man qui nous a mis dans ce train... Il a soufflé, soufflé, et nous nous sommes entassés !
- Heu... Oui, sauf que ce jardin, c'est le mien. Et... Vous connaissez ce K-Man ?
- Oui, bien sûr... Nous le connaissons tous, ici.
- Et alors, qui est-il ?
- Nous savons juste que c'est un tout petit homme très méchant. Je ne saurais pas vous en dire plus...
- Bon, alors dans ce cas je vais aller le trouver, et lui demander qu'il me rendre mon jardin. En attendant, du balai, allez vous installer ailleurs !"

Et je claque la porte, mi-furieux, mi-sonné. Je vais me rasseoir avec les autres et constate que Margritis et Atom ne sont toujours pas revenu. Morgoth et Samantha ne sont plus là non plus, et c'est Ankou qui me révèle qu'ils sont allé baiser. Apparemment, cela faisait déjà plus de 20 minutes qu'ils se tenaient bien, alors faut les comprendre... Et effectivement, malgré le fait que les murs soient en pierre, on entend assez clairement quelques cris, comme "Enfonce !!" ou "Suce !!"...

Demon et Ankou se tournent alors vers moi, et entreprennent de me dire qu'ils ont commencé à réfléchir à toutes ces énigmes. Ils me présentent alors une idée complètement délirante, mais après tout nous ne sommes plus à ça près... C'est Demon qui attaque :

"Vois-tu, le monsieur à qui j'ai emprunté cette mâchoire (grimace de dégoût d'Ankou) nous a dit que le train avait disparu entre le kilomètre 110 et le kilomètre 130...
- Ce qui nous amène aux environ d'Orléans
- ...on s'en fout Ankou. Bref, on a étudié un peu la question. Et on a eu une idée franchement débile, mais troublante. Regarde : si on enlève le 0, on obtient 11 et 13 à partir de 110 et 130. Et il se trouve que dans l'alphabet, la 11ème lettre est le "K", et la 13ème est le "M"...
- Ce qui correspond au "K" et au "M" de K-Man. On pourrait donc supposer que c'est K-Man lui même qui a fait ça, et non la SNCF.
- Bon, j'avoue, c'est un peu tiré par les cheveux. Bref, je continue. Si on réfléchit bien, deux hypothèses s'offrent à nous. En effet, le train a disparu ENTRE le kilomètre 110 et le kilomètre 130. La première hypothèse est donc basée sur le fait qu'il y a une lettre ENTRE le "K" et le "M" : c'est le "L"...
- L'ennui, c'est qu'on ne voit pas du tout à quoi ça peut servir de savoir ça...
- Comme tu dis, Ankou... La deuxième hypothèse est basée sur le nom "K-Man" lui même. Dans l'écriture de ce nom, on trouve un tiret entre le "K" et le "M". Bon, c'est clair, ça ne nous avance pas non plus. Mais c'est pas mal non comme base ?..."

Le regard que je lance à Demon lui fait clairement comprendre que ça ne nous sert strictement à rien. Rien ne peut nous permettre d'avancer que c'est K-Man qui est à l'origine de tout cela. En revanche, je suis étonné par les capacités d'imagination d'un type qui dépèce les fonctionnaires. C'est le moment que choisit Margritis pour débarquer dans la cuisine, les cheveux pleins de matière blanche plus ou moins liquide, et la nuisette de travers.

"Jok, t'aurais pas des capotes ?
- Heu... Nan.
- Du papier d'alu alors ?
- ..."

Je lui file mon rouleau d'aluminium, et elle retourne dans la chambre. "Elle veut faire un four à queue ou quoi ?" murmure Demon. "J'espère pour lui qu'il n'a pas un trop petit membre, sinon il risquerait de cuire en quelques secondes" ajoute Ankou.

Petit...

"... tout petit homme très méchant ..."

Les paroles du noich' me reviennent en tête. Petit... Minuscule...

"Demon... Tu connais le nom anglais pour le tiret sur un clavier d'ordinateur ?
- Heu... Non.
- Je vais te le dire... Parfois on utilise "dash", mais le plus souvent c'est "minus".
- Oui, et ?
- Un des squatteurs m'a parlé de K-Man comme d'un homme de petite taille. Ca confirmerait ton hypothèse selon laquelle c'est lui qui est à l'origine de cette disparition de train !"

Dans le genre tiré par les cheveux, je fais encore plus fort que Demon et Ankou. Mais l'idée semble les séduire, et Ankou s'apprête à ajouter quelque chose lorsque Morgoth pénètre à son tour dans Sama... dans la cuisine :

"Jok, t'as pas des capotes ?
- Non !
- Des vieux journaux alors ?
- ..."

Ils sont tous dingues.

* * *

La nuit tombe. Nous avons un tous un peu oublié toutes ces histoires farfelues. Morgoth, Samantha, Atom, Margritis, Demon, Ankou, Ticow et moi sommes attablés autour d'un plat particulièrement goûtu : du sauté de rat aux émincés de soja. C'est mon interlocuteur du jardin qui nous a préparé ce plat. En effet, alors que je vérifiais que tous mes squatteurs étaient partis, j'ai remarqué qu'il était toujours là. Je l'ai donc invité à venir nous préparer un petit plat, sachant que nous n'avions rien prévu. L'ennui, c'est qu'il a fait l'erreur de nous dire qu'il bossait d'ordinaire à la Poste centrale de Paris, ce qui a amené Demon à lui faire comprendre qu'il n'y aurait pas que du rat au menu. C'est donc un Demon repus et nanti d'une deuxième mâchoire autour du cou qui a pris place dans le canapé pour digérer son foie de jaune.

"Il était mort de rire quand je lui ai dit que je le démembrerais sans anesthésie.
- C'est ce qu'on appelle rire jaune..."

Atom, toujours là lorsque l'on ne l'attend pas. Nous décidons subitement d'aller nous coucher tous ensemble lorsque Demon commence à nous décrire la manière dont il a arraché la tête du monsieur. Et à la question d'Ankou sur l'emplacement du corps, il est resté évasif, ce qui nous a amené à supposer que le cadavre ne devait pas être bien loin.

"La meilleure façon de faire disparaître un cadavre, c'est de le donner à bouffer aux porcs, murmure Demon.
- Ouais mais j'ai pas d'élevage de porcs chez moi !
- Bin t'as bien Morgoth...
- Nuance, je suis un Troll ! s'écrie Morgoth, outré."

Le Troll se précipite d'ailleurs sur sa compagne et l'emmène se faire détruire les conduits lacrymaux dans la chambre. Comment ais-je pu penser qu'ils tiendraient une demi-heure... Je me prends d'ailleurs à noter que j'ai moi aussi des obligations sexuelles, et je m'excuse donc auprès de mes invités improvisés pour aller rejoindre Ticow.

La nuit porte conseil... Demain saura nous éclairer.

Mardi 3 avril 2007 à 10:13

"Bordel, mais qu'est-ce qu'ils foutent ?"

Demon a toujours été impatient. Les retards de la SNCF sont assez ennuyeux, il faut bien l'avouer, mais pour l'instant le retard du TGV en provenances de Paris Montparnasse ne se compte qu'en secondes. En attendant, c'est l'occasion pour Atom d'aller emmerder quelques voyageurs fatigués, en leur demandant une cigarette. On sent sa tension monter au fur et à mesure des refus...

"Excusez-moi, vous n'auriez pas une cigarette à dépanner ?
- Non.
- Heu... Bon."

"Excusez-moi, vous auriez une clope ?
- Non.
- Ah..."

"Ho, s'cuse moi, t'aurais une clope ?
- Non.
- ..."

"Hey sale pouf, lâche moi une clope !
- Au viol !
- Hein ?"

Cette dernière réaction plonge Atom dans l'embarras. C'est alors que Demon s'approche, son ombre recouvrant celle d'Atom, cachant la lumière du soleil, et dit froidement : "Donne une clope au monsieur"... Le résultat ne se fait pas attendre, la jeune pouf part en courant en ayant pris soin de lancer son paquet aux pieds des deux monstres. Atom se penche pour ramasser le paquet, et s'écrie :

"Boarf, des Camel light, je fume pas ça moi !"

Et il repart en quête. Demon me rejoint, grommelant que les fumeurs sont tous des cons finis, et je lui rappelle qu'il a été fumeur pendant un certain temps lui aussi, ce qui a pour effet de le faire se plonger dans un mutisme inquiétant. Pendant ce temps, je lève la tête pour constater à l'horloge de la gare que le train qui doit nous amener Morgoth, Samantha, Margritis et Ankou a déjà un quart d'heure de retard, et qu'il n'est affiché nulle pa...

"Mesdames mesdemoiselles messieurs, votre attention s'il vous plaît. Les personnes qui attendent des voyageurs en provenance de Paris Montparnasse sont priées de se rendre devant le poste d'accueil."

Je crois que c'est la première fois que j'entends ce message. Demon et Atom semblent tout aussi interloqués que moi. Nous nous dirigeons donc vers le poste d'accueil, au milieu de la foule. Là nous attend un agent de la SNCF, visiblement perturbé, qui nous demande de nous diriger vers une grande salle avec une sorte d'estrade. Nous prenons place aux côtés de la pouf qui a jeté son paquet de cigarettes à Atom, et il lui lance un regard mi-souriant, mi-terrifiant, du genre "si tu bouges je t'arrache les yeux avec grand plaisir". Je lui file un coup de coude pour qu'il se retourne vers l'estrade, car deux hommes en costume de la SNCF sont apparus et semblent vouloir prendre la parole.

"Bonjour à toutes, bonjour à tous. Ce que nous avons à vous dire dépasse l'entendement, et je tiens à ce que vous sachiez que nous ne comprenons pas plus que vous...
- (murmure) En même temps on peut pas comprendre, on sait même pas de quoi il parle !
- ...ce qui s'est passé. Venons en directement aux faits : le TGV de 15h13 a disparu."

Grognements dans la salle. Disparu ? Comment ça ? Envolé ? Le fonctionnaire reprend la parole :

" Nous savons qu'il était toujours là au kilomètre 110, mais il n'est jamais passé au kilomètre 130. Nous avons donc inspecté les 20 kilomètres de voie entre ces deux bornes, mais il nous a été impossible de repérer la moindre trace d'accident, ou quoi que ce soit d'autre. En vérité, ce train a disparu, il n'y a pas d'autre mot..."

Les grognements commencent à se transformer en gémissements. Et tata Michelle ? Et le chien de papy ? "Et ferme ta gueule" grommelle Atom, visiblement pas satisfait des explications données par l'homme en bleu. Alors que des agents de sécurité font sortir les gens et les dirigent vers une cellule d'aide psychologique, Demon, Atom et moi échangeons un regard entendu et nous dirigeons furtivement vers le fond de la salle, par là où est sorti le donneur de mauvaises nouvelles. Demon ouvre lentement la porte, et nous entrons rapidement, pour ne pas être repérés. Nous n'avons pas à chercher bien loin : la pièce dans laquelle nous sommes semble être un bureau de contrôle, avec des écrans partout, mais est surtout assez petite, et le monsieur est au milieu de la pièce. Demon se jette sur lui, l'empoigne, le soulève et s'apprête à lui décrocher la mâchoire lorsque Atom retient son mouvement en lui rappelant qu'il vaut mieux interroger des personnes en état de parler.

"Gmrbl... Je vois pas pourquoi il n'arriverait pas à parler...
- T'as déjà essayé de parler sans tes molaires toi ?"

Cette remarque pertinente semble toucher Demon. Il repose l'homme terrorisé, et je m'avance vers lui pour lui poser quelques questions.

"Alors... Qu'est ce que vous savez vraiment de cette disparition ?
- Hé bien... Rien, justement ! Si je savais quelque chose, ce ne serait pas une disparition !
- Oui enfin, à part David Copperfield, personne n'a jamais fait disparaître un train entier !
- Mais puisque je vous dit que nous avons perdu sa trace !
- Ah, parce que vous le traciez ?
- Bin fallait bien le surveiller...
- Pardon ?
- Euh..."

L'agent bleu se rend compte qu'il a fait une boulette. Surveiller un train ? Pourquoi faire ? Il se renferme dans un mutisme qui commence à m'énerver. J'autorise donc Demon à l'interroger. Il se dirige vers le vilain muet et lui lance son pied entre les jambes, ce qui a pour effet de le faire s'écrouler sur le champ. Le craquement qui a accompagné le coup ne me dit rien qui vaille, et le sang qui commence à s'écouler autour du pauvre castré n'est pas pour me rassurer. Atom se met alors en tête de faire entrer un objet contondant dans l'anus de l'homme.

"J'ai l'impression d'enculer toute la SNCF" me dit-il avec un grand sourire. Je perçois une certaine haine contre les trains chez lui, et la louche à nouilles chinoises qu'il utilise pour la sodomie à sec sur l'agent du réseau ferré me conforte dans cette idée de vengeance absolue.

Trop tard, il ne parlera pas plus. Sans les dents, c'est dur, mais sans les mâchoires, c'est encore plus dur. Demon a commencé à enlever la peau autour des os, il veut se faire un collier. "Je vais commencer une collection de mâchoires du service public" nous déclare-t-il le plus naturellement du monde. Il nous inquiète vraiment, parfois.

Nous sortons de la salle de contrôle, puis de la gare. Je conseille alors à mes amis de retourner chez moi pendant que je file voir le Padre. Peut-être pourra-t-il également m'aider au sujet des trains qui disparaissent. Atom se risque à une question :

"On peut violer ta copine aussi ?
- Essaie et je te fais avaler ta louche.
- Bon bon... D'accord..."

Il me faut maintenant rejoindre Campo. Je l'appelle pour lui dire que je passe le chercher, et je me mets en route.

C'est vraiment le bordel, entre les gens qui changent de ville en une nuit et les trains qui disparaissent. Et ce fameux K-Man...

Lundi 2 avril 2007 à 16:22

"Bon, résumons-nous : nous sommes sept, situés un peu partout en France, et certains d'entre nous ne savent même pas ce qu'ils foutent là où ils sont...
- Si moi je sais : je bois ton café.
- Ta gueule..."

J'ai toujours eu un faible pour Atom : ses remarques déplacées m'ont à chaque fois arraché un sourire en coin. Attention, n'allez pas croire que je suis gay hein, je ne vais pas jusqu'à dire qu'il est marrant, faut pas déconner. En attendant, Demon et lui sont chez moi à Bordeaux, pendant que Margritis et Ankou sont chez Samantha et Morgoth à Paris. Le seul lien qui nous unit est Cowblog, ainsi qu'une certaine amitié depuis le tournage de c0wvivor, le film. Première étape : il va falloir se retrouver tous au même endroit. Demon, Atom et moi avons adopté une solution à l'unanimité : les quatre autres vont nous rejoindre. Cela ne fait jamais que trois heures de train...

Pendant qu'ils préparent leur départ, Demon et moi cuisinons Atom afin de comprendre comment il a pu atterrir devant chez moi :

"Bon tu faisais quoi hier ?
- A part te faire sucer ?
- Et égorger des poulets ?
- Et dessiner des bites ?
- Et boire des bières ?
- Et..."

Le regard que l'individu tout de noir vêtu nous jette est sans équivoque : il vaut mieux qu'on la ferme.

"Je vous l'ai déjà dit : je n'ai rien fait de spécial. Vous avez cité tout ce que j'ai fait, sauf que je n'égorge pas de poulets...
- Ah, dommage !
- ... mais des rats.
- ...
- Nan j'déconne."

Ticow apparaît dans le salon, les yeux éteints, la démarche hésitante. Visiblement, nous l'avons épuisée avec nous élucubrations interminables. Surtout minables d'ailleurs...

Tout à coup, le regard de Demon s'éclaire. Il me semble qu'il a une idée...

"Tu bossais sur ta caricature de 'Bonne nuit les petits' en ce moment non ?
- Euh... Ouais.
- Je suis sûr que c'est un coup monté de Nounours !"

Silence. Atom et moi nous regardons, effarés. Demon nous avait habitué à des déductions un peu plus rigides, du genre "Faut lui éclater le crâne" ou "Fracassons cette porte avec une machette". D'ailleurs, il a perçu cet étonnement à la limite de l'inquiétude pour sa santé mentale, et s'est tu. Remarque, sa santé mentale, ça fait longtemps qu'on ne s'inquiète plus pour elle, tant elle est proche de l'inexistant.

C'est en revanche Ticow qui nous amène un début de réponse à l'énigme :

"T'as été voir le courrier ?"

Effectivement, je ne suis pas allé voir le courrier. Tandis qu'Atom finit ma cafetière, je vais ouvrir la boîte aux lettres, la tête pleine d'interrogations, et loin de me douter de ce que j'allais y trouver dedans... Une lettre estampillée "K-Man" et d'une cocarde bleue, blanche et rouge se trouve au milieu de magazines pornographiques. Intrigué, je laisse les magazines dans la boîte aux lettres - de toute façon je les avais déjà - et je file montrer cette curieuse missive à mes deux compagnons.

"Messieurs,

K-Man vous observe, K-Man vous surveille. K-Man vous avertit.

Tout être vivant qui produira des caricatures dans ce bas pays sera puni séance tenante, à commencer par un déplacement géographique impromptu en guise d'avertissement.

Prenez garde à ce que vous faites, bande de petits malins. K-Man est ici, K-Man est partout, K-Man est K-Man."

Pour une surprise, c'est une surprise... K-Man est un nom qui ne nous dit rien qui vaille, et d'ailleurs il ne nous dit rien tout court. En tout cas, nous avons la réponse à l'énigme d'Atom, ou tout du moins en partie : il a été transporté par K-Man ou par ses hommes. Ceci dit, ce doit être quelqu'un de puissant : nous ne voyons que le jet privé comme moyen de transport assez rapide pour traverser la France d'est en ouest en une très courte nuit... Il me vient alors une idée : j'ai un contact qui peut me renseigner sur l'identité des puissants de l'ombre de ce pays... Il s'appelle le Padre Roms, et j'ai eu fait partie de son organisation mafieuse quelques années auparavant. Coup de chance, il habite tout près de chez moi, et je sais que je serai bien reçu quoi qu'il arrive. Cependant, il me faudrait y aller avec un ancien collègue qui travaille toujours pour lui, cela me permettrait d'être plus crédible. Je décide alors d'appeler Campo, tireur d'élite et garde du corps du Padre.

"Allo ?
- Oui ?
- Salut farfadet !
- Ah, c'est toi..."

Le doux surnom de farfadet est lié à la taille moyenne du tireur d'élite en question. Toutefois, c'est un surnom affectueux, je ne risque donc pas une balle dans la tête.

"Dis moi, j'aurais besoin d'aller voir le Padre. Tu veux pas m'accompagner ?
- Et pourquoi faire ? T'es assez grand, non ?...
- Assez grand ? Ca veut rien dire, t'as vu ta taille ?
- Très drôle...
- Heu... Désolé. Oui donc, si tu viens avec moi, je pense qu'il me recevra plus facilement. Tu bosses toujours pour lui non ?
- C'est exact.
- Bon... Alors tu serais dispo quand ?
- Quand tu veux ma poule. Tu veux y aller maintenant ?
- Non, pas forcément maintenant, mais je te rappellerai quand je serais prêt.
- Ok. A toute !"

Atom s'apprête à lancer une vanne sur la taille de Campo, lorsque je lui rappelle son statut de tireur d'élite. Demon, lui, s'en tape comme de son premier cadavre : tout ce qui a besoin de tirer pour tuer est pour lui peureux. Il préfère le contact, le délicieux bruit du craquement des phalanges sur le nez de ses interlocuteurs, et la sensationnelle fontaine de sang produite par l'ouverture d'une veine. C'est fou ce qu'il peut être poétique lorsqu'il parle de sa passion...

* * *

Il ne nous reste plus qu'à tuer le temps en attendant que nos quatre compères nous rejoignent. Le train doit partir dans quelques minutes, nous avons donc encore trois heures de tranquillité devant nous. Puis, il me faudra aller voir Roms, et nous aurons à ce moment-là peut-être une idée de l'identité de ce mystérieux K-Man...

C'est bizarre, ce nom me dit quelque chose...

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