"Tiens donc, et si je cherchais la recette de cette bonne vieille mayonnaise sur Internet ?"
Tout est parti de cette phrase entendue (et réécrite pour les besoins de la science) au hasard d'une conversation. Je vais élaguer un peu le sujet de cet article : avant et après Internet, les idiots et les cons.
Petit constat : avant l'avènement généralisé d'Internet dans nos foyers et la disponibilité quasi totale de l'information de quelque nature qu'elle soit, un idiot était un idiot. S'il n'avait pas de connaissances dans un sujet, il ne pouvait que constater l'étendue de son ignorance, et éventuellement trouver un bon samaritain qui aurait accepté de lui fournir quelques informations. Ainsi, on savait que Robert était un idiot, mais que Jean-Eudes avait une grande connaissance des coléoptères d'Amérique du Sud, tandis que Sylvie et Chantal savaient réciter l'alphabet Russe à l'envers sur le bout des doigts. Chacun possédait son domaine, et c'était tant mieux : un électricien ne faisait que des travaux sur les installations électriques, et pas de la plomberie/chauffagerie/toiture/mécanique/dentiste/neurochirurgien/psychiatre/éboueur. On pouvait appeler un chat un chat...
Aujourd'hui, la donne a changé. Le grand, le beau, l'omniscient Internet est apparu dans nos vies quotidiennes, et le consulter lorsque l'on veut apprendre quelque chose est devenu un réflexe. Google, Wikipédia, dictionnaires et traducteurs en ligne, voilà autant d'outils désormais passés dans les usages courants, bien que - mais ceci est une autre histoire - souvent affreusement mal utilisés.
Et avec cette nouvelle distribution des cartes, l'on pourrait croire que tout le monde a accès au savoir universel, et que par conséquent les idiots sont en voie de disparition. C'est là que je veux intervenir. D'abord, et c'est évident pour à peu près tout mes lecteurs (enfin je l'espère), beaucoup d'informations ou de professions ne seront jamais explicitées sur Internet. On ne s'improvise pas médecin ou cinéaste, rien ne remplace les études ou les années de pratique. Et je n'ai pris que deux exemples, mais la liste est longue.
Non, mettons de côté tous ces cas professionnels et concentront nous sur des données beaucoup plus légères, beaucoup plus accessibles. Le commun du prurit anal de l'académicien improvisé rassemble toutes ces idées autour d'un seul et même concept : la culture générale, terme qui - vous l'aurez compris - n'a aucune signification pour moi. Quoi, la culture générale, c'est un peu comme une dégustation : on essaie de tout goûter, mais de toute façon on n'y arrive jamais faute de temps, on ne peut pas juger ce que l'on goûte faute de mélanges, et on finit toujours par se taper une chiasse monstrueuse.
Bref, je vous épargne ces détails. En gros, l'idée maîtresse que je veux développer ici, c'est que n'importe qui peut prétendre s'improviser une culture générale assez vaste. Et c'est là que l'on tombe dans le piège. Pour commencer, partons du principe que les gens qui ont écrit ce que vous voyez sur Internet sont comme vous, ils ont appris leur savoir quelque part. Par conséquent, sur 500 sites qui proposent une recette de mayonnaise ou qui vous expliquent l'acoustique du piano à queue, vous allez sans doute trouver au moins 250 versions différentes. Et d'ailleurs, il n'y en a pas tant que ça qui soient bonnes ou mauvaises, certaines divergences ne sont pas incompatibles avec la qualité du traitement du sujet.
Nous voici au coeur du problème. Ces divergences sont lues et enregistrées - à peu près - par des milliers d'idiots. Il se trouve que X a lu la version 1, et que Y a lu la version 2. Dans cet exemple, considérons comme explicité juste au dessus que les versions 1 et 2 sont correctes, et que les différences qui existent ne nuisent pas à la compréhension. Maintenant, X et Y discutent de ce même sujet, et chacun est persuadé que SA version est la bonne. Oui parce que, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais une fois lue, la version devient celle du lecteur, la sienne à lui. "Et MOI je te dis que..." oui bah t'aurais mieux fait de te taire.
Bref, un dialogue de sourds. Sur ce, arrive Z qui connait les deux versions, et même une variante, que l'on appellera 2' (oui bon, c'est juste pour le kiff de mettre un 2', parce qu'au final on s'en fout complètement). Il assiste attentif au débat enfiévré qui anime la conversation entre X et Y. Et lorsqu'il va vouloir intervenir pour dire aux deux protagonistes qu'aucun des deux n'a raison ni tort, on lui dira d'aller se faire mettre.
En fait, qu'est-ce qui se passe vraiment ? On assiste à une appropriation des savoirs par des idiots finis, qui se transforment du coup en cons. Et le con est nettement plus emmerdeur que l'idiot. L'idiot, au moins, il savait ce qu'il savait et il restait dans ses clous. Le con, lui, pense savoir beaucoup plus de choses que ce qu'on lui a filé dans son package de base, et se la joue science infuse. Le problème c'est qu'au delà de la véracité ou des divergences de l'information en ligne, rien ne remplace le savoir transmis en tête à tête. Et non, je ne parle pas ENCORE de cul...
Finalement, le con est en passe de remplacer l'idiot, et ce n'est pas prêt de s'arranger. Alors je m'adresse à vous, jeunes parents, et à vous, grands frères et grandes soeurs de ma génération et plus âgés : supprimez l'accès Internet à vos enfants et à vos frères et soeurs cadets. Il y va du salut de l'humanité.
Sur ce, je file en cours faire du tête à tête.