Mardi 30 novembre 2010 à 23:08

Ces quelques notes... Cette musique... Il est loin, le temps des étreintes, le temps qui courait sans jamais sembler vouloir fléchir, rythmé par ces envolées, suivant la trajectoire de cette mélodie cyclique. Il est loin, ce temps béni qui n'avait pour but que de voir au loin, d'espérer, de croire et d'aimer.

Ce soir, et comme depuis dix mois déjà, écouter ce morceau n'a plus la même signification. S'y mêlent le chagrin, l'enfermement, la haine et l'incompréhension, armés de cette délivrance qui paraît ne jamais vouloir éclore, effleurant d'un doigt triste le chant de l'espérance inaccessible. Le temps de la course est révolu, les larmes ont cessé et l'hiver approche de nouveau, sans savoir que son cortège de froid et de grisaille n'a pas de prise sur moi tant sa signification est hélas plus profonde que la banale matérialité qu'il altère, renvoyant sans cesse son image de glace aux yeux des âmes torturées.

Convoiter la renaissance est sans but, sans fin. L'altérité est passée par là, et j'y ai laissé mon sourire. Car celui qui se dessine sur mon visage aujourd'hui n'est plus qu'un vague souvenir d'une époque effacée, si proche et si lointaine déjà. Ce sourire que je porte n'est qu'une imposture, si invraisemblable que cela puisse paraître, en regard de celui que j'avais pour Elle.

J'écoute les notes s'égrener, lancinantes, transperçantes. J'écoute et je vois la musique, je la ressens au plus profond de mon être, mutilant mon bonheur passé, lacérant mes souvenirs sans aucune pitié. J'écoute et je touche la mélodie, je la reproduis dans le vide avec mes mains, ces mains qui ont vu tant de choses et qui aujourd'hui sont privées des courbes qu'elles connaissaient si bien.

Je regarde ce lampadaire clignoter. Je sais pourquoi il existe dans ce décor, dans le décor de mon esprit ravagé. Il est si terne, si froid, si vide de sens, et pourtant sa lumière veut se battre pour exister, n'éclairant que trop rarement un monde aussi indifférent qu'Elle pouvait l'être.

J'ai cessé de me battre... non... je me bats encore. Je ne sais plus vraiment quelle direction choisir, quelle larme verser. J'ai cessé de croire, je croyais pourtant, je crois sans doute encore, je ne sais plus qui croire. Tant de journées passées à ressasser les événements dans mon esprit, tant de doutes frappés du sceau de l'inutilité chronique, tout comme de la régression incontrôlée.

Il est temps de marcher vers un nouveau décor, celui qui soufflera le vent du renouveau, effaçant cette torpeur indicible. Mais aujourd'hui je ne sais plus si j'ai le courage d'y aller. Ce décor, finalement, porte en ses gènes l'assurance d'un monde instable, faux, malhonnête. Univers mis en scène... Quelle grotesque mise en abyme, quel paradoxe pour moi.

La musique s'est arrêtée... Mon coeur aussi, un jour de janvier. Puisse-t-il à nouveau se réveiller, et cesser de jouer ce jeu de dupes, cette comédie qui ne trompe plus le corps dans lequel il est enfermé.

Tu me manques, Marie.

Mercredi 10 novembre 2010 à 21:19

Quelques années plus tard...

J'avais écrit il y a de cela quelques années une courte nouvelle intitulée "Mercredi", que vous pouvez toujours lire ici en cliquant sur
ce lien.

J'ai réalisé un rêve...

Maintenant que je travaille dans le cinéma, j'ai pu adapter correctement mon propre texte, en réalisant un court-métrage intitulé lui-même "Mercredi". Il est inspiré du texte, mais avec bien sûr beaucoup de modifications, et des contraintes techniques qui m'ont poussé à réaliser une version courte et avec un seul personnage.

En avant...

http://www.dailymotion.com/video/xfkoe4_mercredi_shortfilms


Enjoy.

Lundi 8 novembre 2010 à 12:29

Bon, ça faisait quelques temps que je n'avais pas lancé une petite critique filmique, mais certains m'en ont donné l'idée (si tu passes par là, tu n'auras aucun mal à te reconnaître) et finalement tout s'arrange puisque le cinéma m'a accueilli une fois de plus dans ses salles hier soir. L'objet du délit ? "Very Bad Cops", réalisé par Adam McKay, et sorti le 27 octobre.

Alors alors... Quoi, un film de flics de plus ? Eh bien, les premières minutes nous en donnent la furieuse impression. Nous sommes à New York, deux blacks roulés comme des boxeurs sous nandrolone sont au volant d'une grosse voiture de sport, et sont à la poursuite de méchants asiatiques. Okéééé... On l'a déjà vu, ce film. Mais non, dès la première cascade quelque chose se met à clocher. En fait, on voit rarement des flics empaler un bus avec leur caisse et continuer la poursuite au volant du bus, puis effectuer un freinage d'urgence pour éjecter la voiture sur les méchants. Finalement, on l'a pas déjà vu... Au final, lorsque ces deux Supercops vont finir par se tuer, il va falloir trouver deux autres Supercops pour les remplacer dans l'inconscient collectif de la Grosse Pomme qui, rappelons-le, a besoin de se forger des héros pour croire en Dieu. Première pique, gratos. Adam McKay nous présente donc deux types ratés, blancs, moches et socialement inadaptés, et encore c'est peu de le dire.

Soyons clairs : "Very Bad Cops" n'est pas un film de flics. C'est un prétexte pour raconter des conneries à la sauce McKay, en mettant en scène Mark Wahlberg et Will Ferrell, ce dernier étant déjà connu du service pour avoir joué l'un des deux premiers rôles dans "Frangins malgré eux", déjà réalisé par ce même Adam McKay. Petit plus de luxe, il se permet de se payer Samuel L. Jackson et Dwayne Johnson pour les mettre en boîte quelques minutes après le début du film, et accessoirement Paris Hilton et Eva Mendes dans des rôles hilarants de débilité profonde, rôles qui bizarrement collent très bien aux personnages, ne serait-ce que par leurs faciès (et encore, je ne descends pas la caméra au niveau des meules, sinon on est mal barrés).

Bon, c'est pas tout mais que vaut le film ? Hé bien il vaut une franche rigolade. Dire que "Very Bad Cops" est un film décalé est un doux euphémisme. Dire que l'humour de ce film est un humour absurde est une vérité incontestable. En fait, on est bien loin du "Bad Boys" où là aussi deux flics étaient mis en scène pour faire des conneries. Ici, nous avons deux blancs ridicules dont l'un roule en Prius avec un flingue en bois à sa ceinture, et l'autre connaît les arts martiaux et la danse classique. On évolue en permanence entre un humour anglais qui rappellera les Monty Python (mais contemporains) et un rythme enlevé - c'est peu de le dire - martelé par des vannes que Les Nuls auraient pu écrire s'ils étaient encore ensemble.

Oh, ça s'annonce plutôt bien alors ! Bah oui, clairement, ce n'est certainement pas LE film de l'année, mais c'est un film à aller voir. Surtout si vous vous sentez concernés par ce que je viens d'écrire. Mais avant que vous vous précipitiez dans les salles obscures, je tiens à mettre quelques bémols : le film parfait n'existe pas.

Le premier risque, évident, est de tomber dans un faux rythme. Les répliques sont pour certaines absolument géniales, tordantes et - je vais me répéter mais c'est évident - décalées au possible, mais elles ne sont pas assez nombreuses. Clairement, le scénario est là pour servir les répliques, et non pas l'inverse, ce qui signifie si vous savez lire entre les lignes que l'on ne va pas voir ce film pour son scénario, oooh non surtout pas.

Le second risque, évité cette fois-ci, est de tomber dans la lourdeur. Bon, il y a peut-être une ou deux répliques de trop, mais globalement le film n'est pas lourd, enfin pour qui comprend et aime "La Classe Américaine"... Le voilà en fait ce second risque sous-jacent : je pense que le public concerné est assez restreint, tout le monde n'aimera pas ce joyeux bordel.

Le dernier risque, en plein dedans, est de ne proposer qu'un film à répliques. On l'a vu plus haut, le scénario ne vaut quasiment rien, mais bien entendu la photographie n'est pas non plus un modèle du genre, tout comme le mixage et les choix musicaux ou encore les effets spéciaux. Mais ce n'était déjà pas le cas des Monty Python, "Sacré Graal" en chef de file de l'absurde trame dialoguée qui éclipse tout le reste... par génie ou par défaut, à chacun de se faire son idée.


Pour en finir avec ce petit papier, si ces quelques lignes vous parlent, allez le voir de toute urgence. Sinon, restez chez vous et téléchargez-le (légalement bien entendu), ça vaudra mieux.

Et, ah oui j'oubliais, si vous êtes dans le deuxième cas, la vie doit être bien triste pour vous.

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