Jeudi 29 juillet 2010 à 1:01

Une fois n'est pas coutume, une petite revue du grand écran pour clôturer une journée bien (peu) remplie. Deux films en fait, deux des plus grosses sorties de l'été. Maintenant, pour un jeune néo-diplômé en cinéma, c'est un peu normal d'aller voir les hits, mais aussi d'aller voir les bons films d'auteur : suite donc au prochain épisode. Pour l'instant ce sera gros bras, gros flingues et effets spéciaux.

Commençons par Inception. Beau casting, Leo DiCaprio en ancienne légende devenu prisonnier de ses doutes, Marion Cotillard en apparition plus que persuasive, Ellen Page en petite génie et Tom Hardy en faussaire fantastique... Les autres rôles sont un peu plus anecdotiques à mon sens, ces quatre-là tirent facilement leur épingle du jeu, et DiCaprio est clairement au-dessus. Côté visuel, c'est beau, c'est propre, c'est bien cadré. Quelques petits problèmes de point assez étonnants pour un film de ce calibre, mais bon on pardonnera ce détail, parce que c'est clairement un détail pour le spectateur moyen.

En tout cas, y'a pas à dire, la pellicule ça fait mal. Un film tourné en 35 reste au dessus d'un film tourné en numérique, c'est clair net et précis. Wally Pfister à la direction photo, c'est pas une surprise pour un film de Christopher Nolan, c'est lui qu'il avait appelé pour les Batman, Memento, Insomnia... Et effectivement, l'image est légèrement chaude, à peine désaturée, avec un bon vieux gamma de péloche, tu le sens mon gros système Panavision derrière. C'est beau, c'est chaleureux ; pour les mélomanes c'est un peu le vinyle du cinéma.

Tiens d'ailleurs, côté effets visuels, ça dépote. Le concept même du film (vous inquiétez pas je ne spoilerai pas) implique une belle débauche d'effets spéciaux, et ça tombe bien, les bonnes idées sont bien rendues, tout va bien donc.

Bon, côté scénario rien à ajouter, c'est complexe, c'est recherché, Nolan nous surprend. En fait, le scénario est tellement ramifié qu'il aurait fallu un film de 4 heures en lieu et place de 2h28, mais bon c'est pas vendeur... Du coup c'est un peu compressé, certains passages sont mis en scène comme s'ils coulaient de source alors que bon, faut avouer, c'est pas évident à piger au premier abord. Heureusement, l'histoire se délie et on revient facilement sur ce que je qualifierai de démarrage en trombe. Côté réalisation, c'est ce même Christopher Nolan qui s'y colle, heureusement encore une fois car j'ai du mal à imaginer le résultat si il avait eu à tourner ce scénario sans l'avoir écrit. L'ambiance est lourde, gluante, stressante même sur certaines scènes, le rythme est bon et on se prend à imaginer cet univers autour de nous à la sortie de la salle.

En bref, un excellent film, prenant et efficace, visuellement impressionnant, pour moi clairement le film de l'été, et peut-être de l'année, on en saura plus avec les sorties de la rentrée et de la fin d'année. Ses quelques petits défauts sont facilement pardonnables ! En attendant, c'est à voir et revoir sans modération, et surtout au cinéma, bande de pirates, ce serait vraiment dommage de s'en priver.


Second blockbuster, Night and Day - Knight and Day en Anglais - d'ailleurs le titre original prend tout son sens lorsque l'on a vu le film. Bon, c'est autre chose c'est sûr, mais vous allez voir que ça vaut quand même le détour. Franchement, même si l'on n'aime pas spécialement Tom Cruise, le voir de nouveau associé à Cameron Diaz - 8 ans après Vanilla Sky - ça donne envie ! Et le résultat n'est pas loin d'être un sans faute, dommage qu'il soit plombé par quelques petites erreurs.

Déjà, pourquoi du numérique ? Ok, c'est moins cher, mais ça se voit vraiment. L'image est lisse comme un galet, le piqué est moins bon, la colorimétrie est très étirée, et la balance des blancs ultra neutre. C'était peut-être un choix du directeur photo ceci dit, mais je trouve ça dommage, car au final l'image est comme la balance : neutre. Du coup, pas de risque de jugements sur une teinte particulière, mais l'image aurait pu en sortir métamorphosée que de tirer vers les jaunes (et je ne dis pas ça parce que j'adore tourner en lumières chaudes).

Effets spéciaux, rien à dire. Pas d'erreur, un bon film d'action avec Tom Cruise reste un bon film d'action avec Tom Cruise : des voitures qui explosent, des avions qui se posent dans les champs, des poursuites à moto, n'en jetez plus la coupe est pleine !

Le scénario, lui, est vu et revu, convenu même. Mais franchement, ça passe plutôt bien voire même très bien tant la réalisation est à la hauteur. Et le duo de choc porte littéralement le film, ils sont vraiment excellents dans leurs rôles. Tom Cruise est posé, un brin farceur, avec une pointe de flegme qui nous ferait presque penser à un agent britannique, et une assurance sans limites à faire pâlir d'envie le bon vieux 007. Cameron Diaz est parfaite dans la peau de l'héroine malgré elle : affolée, dépassée, impulsive et amoureuse, voilà le genre de paradoxe qu'elle aime à jouer.

En conclusion, le film est franchement une réussite, c'est la bonne surprise de l'été. On n'en attendait pas moins d'un duo aussi prestigieux, il faut avouer qu'il est sacrément efficace. Et pour cerner les limites du film, il suffit d'imaginer ce qu'il aurait été avec d'autres comédiens : moyen, convenu, un peu pâlot. Au final, il est divertissant, drôle et rythmé, et souffre de quelques défauts sur lesquels on ne s'attardera qu'autour d'une pizza après un apéro un peu arrosé.


Voilà, c'était tout pour aujourd'hui. 

Vendredi 2 juillet 2010 à 0:48

A tous mes amis sportifs, comédiens ou simple spectateurs, ou les trois ensemble dans certains cas... Je vous offre le mot que nous a laissé Jacques Weber, rôle principal sur le tournage sur lequel je travaille en ce moment. Cette lettre hautement acide et si vraie, reproduite ici au mot près. A savourer sans modération...

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Le Monde est Ballonné, la Coupe est Pleine, la France a des bleus partout, des Blacks sans Beur et des blancs de poulet.

Ils ne sont pas onze ni 23, ni chanteur obligé et Maladroit(e), "Mal à gauche" aussi d'ailleurs de la Marseillaise ; sans short et en pantalon, sans crampons aux pieds, mais tous des têtes à tacles, sans maillot mais staff cravateux et costardisé, stade de France à l'Elysée.

Ils sont cinquante sur les lignes avant mais, à coup de réformette, d'avocasserie, d'opinionade ; ils ne jouent qu'en défense. A part le nain qui les dirige, ils sont tous autour de la cage. Il n'y a ni but ni mouvement. Des cartons rouges et jaunes s'amoncellent dans le Quart Monde et "les restos du coeur" et, dans la cage, un chapon fait cocorico.

Cette équipe de France, oui il faut la réformer, celle qui ne marque aucun but, les ballons perdus ont l'air de zéro pointé à l'infini...

"Tais toi pauv' con" devrait titrer l'Equipe. Dans les chiens écrasés, c'est comme ça qu'on appelle les faits divers, on saurait que le gars qui n'a pas voulu serrer la main du mari de la chanteuse dont "pourtant quelqu'un m'a dit..." qu'il était LE représentant de la France, s'est vu mettre en taule.

Le monde joue au football et la France n'est pas qualifiée.

Pourtant ce n'est qu'une histoire de mômes qu'ont pas un rond au début. Elle est là l'affaire d'état ; dans la poussière de la misère et pas après dans celle de l'or ; il s'agissait de sable, de zone tracée à pied nu, de but délimité par des cartables entassés. Il y a les Maquignons qui débarquent et Matignon qui suit.

Il est obligatoire de siffler la Marseillaise.

La France a une équipe prétentieuse, humiliante, sale comme les crèmes pour bronzer plus vite.

Merd'in France, caca boom chantait Dutronc. C'est l'hymne qu'il faut, celui que je propose pour et contre l'entraîneur national de l'Elysée. C'est lui qui devrait se confesser à Roselyne Bachelot qui a de plus en plus d'onctuosité et le tailleur sacerdotal.

Oui, la France est éliminée, c'est dans la cour de récré, sur les plages des Calanques, à la lumière triste des nocturnes des stades de banlieues qu'il faudra tout repenser. Penser ! Enfin et surtout.

Soyons vigoureux, bandus et clairvoyants et les nains de jardin seront la risée des petits oiseaux et les copains des escargots.

Enfin mes amis, je n'ai pas l'impression vaniteuse d'avoir marqué un but, mais simplement, d'avoir, avec vous tous et grâce à vous, reconquis une part de dignité. Ici, oui, je crois que je pourrai m'en aller en chantonnant la Marseillaise.


Jacques Weber

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Merci à Jacques pour ce morceau de littérature improvisée, je le cite avec le plus profond respect.

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