Mercredi 24 juin 2009 à 11:28

Si vous ne connaissez pas ce duo comico-musical, c’est le moment de faire les présentations. Aleksey Igudesman est un violoniste russe et Richard Hyung-ki Joo un pianiste anglo-coréen. Ils forment le duo logiquement appelé Igudesman & Joo, et donc les spectacles sont un régal pour les yeux et les oreilles. Leur but ? Parodier la musique classique et ses codes, intégrer des éléments humoristiques à leurs concerts, etc. Finalement, le mieux c’est de regarder… Je vous laisse en profiter :


 

Site officiel : igudesmanandjoo.com

Comme quoi, on peut aimer la musique classique avec beaucoup d’auto-dérision…

Mardi 23 juin 2009 à 11:06

Je contemple ce vide autour de moi... Ils m'ont tous abandonné, ils ont sans doute eu peur. Oui, ils ont eu peur, je crois que c'est la solution qui me rassure. L'autre éventualité me glace le peu de sang qu'il me reste, l'idée qu'ils auraient pu me laisser là par intérêt me trotte dans la tête mais je la chasse à chaque fois qu'elle fait irruption dans mon esprit.

Comme deux balles dans mon dos.

Je ne sais plus très bien ce qui s'est passé. Un trou noir, un coup puis deux, une chute, le goût du bitume froid qui se mélange à ce sang, le mien peut-être, comme du métal dans ma bouche. Et je suis allongé sur le dos, quelqu'un passe, me voit. Je veux l'appeler, je veux lui signifier que j'ai besoin d'aide. Comme s'il avait besoin de ça... Mais je ne peux pas, je n'arrive même plus à bouger. Et tout à coup j'entends parler d'arme, de balles, de mort.

Personne ne m'en veut sur cette putain de planète, personne pour me tirer dessus, et pourtant je suis là. Incompréhension, frustration, tout se mêle, danse et s'entrecroise dans mon corps, un peu comme une flamme irrégulière mais pourtant si translucide. Voilà, c'est cette lucidité dont je parle, je commence à comprendre mais je ne veux pas connaître la fin de l'histoire.

Rester ici devient pénible. Je ne sens plus rien, je ne peux toujours pas bouger, comme si je contemplais mon propre corps déposé sur un sol souillé. J'ai peur, à présent. Que vont-ils devenir ? Je pense à ses yeux glacier et à nous deux, intensité rare et pourtant paradoxale. Je pense à ce passé si riche et cette fin qui n'a toujours pas été écrite. Je pense à ces paroles en l'air, ces mots lancés comme deux balles dans mon dos.

Deux balles. Deux coups. Je crois que j'ai enfin la solution. Tout ça, toutes ces paroles, toutes ces rumeurs et ces coups en douce, comme deux balles dans mon dos. Mais pourtant, la blessure est bien réelle, et le sang coule. Pourquoi ?

Abattu par toutes ces conneries. La vie est injuste, parfois.

J'entends au loin une mélodie rassurante. Je sais maintenant qu'une sirène si agressive peut devenir douce et apaisante. On vient me chercher.

Je serai encore là demain. Peu importe le nombre de cicatrices.

Comme deux balles dans mon dos.

Mercredi 17 juin 2009 à 12:21

Cet article est un petit recueil de plusieurs textes courts écrits ces derniers mois, voire même ces dernières années. Hé oui, c'est du recyclage, mais peu importe.

Conte d’un dimanche

 

Les rues sont froides, les murs gris. Le vent glacé balaie négligemment les quelques feuilles mortes qui traînent encore leurs nervures gelées sur le bitume. Je marche lentement, le nez coincé sous une longue écharpe grise, faisant face aux éléments. Toutes les vitrines sont closes par de grands rideaux de fer, qui se fondent si bien dans le décor qu’on pourrait les imaginer les yeux fermés. Non loin de là, le fleuve coule tranquillement, ses eaux sales semblant charrier toute la tristesse qui émane de ce paysage impersonnel. L’ambiance en serait presque malsaine, solitude étouffante aux relents d’une civilisation écrasante même lorsqu’elle est endormie.

La ville est calme, en ce dimanche matin d’hiver. Si calme que je ne croise personne, à part cet enfant, là bas, probablement aussi frigorifié que moi, et vraisemblablement encore plus emmitouflé. Je me surprends à étayer thèses et conjectures quant à sa présence dans cet univers kafkaïen, suppositions qui s’avèrent toutes plus improbables les unes que les autres.

“Sauve moi de moi…”

L’enfant m’a parlé en passant près de moi, j’en suis certain. J’ai peur de ne pas avoir bien saisi le sens de ses mots, alors je me retourne et lui demande ce qu’il en est. Il lève alors la tête vers moi, et je ne distingue que ses yeux éclatants, gris acier, à l’instar de ces murs qui nous entourent.

“Sauve moi de moi… Et de ma solitude…”

Puis il repart, sans un bruit, flottant sur l’asphalte comme un être spectral, finalement si bien accordé avec l’environnement.

Parfois, on se demande si Dame Nature n’a pas fait une mauvaise blague à certains d’entre nous. On se demande si notre existence n’est pas vouée à rencontrer un grand nombre d’échecs et de déceptions, de larmes et d’angoisses, de peurs et de doutes. La fatalité semble tout droit sortie du néant, happant notre âme sans aucune forme de procès. Je me demande si cet enfant n’est pas de ceux-là, de ceux qui semblent vivre en transparence, perdus au beau milieu d’une humanité immensément égoïste qui ne leur accorde aucun crédit. Pour lui, se battre n’a peut-être plus aucune signification, résister n’est sans doute plus un mot plein d’espoir.

Le ciel s’assombrit, le temps se couvre. Et cet enfant marche seul, comme déraciné de son contexte. Je suis arrivé à deux pas de chez moi, et je le vois s’éloigner vers la vieille ville, sans savoir qui il est, où il va. Je pourrais courir pour le rattraper afin de lui demander s’il a besoin d’aide. Je pourrais aussi pousser ma lourde porte en bois massif, et oublier ses yeux une fois celle-ci fermée…

Je suis rentré.

Dans le salon crépite un feu orangé, répandant sa chaleur et sa douce lumière jusqu’au plafond. Ma douce s’est endormie dans le fauteuil devant la cheminée, un magazine posé sur ses genoux. Je dépose un baiser sur ses cheveux, et je remarque alors que la page à laquelle est ouvert le magazine est occupée en partie par une photographie. Des yeux… Simplement des yeux. Ses yeux… Ce gris acier qui vous perce à vif, qui vous donne tout à coup l’impression de ne plus rien maîtriser et de devenir comme un livre ouvert à la face du monde. Intrigué, je prends délicatement le magazine afin d’en savoir un peu plus. Quelques mots agrémentent la photo :

“Dernier regard d’un enfant”

En lisant l’article, j’apprends que l’histoire s’est déroulée il y a quelques mois, et que l’enfant photographié est décédé depuis, atteint d’une malformation des poumons. Pourtant, les yeux que j’ai croisé quelques minutes plus tôt sont bien les mêmes, j’en mettrais ma main à couper…

Je pense que notre univers nous joue des tours, parfois. Ce petit être a beau avoir disparu de notre monde, il n’en reste pas moins présent pour tous ceux qui prennent encore le temps de s’attarder sur les détails qui les entourent. Il voulait que je le sauve de son errance, il voulait que je le délivre de son calvaire, mais je n’ai pourtant perçu aucune souffrance dans ses paroles. Peut-être est-il tout simplement heureux, là où il est. Peut-être que cette vision était plus qu’un simple écho du passé…

Et dans cette grisaille du dimanche, une chaleur vient tout à coup me réchauffer. Une chaleur qui, je le sais, m’est envoyée par l’enfant, que j’ai été le seul à bien vouloir voir…

Stressed Star

I wish I had a star.

Une lumière dans la nuit, qui éclaire ces sombres méandres, insondables tant par la pensée que par le coeur. On a tous un jour rêvé de cette lumière, de cette clarté qui nous ferait tant de bien lorsque l’enveloppe brumeuse qui nous suit à longueur de journée ne semble plus vouloir repartir dans l’ombre.

I wish I had a star. I do wish.

Et malgré cela, tant de questions restent sans réponses. On cherche en vain la solution, elle nous fuit et court, court au delà des limites de notre avenir. Un choix, deux choix, et tout bascule, alors que ne pas prendre ces décisions nous entraîne également dans l’horreur de l’imprévisible, de l’impossible.

I wish I had your star. Not mine.

Lorsque l’on jalouse la réussite des autres, l’engrenage devient infini. Autant se concentrer sur sa propre existence plutôt que de perdre son temps en conjectures et en comparaisons. Finalement, c’est peut-être ce qu’il nous reste de mieux à faire. Quitte à plonger, pourquoi ne pas plonger seul ?

Ain’t no light without my star.

Chronique et ‘Pataphysique

1h05.

La vie semble s’être arrêtée. Le silence est le seul bruit qui parvient à mes oreilles, les autres ayant décidé de dormir. La nuit noire éclaire mon insomnie, je réfléchis et pense à tout à fait autre chose. Plus que quelques heures avant le lever du soleil, qui comme moi se lève à l’Est, et déjà la pluie tombe doucement, tout comme je pourrais tomber du lit.

1h06.

Pourvu que le jour ne pointe pas le bout de son réveil. Chaque minute qui passe me rapproche de la minute qui suit, et celle d’après suit également. Où se trouve la fin du cycle ? Je rêve d’un sens caché, du sixième qui change tout, qui connaît, lui. Il connaît la faim, la fin du cycle.

1h07.

J’entends encore ces mots. Les gens qui ne m’aiment pas n’ont pas le courage de me le dire en face. J’entends encore ces paroles rapportées, lui qui a dit ça et l’autre qui ne l’a pas dit. Mais il n’en pense pas moins. Tout le monde le sait, sauf lui peut-être. Et lui. Et lui et eux tous, ils ne sont pas capables d’être francs, et par devant ils sont hypocrites. Je préfère l’inverse.

1h09.

Deux minutes, une éternité ! Ce fut dur.

1h10.

Il faut fuir l’envie, fuir le réel, fuir le quotidien. Rien de plus simple que de beurrer une tartine, encore faut-il posséder un couteau à bout rond. Cela s’applique également à cette considération macroéconomique qu’est le prix de l’essence. Rien de plus simple que de beurrer un moteur, encore faut-il posséder un portefeuille à bout rond. Souvenez-vous, le moteur et la tartine sont frères.

1h11.

Est-ce que le moteur tombe toujours du côté beurré, lui aussi ?

1h15.

On n’arrête plus le progrès.

1h16.

Pouf, une minute de trop. Non, c’est vrai quoi, impossible de chroniquer correctement si le temps joue sa propre partition solo. Je suis un compositeur, un amoureux de l’emphase lexicale. Et rien ne sert d’écrire, il faut tailler sa plume à point. Mince, c’est vrai, c’est un clavier…

1h20.

Elle me manque.

Contemplations

Je contemple ce mur blanc. Deux posters y sont accrochés depuis des années, et j’en ai même oublié leur présence. L’odeur du rhum me secoue le cerveau, et pourtant il n’y a pas d’alcool à proximité. Des hallucinations… Comment mon esprit peut-il déjouer mes sens ? La nuit est tombée depuis quelques heures déjà, le sommeil ne semble pas près de me rencontrer cette nuit.

Le bruit du moteur du frigo qui redémarre me fait sursauter. Le silence ambiant, soudain rompu par cette grosse boîte blanche certainement aussi vieille que moi, m’a rendu attentif au moindre mouvement, au moindre son, au moindre courant d’air. Un léger sifflement me fait tendre l’oreille, mais il m’est impossible de localiser sa provenance. Qu’importe… Je suis devant mon clavier, et j’appuie sur ces foutues touches sans même savoir où je veux en venir.

Je m’allume une clope. Le bruit de l’allumette qui craque est amplifié par l’épais silence qui est retombé dans la pièce. J’inhale lentement la première bouffée de fumée. Saloperie… Une cigarette, dix minutes de vie en moins, qu’ils disent. Comment peut-on perdre un temps qu’on est incapable d’évaluer ? Si je perds dix minutes de vie sur trente années d’existence, l’impact sera différent que si je les perdais sur le double. Une belle arnaque que cet allongement de l’espérance de vie…

La télé est éteinte depuis près d’une vingtaine de minutes. J’aime ces chiffres, j’adore les statistiques, dès que je peux quantifier quelque chose et le comparer à n’importe quoi de similaire, je le fais. En attendant, je vais finir par crever de froid, enroulé dans cette seule couverture. Dix minutes de vie… Si je meurs d’hypothermie cette nuit, j’aurais bien baisé ces foutues statistiques, et toutes ces minutes de perdues seront offertes à un autre fumeur.

Je repense à ce film, American History X. Je revois Daniel Vinyard qui tape mécaniquement sur son clavier, efface et recommence, tout comme moi à l’heure qu’il est. Sauf que je n’ai ni le crâne rasé, ni les murs recouverts de croix gammées. La haine… Elle est partout, elle nous entoure à chaque seconde. Nous haïssons toujours quelque chose, quelqu’un, quelque part, comme je hais le bruit que fait mon frigo. Et lorsque cette haine se transforme en prétexte à la violence, les bas instincts de l’humanité ressortent comme un morceau de charbon sur une plaine enneigée : crus, aveuglants, mais presque honteux d’être là, salissant un capital qui disparaît petit à petit.

J’ai plongé la pièce dans le noir. Il ne reste plus que mon écran qui brille, comme un pied de nez à l’obscurité. Un flocon de neige sur une plaine de charbon… L’heure n’est plus à faire de l’esprit, mais à dormir. Je n’en ai pas la force, c’est le paradoxe de la fatigue mentale. La fatigue physique est une fatigue saine, qui amène le sommeil naturellement, par opposition à sa sœur née sous X, jamais vraiment présente, mais suffisamment sous-jacente pour soulever une question cruciale à ces heures tardives : comment faire pour s’endormir ? La réponse viendra d’elle-même, je suppose. Lorsque je m’endormirais sur mon clavier, il ne sera plus question d’y réfléchir.

Je vous laisse, je préfère tenter l’approche frontale. Il suffit d’éteindre son ordinateur, de mettre l’oreiller sous sa tête, et d’essayer de se laisser aller. Parfois, donner un coup de pouce aux rêves à venir durant la nuit est une bonne méthode. Enfant, j’essayais de m’imaginer doté d’un pouvoir illimité, me permettant de faire absolument tout ce que je voulais, sans exception aucune. Et je m’endormais en volant, en devenant invisible, en figeant le temps et l’espace ou en contrôlant la pensée de mes semblables. Comment voulez-vous que je sois sain d’esprit, avec une enfance pareille…

Après la pluie vient la pluie

L’arrêté vient de tomber : la circulation des véhicules à moteur devient limitée, ou plutôt leur vitesse. 50km/h, pas plus, et ce sur tout type de route suceptible d’être empruntée par des voitures, des motos, des tondeuses, etc. Cette mesure a été accueillie assez froidement. Bien que tout le monde ait conscience que la situation pluviométrique implique des restrictions drastiques indispensables, personne ne pense se mettre en danger en roulant à plus de 50km/h sur l’autoroute…

Je marche dans une rue qui n’est pas encore totalement inondée. Mes bottes me remontent jusqu’au genou, me permettant ainsi de rester sec. Les voitures passent tous feux allumés, essuie-glaces battant la mesure tels des métronomes réglés sur “Prestissimo” (ndr : plus de 200 battements par minute) et conducteurs stressés au possible. Prendre le volant est devenu un véritable challenge, et certains conducteurs ont abandonné l’idée de faire 500 mètres avec leur véhicule pour aller chercher le pain. L’industrie du vêtement imperméable ayant fait de gros efforts pour équiper la population, marcher est devenu le meilleur moyen de se déplacer…

Tout le monde s’est habitué à la pluie. Même les gamins les plus réticents ont désormais compris l’utilité d’une capuche. Mais de toute façon, la vision apocalyptique qu’offre le moindre coup d’oeil à l’extérieur est tellement impressionnante que n’importe quel individu, blanc, noir, vieux, jeune, gros ou maigre se sent totalement dépassé par les évènements…

La pluie a commencé il y a environ deux mois. Et depuis, nous avons pu compter les apparitions du soleil sur les doigts d’une main : zéro. Il s’est arrêté de pleuvoir quelques minutes il y a une semaine, mais les averses continuelles ont bien vite repris. Personne ne sait ce qui se passe vraiment, pourquoi les anticyclones ont disparu. Des dépressions rivalisant de monstruosité couvrent quasiment toute la surface du globe. Des tornades ravagent les côtes américaines, la neige étouffe la moitié de l’Europe du Nord, des énormes cyclones dévastent les pays tropicaux, des raz-de-marée gigantesques rongent les côtes asiatiques. Les prévisions météorologiques ont depuis quelques temps laissé place aux scénarios les plus dramatiques…

La situation s’est aggravée. Les communications sont coupées, les antennes sont tombées, l’électricité commence à flancher. Dans les rues, les cadavres de rats noyés remontent à la surface et jonchent les bords de trottoirs qui ne sont pas encore sous les eaux. Les propriétaires de maisons individuelles redoublent d’ardeur pour protéger leurs habitations des dégâts colossaux que l’eau provoque chaque jour. Des hommes et des femmes disparaissent, et personne ne peut rien faire…

Le pessimisme ambiant s’est transformé en véritable terreur. Les fous de Dieu parlent de vengeance Divine, les autres ne savent pas. La perspective de fin du monde, qui faisait rire sous cape l’humanité un mois auparavant prend désormais un sens, et certains ont déjà commencé à préparer leur “grand départ”. Les viols et les agressions gratuites se multiplient, les criminels étant persuadés que plus rien ne pourrait les juger. La terreur se mue en colère, puis en désastre. Tout part en lambeaux. L’homme se rend compte de sa faiblesse face à son environnement. L’homme n’est rien…

J’écris ces dernières lignes du troisième étage d’un immeuble abandonné. Les deux étages inférieurs sont ravagés, le rez de chaussée est complètement inondé. Le niveau de l’eau est impressionnant, environ deux mètres. Je ne sais pas jusqu’à quand je pourrais tenir ici, ni ce qui m’arrivera lorsque la fin sera devant moi. Je ne sais pas…

[...]

Je me suis réveillé dans une chambre. Plusieurs lits d’un blanc éclatant sont alignés à côté du mien. La lumière entre par la fenêtre, et inonde la pièce, le soleil baignant le visage des personnes qui sont avec moi ici. Je suppose que je suis dans un hôpital… J’essaie de me lever, j’y parviens non sans difficulté, et je me traîne jusqu’à la fenêtre. Au dehors, le ciel azur est marqué par la présence de l’Astre Roi, que nous n’avions plus vu depuis 5 mois. La pluie a cessé. C’est un miracle…

La reconstruction sera longue. Les inondations ont causé des dommages incroyables, et l’eau ne s’est pas encore retiré à certains endroits. Le paysage ressemble à celui d’un lendemain d’orage extrêmement violent. Tout est humide, voire complètement trempé, mais les oiseaux ressortent de leurs nids et les gens ont le sourire. Comme je les comprends… J’ai aussi ce sourire, ce sourire béat au travers duquel transparaît une foule de sentiments qui se bousculent, se mélangent et se tirent dans les pattes. Le miracle… Ce mot revient dans la bouche de tous les passants, le miracle a eu lieu. La pluie a cessé.

Nous sommes libres. Nous ne sommes rien.

Dépressurisation

Rêves…

Lorsque j’étais enfant, je rêvais de devenir astronaute, ou pompier. Les étoiles me fascinaient, à commencer par celles que l’on appelle “géantes bleues”, comme Deneb ou Altaïr… L’encre profonde qui liait ces points d’argent m’envahissait et me procurait une sensation indescriptible d’immensité, d’infini… Je me voyais partir, m’approcher de ces boules immenses, jusqu’à les toucher. J’étais comme aspiré par l’Univers, par cet espace intemporel, et je passais des heures à espérer, à apprendre, à rêver…

Idéaux…

Au fil des ans, j’ai peu à peu compris que la notion de normalité en ce qui concerne la vie telle que l’on est censé la vivre était déjà écrite, et immuable. L’existence était régie par des règles invérifiables mais incontestables. S’échapper de ce quotidien préfabriqué signifiait la mort sociale, si ce n’est plus. Je devins alors persuadé que je pouvais devenir une star de la chanson, ou un acteur. J’intégrais une troupe de théâtre, et je montais sur les planches avec une seule idée en tête : jouer aux côté de Tom Cruise ou Julia Roberts. Mes nuits se muèrent en attentes insoutenables, espérant qu’au petit matin une lettre m’attendrait pour m’annoncer que j’étais invité à participer à la dernière production de Steven Spielberg. Je ne dormais plus, mais je rêvais toujours…

Espoirs…

Le temps fait des ravages dit-on, mais ce qu’on oublie de préciser, c’est qu’il détruit également les espoirs d’enfance. Quelques temps après avoir abandonné mes désirs cinématographiques, je me remis en question et mon idée selon laquelle l’argent dirigeait le monde fut confortée par ma compréhension grandissante de la société. Je décidais alors de devenir banquier, afin d’évoluer dans un milieu basé sur l’argent, pour et avec les Dollars. Mon paradis devint le Luxembourg, pays où les banques côtoient les bars et les grands magasins. Cet eldorado devenait si attractif que j’avais pour projet de fuguer, de prendre le train et de m’y rendre afin de m’imprégner de cet environnement si particulier. Un autre univers… Mais j’avais oublié mon Univers d’antan. Cet Univers rempli de quasars et de trous noirs avait disparu de mes espoirs, je rêvais maintenant d’argent et d’insertion professionnelle réussie…

Dépressurisation…

Je ne crois plus en rien. Les songes d’enfance, emplis de bonne foi et de sincérité, sont l’essence même d’un avenir sain et honnête. Ce que notre vie nous réserve n’a plus qu’un sens pécuniaire, et il nous est impossible de le refuser.

J’ai alors décidé de devenir un personnage de roman. Tous mes rêves deviendraient alors réalité, et je pourrais jouer le rôle d’un banquier dans un film tourné sur Deneb. La plume serait mon exutoire, et la page blanche mon espoir…

Peut-être qu’un jour, un enfant émerveillé par les étoiles décidera de suivre la même voie que moi. Peut-être qu’il tombera sur un livre dans lequel je suis le héros, et qu’il me rejoindra.


Maman, plus tard, je veux être personnage de roman…

Jeudi 11 juin 2009 à 12:12

Vous l'avez peut-être suivi, la loi HADOPI a été partiellement censurée par le Conseil Constitutionnel ce mercredi 10 juin, également jour de mon anniversaire, un petit cadeau surprise assez drôle donc. Voyons pour quelques détails, je vais essayer de vulgariser au maximum pour vous permettre de comprendre facilement ce qui s'est passé.

La loi HADOPI prévoyait, entre autres, de confier à une autorité indépendante (la Haute Autorité) le pouvoir de sucrer l'abonnement internet des personnes qui permettaient le téléchargement depuis leur ligne, que ce délit soit le leur ou celui d'un autre. Sur ce point-là, ça veut dire concrètement que ce texte a été pensé à l'heure du WiFi, car il faut bien se rendre compte que "permettre" l'utilisation de sa ligne, c'est de nos jours synonyme d'un réseau WiFi non protégé. Bref, là n'est pas la question.

En matière de droit pur et dur, ce texte tournait autour d'un droit fondamental : le droit à la propriété intellectuelle. Jusque là, tout va bien. Or, et c'est là où ça devient marrant, le Conseil Constitutionnel a fait une passerelle absolument géniale : il considère que l'Internet, dans sa fonction de libre accès à la communication, tombe dans le moule du droit à la liberté d'expression et de communication, qui est aussi un droit fondamental ! Attention, pas de raccourcis : l'accès à Internet n'est pas - pas encore - considéré comme un droit fontamental, mais il est contingent à ce droit. Bonne nouvelle pour la suite, donc.

Bon, et que se passe-t-il quand deux droits fondamentaux se rencontrent sur l'autel d'une loi liberticide (pardon pour l'interprétation personnelle) alors qu'ils n'étaient pas censés se croiser ? Forcément, ça fait des étincelles. Et la décision du Conseil Constitutionnel est la suivante : on considère que le droit à la liberté d'expression prévaut sur le droit à la propriété intellectuelle. En gros, la liberté d'expression devient une sorte de super-droit fondamental, genre le boss de fin dans Tekken.

Conséquences : aucune autorité indépendante ne peut couper l'accès à Internet d'un fraudeur, car cela reviendrait à lui supprimer un outil de libre communication. Et ce, même si le droit de propriété entre en jeu. Elle est pas belle la vie ?

Mais, et là on rentre franchement dans la rigolade, ce n'est pas tout. Dans le cadre de ce concept de surveillance de la ligne Internet par l'utilisateur, et en cas de fraude constatée, la loi HADOPI prévoyait que l'internaute en question avait besoin de prouver qu'il avait lui-même victime de fraude, afin de se disculper. Techniquement, ça revient à la situation évoquée plus haut : si votre WiFi n'est pas protégé et qu'un vil maroufle (traduisez : un téléchargeur sauvage) l'utilise à des fins illégales, vous devez tenter de le prouver, car vous êtes initialement désigné comme le responsable.

Ceux qui connaissent leurs bases de droit auront compris là où je veux en venir, et là où le Conseil Constitutionnel en est venu : cette mesure s'apparentait à une présomption de culpabilité, l'accusé devant prouver qu'il n'est pas le coupable. Ce qui est tout à fait contraire à la Constitution Française et sa précieuse présomption d'innocence. En d'autres termes, ce n'est pas à l'accusé de prouver qu'il est innocent, mais bien à l'autorité de prouver que l'accusé est coupable. Concrètement, dans le cadre de la loi HADOPI, impossible d'inquiéter qui que ce soit sans avoir fait des recherches pour prouver sa culpabilité.

Petit encart personnel : on touche ici à un point qui me semble crucial, mais qui ne semble pas inquiéter le gouvernement. En effet, si l'obligation de surveillance de sa ligne Internet paraît avoir été prévue pour l'Internet sans fil, c'est pourtant ce même Internet sans fil qui va inférer sur l'extrême difficulté technique d'investigation. En fait, cela veut simplement dire qu'il est quasi impossible de prouver que ce n'est pas un petit con avec un ordinateur portable qui est venu jouer avec votre WiFi. Devant la complexité du travail d'investigation, les services judiciaires auraient sans doute rapidement jeté l'éponge. Pour résumer, autant dire que cette loi se tirait une balle dans le pied (plusieurs même, mais là je parle d'un point purement technique) en essayant d'anticiper l'évolution de l'informatique. Raté...



Bon, que conclure de tout ça ? Premièrement, que la loi HADOPI était anticonstitutionnelle en l'état, avec son concept de présomption de culpabilité. Deuxièmement, que la liberté d'expression prévaut sur les autres droits fondamentaux, sans pour autant que l'accès à Internet soit pour l'instant reconnu comme un droit fondamental.

Ce qui veut dire que Mme Christine Albanel, notre chère ministre de la Culture, s'est battu et se bat pour un texte anticonstitutionnel. C'est extraordinaire.

Trois conclusions à tout cela.

- Le Conseil Constitutionnel a bien rempli son rôle d'autorité suprême en France. En effet, il n'y a rien au dessus, et si le conseil dit non, c'est non. Ca fait plaisir de voir que les très hautes sphères fonctionnent bien.
- Le gouvernement, et notre Christine nationale, s'est fait taper sur les doigts, ça fait toujours plaisir aussi.
- En revanche, et c'est plus grave, le gouvernement n'a pas eu de scrupules à travailler sur un texte anticonstitutionnel. On ne me fera pas croire que les rédacteurs n'étaient pas au courant, c'est donc très inquiétant de se dire que même notre Constitution ne semblait pas assez forte aux yeux de l'Etat, qui s'est permis de la défier.



Je termine sur ce petit mot : téléchargez !

Lundi 8 juin 2009 à 16:45

Le vent s'est levé, la pluie a cessé. Depuis six jours, le soleil se cache et la nuit a pris ses quartiers d'hivers.

C'est absurde... Je ne pensais pas vivre une fin du monde. J'ai déjà vécu une fin de millénaire, rendez-vous compte. Mais aujourd'hui, les coqs ne chantent plus la lumière, et les oiseaux volent à l'envers.

Le diable aurait pu descendre en personne sur Terre, cela ne m'aurait pas surpris. Les démons des premiers jours auraient pu enlever l'humanité sans que cela me surprenne outre mesure. Un fait divers.

Mais aujourd'hui, les coqs ne chantent plus la lumière.

La rue n'est plus qu'un étalage d'artifices, un hypermarché du rachat, ou comment chercher un moyen de se rassurer au crépuscule de la vie. Les Eglises vendent leurs services et leurs paradis, subitement grand ouverts.

J'ai déjà vécu une fin de millénaire.

La fin. Elle s'approche, nous la sentons tous. La colère a laissé place à la résignation. Je sens jusqu'au plus profond de mon âme la signification d'une extinction, d'une mort, d'une prison de bois et de verre.

Le diable aurait pu descendre en personne sur Terre.

Terrible sentiment que celui du dernier instant. A peine le temps d'écrire ces lignes. Un froid glacé me saisit le coeur, le froid de l'horreur, de la Peur sombre, celle qui hante l'humanité depuis l'aube de la vie. Je veux me battre, résister, c'est peine perdue je le sais, mais tant qu'il me restera un souffle je ne me laisserais pas faire.

Je veux crier, je veux appeler de l'aide, mais je ne peux pas.

Un fait divers.

Jeudi 4 juin 2009 à 12:00

Aujourd'hui, nous allons attaquer une nouvelle série d'articles, qui s'intitulera "Les gagnants du jour", et qui traitera des solutions pour neutraliser des cibles bien précises : les abrutis qu'on a envie de taper. Pour ce premier épisode, voici deux cas, avec leurs solutions.

Le problème : Vous avez déjà croisé ces abrutis d'ados attardés qui passent comme des ânes en scooter dans les rues, sans casque, en t-shirt, et sans connaître ne serait-ce qu'une ligne du code de la route ? Si comme moi ça vous énerve profondément, je vous propose LA solution radicale.

La solution : Munissez vous d'une batte de baseball, de préférence en métal, ou au pire en bois clouté. Marchez tranquillement au bord d'une route sujette à l'apparition d'un individu décrit ci-dessus. Prenez en compte sa vitesse, la vitesse du vent, l'humidité ambiante, et bien sûr le nombre de cas de grippe A au Mexique. Fléchissez légèrement les genoux, placez vos bras en arrière, et venez placer la batte sur le visage de l'individu, de préférence avec un maximum de force. Si vous réussissez bien votre coup, vous le verrez effectuer une magnifique rotation arrière, et le scooter devrait prolonger sa course sur plusieurs dizaines de mètres, comme par magie ! L'effet est garanti !

Passons au deuxième cas.

Le problème : Restons dans les transports, avec le cas typique d'une bande d'ignares à casquette assis dans une berline allemande de luxe, dont on se demande de manière très suspicieuse comment ils auraient réussi à en payer ne serait-ce que les jantes, qui s'arrêtent à côté de vous au feu rouge, la musique (de merde) à fond, et qui font vroum-vroum pour vous faire comprendre qu'ils veulent démarrer plus vite que vous.

La solution : gardez un cutter ou un bon gros tournevis en permanence dans votre voiture, ainsi que d'un nain caché sous un siège. Lorsque cette situation se présente, envoyez votre nain crever les quatre pneus de vos compagnons de feu, attendez que le feu passe au vert, et démarrez tout doucement en leur faisant un petit coucou de la main. Résultat incomparable !

Bien évidemment, ces deux solutions demandent un minimum de sérieux et d'organisation, mais si vous appliquez à la lettre les conseils que je viens de vous donner, vous devriez profiter d'un orgasme instantané.

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