Mardi 28 février 2006 à 11:07

Je tombe de temps en temps sur des articles, commentaires ou tags de membres qui affirment certaines règles qu'ils pensent établies et indiscutables. Ces bloggeurs qui donnent des conseils sur les règles qui régissent le site ne sont pour la plupart pas renseignés sur la véritable nature de ces règles.

Exemple : je vois sur un blog un tag disant "Les fautes d'orthographe sont interdites", sur un autre "Les blogs de type skyblog sont interdits"... C'est faux, ni les fautes d'orthographe ni les "sky"blogs ne sont formellement interdits. Par contre, ce genre de blog est certes toléré, mais assez mal vu par la communauté. Par conséquent, le seul risque que court le membre concerné est de ne recevoir que très peu de visites, commentaires, tags, etc. De même l'orthographe n'est pas surveillée, mais le langage SMS est interdit, ce qui est sensiblement différent.

Lorsque vous tombez sur des conseils de ce genre, avant de les prendre au pied de la lettre, assurez-vous que c'est vrai. La plupart du temps il y a une grosse nuance à apporter, ce qui change complètement le sens de l'interdiction (ou de la non-interdiction...)

Les admins sont là pour répondre à vos questions, et vous disposez de plusieurs adresses pour nous écrire :

Pour une question "normale" dont la réponse ne se trouve pas dans la FAQ :
support@cowblog.fr

Pour un problème de plagiat, de propriété intellectuelle ou de droit d'auteur :
plagiat@cowblog.fr

Pour un problème grave :
darkmoon@cowblog.fr
joker@cowblog.fr

Attention ! Ces deux dernières adresses sont respectivement celles du webmaster (DarkmoOn) et du superadmin (moi-même), à n'utiliser qu'en cas d'extrême urgence. Dans le cas contraire, vous ne recevrez aucune réponse. De même, les tagboards ou commentaires des admins ne sont pas un espace hotline, merci de ne pas les utiliser dans ce but.

Lundi 27 février 2006 à 15:22

Ce matin, en attendant le bus - chose que je n'avais pas fait depuis quelques temps - pour me rendre à l'IUT, j'ai pu voir débouler à l'arrêt un groupe de demoiselles âgées d'environ 15 ou 16 ans (à vue d'oeil), ultra-maquillées, hauts ouverts, coiffures sophistiquées, bagues et colliers omniprésents, chaussures à talon - ou presque, pantalons moulants à l'extrême sur strings parfois apparents, etc...

"Il exagère" vous direz-vous. Hélas, j'aurais bien aimé dire que j'avais exagéré cette description, mais il n'en est rien : c'est exactement tel que ce que j'ai pu voir.

Sans rire... Je n'avais pas encore vraiment remarqué l'évolution aussi extrême des désastres de la mode. Mais où sont passés le naturel et la féminité ? Est-ce vraiment désormais indispensable de se rendre au lycée, voire au collège, sous quelques tonnes de fond de teint, de mascara, et j'en passe ? On atteint même les limites de la décence, si ce n'est de la lubricité : ces toutes jeunes demoiselles ne sont pas le reflet de l'image que j'avais de mes années collège et lycée, encore que ces stéréotypes existaient déjà, mais à bien moindre échelle.

Au delà de la pitié visuelle imposée par ces gamines, il subsiste quelques gênes liées notamment à une pédophilie sur le devant de la scène depuis quelques années. Ces bouts de femme qui veulent grandir trop vite en essayant de se grimer à la manière de mannequins ou stars de cinéma attirent l'oeil des personnalités peu recommandables, et parfois cela tourne à bien pire qu'une simple revue de détail. Mais ouvrez donc les yeux ! Les femmes sur qui certaines d'entre vous semblent prendre exemple font de leur apparence leur métier, et sont bien plus mûres que vous. De plus, à vouloir ressembler à des idéaux inaccessibles, il arrive que vous forciez bien trop la dose, et cela donne ce que j'ai pu voir ce matin : un groupe tout juste bon à traîner dans un cirque ou dans une maison close. Des putes, voilà ce à quoi vous faites penser. Est-ce bien là ce que vous voulez ? Et malheureusement, des mouvements comme Ni putes Ni soumises perdent une partie de leur crédibilité à cause de vous. Est-ce bien là ce que vous voulez ? Réfléchissez deux minutes : n'êtes vous pas en partie responsable des désastres sexuels qui fleurissent dans certaines caves ou qui sont orchestrés par des réseaux de psychopates toujours plus excités par votre attirail ?

Je suis partagé entre lancer un appel désespéré ou découper à grands coups d'épée à deux mains toutes ces poufs. Soyez réalistes, soyez naturelles ! Dans le bus de ce matin, j'ai pu voir quelques demoiselles parfaitement naturelles, soignant leur apparence sans en exagérer les traits, bien dans leur peau, et je dois dire que c'est rassurant. Mais j'espère sincèrement que cet effet boule de neige de fashion gamines n'ira pas trop loin...

Je m'adresse à toutes celles que j'ai pu décrire dans l'article : réagissez. La beauté de la femme se construit durant la jeunesse, et au naturel elle n'en est que plus vraie. Bien sûr, le maquillage ne fait de mal à personne de temps à autres, à petites doses, à l'instar d'un décolleté sexy ou autres, mais sachez faire la part des choses. Ne tournez pas au vulgaire et au ridicule comme vous le faites...

Dimanche 26 février 2006 à 13:06

Je recherche désespérément le DVD de Blade Runner, qui n'est à l'heure actuelle plus édité, mais qui pourrait se voir refait d'ici un ou deux ans. Si vous êtes en possession de ce chef d'oeuvre cinématographique incontestable, contactez moi en commentaire...


cine.publispain.com

Vendredi 24 février 2006 à 21:26

657ème article...
Et toujours rien de nouveau à l'Est

Mardi 21 février 2006 à 20:19

Saturation. Trop plein. Envie de tout envoyer chier. Il reste si peu de gens sur qui je peux vraiment compter. Non, en fait c'est pas ça. Il n'y en a jamais eu beaucoup, voilà la vraie réponse. Mais cette masse qui évolue autour de moi tous les jours me file la gerbe. Putain mais j'ai vraiment un problème ou quoi ? Déjà, je peux identifier quelques symptômes : misanthropie moyenne, égocentrisme évident et élitisme primaire. Ouais, en gros, si t'as pas compris je te le refais en plus long et en différent : j'ai une fâcheuse tendance à me diriger vers un intellect un tant soit peu développé. Si t'as bien lu, je ne supporte pas le vide mental. Et encore, si ça ne s'arrêtait qu'au vide ; mais même la médiocrité - devenue normalité - ambiante, je ne la supporte pas. Et il va sans dire que, "comme tout le monde", j'aime pas les cons, mais ça, ça va avec.

Je ne peux plus supporter toute cette lâcheté, cette suffisance dans laquelle on baigne tous les jours. Je suis moi-même suffisant, je ne me supporte pas plus que vous, rassurez-vous. D'ailleurs, si je me supportais, je serais beaucoup plus agréable à vivre.

Mais pourquoi je dis tout ça moi ? Au quotidien, je suis vivable. Mais là ça bout, faut mettre les pâtes dans la casserole. Et la bouffe, ce soir, c'est cette merde qui recouvre l'ersatz de société dans lequel on se déplace jour après jour. Et voilà, y'en a un sur deux qui en lisant "jour après jour" a pensé à l'émission de télé. Bordel, on disait déjà "jour après jour" y'a deux cent ans, alors c'est pas une boîte à foutre qui va guider nos expressions.

Ah, si vous lisez souvent mon blog, vous avez l'habitude de me voir m'exprimer plus correctement. Mais ne vous y trompez pas, c'est encore plus dur d'écrire comme ça, faut retranscrire les émotions qui nous traversent, et ce sans faute d'orthographe. Parce que l'émotion, elle s'en fout de l'orthographe. Elle, tout ce qu'elle veut, c'est se barrer de ce corps, sortir et crier son injustice au monde. Juger, encore juger, tout le monde se permet de juger tout le monde, mais dans la plupart des cas personne ne connaît l'Histoire avec un grand "H". Faut pas juger, c'est pas bien, faut pas faire comme moi. Mais de toutes façons moi je juge pas, j'englobe tout un tas de blaireaux dans un gros sac, et y'en a toujours qui ne devraient pas être dans ce sac. Bien que ceux là sont assez intelligents pour se barrer tous seuls, du sac. T'as pas compris ? Ca veut dire que si tu te sens visé par tout ce que je dis, t'as deux solutions : soit tu fais partie de la masse informe et immonde qui me pourrit la vie, soit t'avais pas à te sentir concerné, et dans ce cas tu peux continuer à lire, tu seras pas plus concerné deux lignes plus bas que dans cette putain de phrase.

Y'a un mot qui a été créé par les ados : c'est "boulet". Enfin, non, le mot existait déjà. Mais la signification est nouvelle, et c'est génial ; "boulet", c'est un mot tellement ridicule que tout le monde l'emploie, et de temps en temps certains se disent que c'est moche comme mot, et que ça veut rien dire. En attendant, un bon "bande de boulets", ça fait du bien des fois. Tas d'enclumes.

C'est bon, y'a rien après ce point là.

Mardi 21 février 2006 à 12:24

La réunion des deux oeuvres de Cronos et moi-même est enfin réalisée. Le texte complet est disponible ici et sera mis à jour au fur et à mesure de l'écriture. Bonne lecture pour les courageux...

Mardi 21 février 2006 à 11:07



La route mène à Saeptentia...

Mardi 21 février 2006 à 10:52

Les Trois Prophéties Modulaires m'ont été révélées par Morelen, tout du moins en partie pour les deux dernières. L'heure est venue pour moi de réaliser la Première Prophétie.

***

Je recommence, une fois de plus. Je n'y arrive toujours pas, mais je sens tout de même que je progresse, que je maîtrise cette puissance qui est mienne et que je sais enfouie en mon être Modulaire.

"Enferme tes sens et écoute ton esprit. Tu es sur la bonne voie."

Jilgor est optimiste à mon sujet. Il me répète sans cesse que je suis proche de l'aboutissement. Je cherche à développer l'Isolation, cette capacité qui me permettrait de m'échapper hors du temps et de l'espace pendant un certain temps, proportionnel à ma résistance. Je suis pour l'instant capable de m'isoler complètement durant quelques minutes, et je deviens immatériel pour une âme mortelle. Un homme peut m'apercevoir sous la forme d'une ombre, mais ne peut pas me toucher. Jilgor appelle cela l'état Spectral. J'y suis presque...

L'autre but de mon entraînement est atteint, lui. Jilgor y a personnellement veillé. J'ai hâte de remplir la première partie de ma mission afin d'entrevoir les possibilités de cette monstrueuse capacité...

***

Je suis sur Terre. Je suis revenu dans le temps. Morelen m'a investi de ma mission, et m'a renvoyé dans le monde tel que l'humanité le connaît. La Cathédrale est toute proche, derrière cette ruelle ; j'aperçois la flèche qui pointe vers le ciel, transperçant l'azur de sa pierre monumentale. La matinée s'avance doucement vers le zénith de l'Astre Roi, personne ne se soucie de ma présence. Les passants semblent tous vivre dans un monde qui leur est propre, marchant près de moi jusqu'à me frôler sans même s'en excuser. Les bâtiments alentours donnent l'impression d'avoir été bâtis il y a des siècles, vestiges d'une époque architecturale révolue. Je me dirige vers la Cathédrale, mais cette fois-ci je n'y suis pas arrivé par hasard, et je sais parfaitement ce que j'ai à faire...

La lourde porte en bois tourne lentement sur ses gonds rouillés, et dévoile à mes yeux l'intérieur de l'édifice. Le carillon sonne tout à coup dans ma tête, le mal être me reprend dès que je franchis le seuil, posant le pied sur la froide ardoise tapissant le sol. Un prêtre m'aperçoit, m'adresse un bref salut lointain. Je lui rends poliment son signe de tête, et m'avance vers l'autel.

J'inspire lentement afin de me préparer à l'état Spectral. J'ai la désagréable impression que tous les yeux se sont tournés vers moi, mais il n'en est rien. Je me retourne discrètement : rien ne bouge. Deux ou trois personnes s'adressent à leur Dieu imaginaire représenté par ces statues monumentales. Talnë et les Archanges ont vraiment réussi leur endoctrination... Ils ont créé sur toute la planète des Eglises et un Dieu, à qui ils ont donné plusieurs formes selon les régions, et ils ont préparé les hommes d'église à cette vaste entreprise de tromperie. L'humanité doit savoir que les Archanges sont uniques, et que toutes les croyances qu'ils pensent différentes selon leur religion ne sont que des peintures d'une même existence divine. Talnë et ses enfants récupèrent les âmes au travers de ces actes, et nous en captons de moins en moins. Les Portes n'ont jamais été aussi peu traversées...

C'est parti. Je deviens lentement imperceptible, entrant dans l'état Spectral. Tout s'estompe autour de moi, et les formes distinctement visibles quelques secondes auparavant changent doucement d'apparence, prenant une teinte argentée et s'entourant d'une légère brume. Je peux entrer en action...

***

Les indications données par Morelen me reviennent à l'esprit. La lame se trouve derrière l'orgue gigantesque qui emplit le fond de la Cathédrale. Si j'arrive à maintenir suffisamment longtemps l'état Spectral, je pourrais m'emparer de l'épée.

Je l'aperçois. Elle est posée sur un socle qui fut gravé par Xanosil, aujourd'hui Défiant et contrôlant la Lune. La Première Prophétie dit qu'elle fut placée là bien avant la construction de la Cathédrale, et que le nom qui lui fut donné est Eaque. Elle fut destinée à être prise par l'un des deux Similaires, Héritiers suprêmes, détenant la puissance Modulaire. La lame semble habitée d'un feu ancien, que l'on croyait éteint depuis des millénaires. Je la saisis par la poignée, et je me sens tout à coup transporté dans un espace qui m'est inconnu. La sensation dure quelques secondes, puis je reprends mes esprits et je redeviens visible dans la Cathédrale. Je tiens à la main Eaque, l'épée sœur de Rhadamanthe, dont la Première Prophétie dit qu'elle sera détenue par Kalmayr, mon Similaire. Et tout à coup, la Perle de Nachée que je porte à l'oreille se met à vibrer, et tel que me l'avait prédit Jilgor, je sens une partie de mon être qui se fond dans l'épée, lui donnant vie... Cette capacité que j'ai travaillée sans relâche avec lui est maintenant concrète. Il m'a appris à me servir de la Perle de Nachée, minuscule bille nacrée qui renferme un pouvoir bien plus ancien que moi. L'entraînement va pouvoir porter ses fruits...

***

La Première Prophétie est maintenant accomplie. Eaque vit à travers moi, et retrouver Kalmayr sera maintenant beaucoup plus aisé. Selon Morelen, il doit apparaître quelques années après mon retour sur Terre. Je dois aller l'attendre à Saeptentia, la cité aux sept statues. Elle est gardée par les Trônes, dont Nelchael est un ennemi redoutable que j'ai déjà rencontré, ici même, lorsque Raphael et Dilelen s'étaient affrontés sur l'autel de la Cathédrale. Ma mission est désormais de voyager jusqu'à Saeptentia, et d'y attendre Kalmayr. La Seconde Prophétie, qui n'est pas encore dévoilée jusqu'à son terme, raconte qu'à Iksianeal est enseveli une arme dont la puissance permettrait aux Similaires de déployer leur puissance et ainsi de dévoiler au monde la supercherie de Talnë et des Archanges.

La route est longue. Mais je ne suis plus seul. Au fond de mon âme vibre l'espoir de retrouver enfin Kalmayr, frère semblable, issu comme moi de Morelen. Il est doté de capacités différentes des miennes, et ne connait ni sa parenté exacte ni les prophéties, mais il est extrêmement puissant, et doté d'un caractère tout à fait incroyable. A nous deux, nous pourrons enfin achever la Deuxième Prophétie...

Lundi 20 février 2006 à 13:43

J'avais envie de reprendre ce texte, alors je l'ai retouché et j'y ai rajouté quelques passages. Bonne lecture...

 *  Mercredi  *

Je connais si bien cette porte. En face de la cabine téléphonique en perpétuel dérangement, sur la Quatrième avenue. Je sais que derrière se trouve le long escalier en pierre et, tout au bout, la porte avec la plaque gravée 510. Je sais qu'elle m'attend derrière cette porte, nue sous son peignoir, avec une tasse de café à la main et la cafetière brûlante posée à même le bois de sa table de cuisine. Je sais que lorsque j'aurais refermé cette porte derrière moi, la même séquence de gestes et de regards se reproduira inlassablement.


J'entre. Je pose mon manteau sur son canapé et m'asseois pour boire le café qu'elle vient de me servir. Je devine déjà ses formes sous son peignoir gris, et je ne peux m'empêcher de me poser la même question que chaque semaine : a-t-elle mis quelque chose dessous ? J'anticipe également la réponse : non, elle n'a rien, et c'est ainsi. Je termine ma tasse de café, et je la regarde se lever, et disparaître en direction de sa chambre. Je me lève à mon tour et je la rejoins. Elle est déjà allongée sur son lit, s'offrant à moi comme une fleur qui s'ouvre au printemps.

Je sais qu'elle garde un paquet de clopes dans le tiroir de sa table de chevet. A chaque fois, après notre partie de jambes en l'air, elle s'en allume une et s'allonge pour lancer des volutes de fumée bleutée qui s'échappent par la fenêtre entrouverte. Je sais qu'elle remettra son vieux peignoir délavé, qu'elle quittera la pièce une fois sa clope écrasée, et que je quitterai son appartement sans un bruit. Je sais tout ça, et je me le repasse dans la tête pendant que je lui fais l'amour.

***

Mon patron est en retard, une fois de plus. Quelle ironie, lorsque l'on sait que les employés n'ont pas le droit à plus d'une demi heure de retard cumulé chaque mois. Le téléphone sonne, une fois de plus. C'est mon collègue de projet. "Tu sais qu'on est très en retard sur le planning... Le client va nous tuer !" Ma vie l'aura fait avant. Je baigne dans un rythme démentiel, ponctué d'un stress omniprésent qui m'arrache à la réalité matérielle. J'ai à peine raccroché que mon patron entre dans mon bureau pour m'annoncer que, suite à un plan de licenciement destiné à sauver sa propre tête, je suis remercié sur le champ. Un autre pan de mon existence s'écroule.

Je suis cette falaise de pierres et de sable, rongée par la mer, les vagues emportant par morceaux le fragile édifice abrupt de mes sens. Le sable coule entre les pierres comme mon sang dans mes veines, et s'échappe peu à peu de la falaise. Mon coeur saigne, mon corps se vide, lentement.

Je suis devant cette porte. On est mercredi. Elle m'attend.

***

Autrefois, j'appréciais tranquillement les bienfaits d'une promenade dans le parc, au centre de la ville. Désormais, j'en ressens le besoin quotidiennement. Je croise tous les jours ce vieillard sur son banc, et à chaque fois je me demande s'il fait partie du parc au même titre que le banc, ou s'il est bien vivant. Jusqu'à hier où il m'a adressé la parole alors que je passais devant lui. "Sauriez vous reconnaitre la Vie ?" Je n'ai pas su lui répondre, mi amusé, mi intrigué. "Regardez autour de vous, reprit-il, et vous ne la verrez pas. Regardez vous, et vous pourrez peut-être l'apercevoir. Regardez en vous, et vous Vivrez enfin."

Ce n'est que plus tard que j'ai compris le sens de ses paroles. Mais j'avais beau scruter mon coeur, je n'y voyais qu'une existence impersonnelle, barrée par les exigences de la société moderne. Tout autout de moi était vide de sens, même cet instant si particulier où je me retrouvais devant la porte, à me ressasser ce qui allait se passer... Terrible moment de solitude, le temps s'arrête et je me souviens que je ne sais rien d'elle, pas même son nom ni son âge, mais que je connais les moindres recoins de son corps. C'est souvent ainsi, dans la rue : on apprend par coeur le trajet qui nous mène au boulot, mais de tous les passants que l'on croise quotidiennement et que l'on a finalement l'habitude de voir, on ne sait rien. La vie est ainsi faite, on ne connaît que la surface superficielle de ce qui nous entoure. Notre entourage est un iceberg, notre âme est un navire à la dérive, se croyant fort dans cette immensité d'eau salée, mais finalement sachant au fond de lui la vulnérabilité qui l'habite.

***

Je n'ai pas cru longtemps au paroles du vieil homme. La lassitude que m'a apporté le fait de me rendre compte que ma vie m'était viscéralement étrangère m'a miné jusqu'à l'âme.

Je suis encore en train de lui faire l'amour. Elle gémit, comme d'habitude, au rythme de mes mouvements. De temps à autres j'accroche son regard, et j'ai l'impression d'y voir une lueur d'espoir, une providence, une branche à laquelle me raccrocher pour ne pas sombrer définitivement. Dans ses yeux clairs, je peux lire comme une compassion, un désir de me soulager de mon existence. Elle est un ange qui me fait visiter un coin de paradis. Tous les mercredis.

***

Derrière le mur de la normalité se trouve la folie. Il suffit d'enlever une pierre, puis deux, puis trois, pour que ce mur s'écroule. La déraison prend le dessus, et l'idéal devient différent. Ne plus être des leurs, ne plus être de ce troupeau débile et fondamentalement inutile, voilà la motivation essentielle de la destruction. Démolir sans faiblir, désosser sans discontinuer. Constamment réduire à néant ce qui a été fait, ce qui naît dans le sang.

Comment faire pour ne pas en arriver là ? Comment faire pour ne pas en venir à considérer d'un oeil pervers la médiocrité du monde et de ses habitants, pour garder son intégrité mentale et ne pas verser dans la violence de l'âme ? Comment faire pour éviter de sombrer dans les méandres de l'indiscible ? Comment faire pour ne pas se laisser emporté par les alluvions boueux charriés par le dégoût ambiant ? Constamment réduire en poussière ce qui aurait pu être, ce qui naît dans le sang.

Envie de casser. De déranger. De reprendre les fils là où ils se sont emmelés, de sortir de là. Sans rien y perdre ? Difficile. Impossible ? Non. Rien ne peut être laissé inachevé, lorsque la force d'esprit est suffisante. Le hasard non plus n'a pas sa place dans ce décor en lambeaux. Constamment abattre et piétiner ce qui fait le quotidien, ce qui naît dans le sang.


***

La police est devant l'immeuble. Je surprends une conversation entre deux dames âgées, à la fenêtre du logement du premier étage. "Elle ne voyait personne, la pauvre, à part cet homme qui venait toutes les semaines."

D'après les flics, elle a été égorgée par un psychopate qui s'est ensuite donné la mort. Il l'aurait violée avant de la tuer. Elle ne portait qu'un simple peignoir gris...

Je me disais souvent que si je la perdais, je n'aurais plus rien. J'ai refait mes calculs une demi-douzaine de fois. Je suis arrivé au même résultat. Du toit du trentième étage, la chute devrait être suffisante pour me tuer sur le coup. J'ai mis un peignoir gris, que j'ai trouvé dans une brocante. C'était peut-être le sien... Le vent se lève en même temps que le soleil, et je contemple une dernière fois la ville. Et je saute.



Artwork réalisé par Cronos

Dimanche 19 février 2006 à 16:27



Laurel nous propose ses illustrations, photos et autres dessins pour illustrer tous ses états d'âme, et le résultat est saisissant : la demoiselle est une professionnelle, et cela se ressent au coup de crayon.

Comme dit ci-dessus : à visiter de toute urgence !

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