Jeudi 25 mars 2004 à 15:26

Devant le nombre toujours croissant de demandes pour la suite des aventures de Mog (hum... j'attends toujours des demandes au fait), je me lance donc pour vous narrer l'histoire véridique et approuvée des cuisses de Mog le crapaud... Etant donné que la première histoire qu'il vous a été donné de lire raconte la fin de la vie de Mog, je me vois obligé de la prendre par le début...

 

Par une belle matinée de 1996, les animaux du sous-bois à-gauche-de-la-route furent réveillés par des cris de joie mêlés à des acclamations, des hourras, des applaudissements, etc (imaginez tout le bruit causé par ces braillements sauvages...) de la famille de Mog. En effet, ils fêtaient la seconde naissance de l'un d'entre eux : Mog en personne. Car vous n'êtes pas sans savoir que le crapaud, avant d'être moche, est un têtard, encore plus moche. Et lorsque le têtard franchit le cap des six mois de vie, il entre vraiment dans un corps adulte. En tout cas, c'est comme ca que les crapauds du sous-bois à-gauche-de-la-route voient la chose. D'ailleurs, c'est quelque chose qui est assez rare : imaginez vous fêter votre naissance tout en faisant partie des invités. Sympa. Toujours est-il que notre cher Mog fêtait son avant-premier anniversaire, et que le bruit réveilla le doyen du bois, l'écureuil Mitch...

Mitch n'aimait pas qu'on le réveille. Pas du tout. Mais vraiment pas du tout. Il sortit la tête du trou de son arbre, aperçu les crapauds en train de festoyer, et décida de descendre leur dire un mot. Evidemment, étant donné son grand âge, il se cassa la gueule en voulant s'accrocher à une branche, ce qui fit éclater de rire la plupart des crapauds qui virent la scène. Mais quand ils virent la tête que faisait Mitch quand il se releva, ils firent moins les malins. En effet, vous savez certainement qu'un écureuil est plus gros qu'un crapaud. Et que de plus, Mitch était vieux et con, et que tout le monde le savait, dans le bois. Tout le monde connaissait également la rumeur qui disait que Mitch avait un jour tué un sanglier. On racontait qu'il avait réussi à crever les yeux du sanglier, puis qu'il l'avait excité à mort depuis ses branches, en sécurité dans son arbre, jusqu'à que cette mule de sanglier décida de foncer tête baissée vers l'origine de la voix qui l'énervait, et se mangea l'arbre en pleine poire, se fracassant le crâne au passage. La communauté des sangliers se hâta de faire passer un communiqué officiel pour démentir formellement les faits, mais la rumeur était déjà lancée...

Mais revenons à nos moutons. Heu, à nos crapauds. Quand ils virent que Mitch n'était pas content, mais alors pas content du tout, et qu'il se dirigeait vers eux, l'air menaçant, ils coupèrent la chaîne stéréo, planquèrent les canettes de bière, et filèrent tous se mettre à l'abri dans leur mares, car ils savaient également que Mitch n'aimait pas l'eau. Seul restait Mog, qui était parti toper à Rhésus, le renard dealer du coin. Au moment où il revint, il s'aperçu que sa famille avait disparu, et il crut tout d'abord à une surprise. Mais quand il vit Mitch, il comprit tout de suite. Il ne l'avait jamais encore vu jusqu'à ce jour, mais il en avait entendu parler. Et il était facile de le reconnaître : Mitch avait un oeil en or. En effet, on racontait qu'il perdit un oeil au cours d'une féroce bataille rangée entre les écureuils et les pigeons, et que depuis, il s'était fait faire un oeil en or... Quand Mitch vit Mog, il démarra en flèche et se mit à courir vers lui, l'air franchement peu amical. Mog, tremblant de tous ses membres, prit ses jambes à son cou, et s'enfuit à toute vitesse pour échapper à l'écureuil sanguinaire. Et ainsi commença la plus longue poursuite de l'histoire du sous-bois à-gauche-de-la-route... Elle dura des heures, des heures entières, durant lesquelles tous purent voir Mitch courir inlassablement après le pauvre Mog, lui criant de temps en temps : "Si je t'attrapes tu es mort !!"... Et le crapaud de courir, courir, courir... Au fur et à mesure qu'il courait, ses cuisses se développaient petit à petit, puis de plus en plus, et il se sentait de plus en plus fort, de plus en plus rapide. Mitch, quant à lui, avait de plus en plus de mal à tenir la cadence, et se demandait si il allait pouvoir rattraper un jour ce diable de Mog... Tout à coup, le crapaud trébucha sur une branche morte, et s'affala de tout son long sur le sol. Il n'eut que le temps de penser "je suis mort" avant de fermer les yeux en attendant le coup fatal. Mais il n'y eut rien. Au bout de deux minutes, il consentit à rouvrir un oeil. Au bout de quatre minutes, il ouvrit le deuxième. Au bout d'une dizaine de minutes, il se releva enfin, et vit derrière lui l'écureuil étalé par terre, inanimé. Rupture d'anévrisme, déclara Jean Pierre, le médecin blaireau du bois...

Ainsi se termine l'histoire des cuisses de Mog. Quand il retourna dans sa mare, il fut accueilli en héros, et une nouvelle rumeur se répandit : on racontait qu'un crapaud avait réussi à embrocher Mitch sur une branche morte au cours d'un duel acharné...

 

Moralité : j'adore les rumeurs.

PS : toute ressemblance avec un conte de Mr Kipling serait totalement fortuite et absolument involontaire.

joKeR

Vendredi 12 mars 2004 à 22:11

Je vous préviens de suite, si mon article ne vous plait pas, alors allez vous faire foutre. Et je ne veux pas de commentaires débiles. Ce soir je suis extrêmement remonté, je n'ai pas le coeur aux conneries.

 

Lettre ouverte aux X, Y, Z, trucs, machins et autres niais.

Nous sommes le 12 mars 2004, il est 21h06, vous avez certainement déjà entendu parler des attentats Madrilènes du 11 mars, c'est à dire la veille. Et ce soir, le 12, que vois-je fleurir tels des pâquerettes dans un champ sur les pseudos MSN ?? Des X, "signe de solidarité" ou je sais pas quoi. Aussitôt, mon pseudo devient : "joKeR - Arrêtez avec vos X et pensez aux centaines de morts en Afrique tous les jours"... Dix minutes plus tard, quelle n'est pas ma surprise de voir apparaître... des Y ! Explications : "le X a été lancé par une personne mal intentionnée, le Y est signe de bien, changez vos X en Y please..." Comble de la dérision ! J'ai alors décidé d'entamer un article avec toute la virulence et la satire dont je suis capable.

Premièrement, à moins d'avoir un proche à vous dans les victimes, n'allez pas me faire croire que vous avez accordé une seule pensée vraiment partagée avec la douleur que l'on peut ressentir lorsque l'on perd un parent dans un attentat. N'allez pas me faire croire que vous êtes universellement "bon", que vous avez un coeur énorme, et que vous vous tenez totalement solidaire. Si c'est le cas, alors allez acheter un billet d'avion pour Madrir, et allez prier pendant trois jours sur les ruines. Tout ce qui ressort vraiment de cette utilisation du X est que vous voulez vous donner une "bonne" image, genre ouais moi t'sais quoi chui solidaire. Vous me faites mourir de rire, et en même temps vous me faites honte. Une honte comme j'en ai rarement ressentie.

Deuxièmement, je vais aborder les choses sérieuses. Est ce que vous êtes au courant qu'il y a des dizaines d'attentats similaires chaque année, causés par le terrorisme international ? Est ce que vous êtes au courant que dans certains pays, dans certaines villes, on ne peut pas sortir le soir sans avoir la crainte d'être égorgé ? Est ce que vous êtes au courant que dans certaines régions du globe, la mortalité criminelle et terroriste est plus importante que la mortalité naturelle ? ET AVEZ VOUS EU UNE "PENSEE SOLIDAIRE" POUR TOUS CES MORTS ? NON !!!! Vous ne pensez qu'à votre image de marque, et en même temps vous pensez que l'Espagne, c'est tout près, cela vous concerne plus. Mais vous vous trompez lourdement. Cela fait si longtemps que le terrorisme tue des milliers de personnes chaque mois, cela fait si longtemps que des familles sont déchirées, cela fait si longtemps que des attentats suicides sont perpétrés dans les rues de certains pays, et parce que l'Europe est touchée, l'Europe, le Centre du Monde, vous allez me faire croire que vous vous sentez concerné ? Mais est ce que vous vous rendez compte de l'indécence de votre position ? Est ce que vous avez pris conscience de votre ridicule, de votre niaiserie, de votre irrespect pour le nombre incalculable d'âme volées par des attentats depuis l'invention de l'assassinat ? Depuis plus de 10 ans, la guerre civile fait rage dans des pays comme le Libéria, la Centrafrique, les Philippines ou le Rwanda. Depuis des dizaines d'années, le terrorisme "propre", c'est à dire les dictatures, fait des milliers de morts, blessés et disparus par an. Depuis trop longtemps, des personnes convaincues de leur position font exploser des bombes sous leur manteau dans des bus. Et à chaque fois, vous croyez que l'Européen moyen a une pensée pour les familles des victimes ? Pas plus que vous n'avez eu envie de vous payer un voyage à New York le 12 septembre 2001. Et encore, je dis l'Européen, mais je pourrais - non, je devrais - généraliser à "l'homme civilisé"...

Troisième et dernièrement, spéciale dédicace aux Y, je n'ai que quelques mots à dire pour résumer : vous n'êtes que de la merde. Non mais, attendez, laissez moi vous faire réaliser l'énormité de vos conneries : non seulement vous correspondez aux niais que j'ai décris plus haut, mais en plus vous voulez vous démarquer en parlant de "bien", de "vrai mouvement solidaire", et je ne sais quoi encore ? Vous trouvez que vous n'en avez pas assez fait comme ça ? Et vous êtes CONTENTS de votre pauvre Y ???? Vous voulez montrer, fiers comme des papes, à vos collègues que vous êtes le Bien, le Dieu, le Tout Puissant, et que votre lettre est mieux que celle du voisin ? Nananère, moi j'en ai une plus mieux que toi ! MAIS VOUS VOUS RENDEZ COMPTE ??????????? Vous vous rendez compte de ce que vous êtes vraiment ? Vous êtes pire que des sangsues, des parasites, sautant sur la moindre occasion pour prouver à autrui que vous êtes meilleur que lui ! A vrai dire, vous ne méritez même pas que je continue ma tirade, car la meilleure attitude à adopter est le mépris, alors sachez au moins que je vous trouve méprisables, en plus de tout ce que j'ai cité plus haut.

Les médias ne se sont pas gênés, c'est une aubaine qui leur tombe dans le bec : de quoi alimenter les journaux pendant une, voire deux semaines, et puis après on fera comme si de rien n'était, et on parlera des régionales, des grèves, de la crise machin truc... Mais c'est le moment d'en parler ! Alors oui, évidemment, parlons des attentats, c'est un évènement important. Mais alors soyons clairs sur deux points : le premier, c'est que ce n'est pas le seul évènement du moment. La démission de deux mille chefs de travaux scientifiques aura un plus gros impact sur la France que les attentats Madrilènes. Et le deuxième, c'est que les attentats dans le reste du monde font généralement 10 minutes au 20h, et que le lendemain on n'en parle plus. Attention, ne vous méprenez pas, le reste du monde, c'est tout le monde sauf l'Europe et l'Amérique du Nord. Et éventuellement la Chine, le Japon. On ne parle plus beaucoup de la grippe du poulet, fléau autrement plus dangereux pour l'humanité que le terrorisme, mais moi j'aimerais bien savoir où elle en est ! Si les médias respectent ces deux points, alors la cohérence des journaux (télévisés ou non) sera respectée elle aussi. A bon entendeur, salut.

 

Je finirais cette lettre ouverte par quelques petites précisions : je ne reviens pas sur l'horreur de ces attentats, je ne reviens pas sur la douleur des familles des victimes, je ne reviens pas sur tout ça. Je suis entièrement d'accord, c'est moche. Mais ce que vous n'avez pas saisi, c'est que c'est moche comme ça quasiment tous les jours. Et que ce n'est pas votre pauvre X ou Y qui va y changer quelque chose. Au contraire. Vous allez perdre toute crédibilité à essayer de vous montrer sous un jour de "bonté" et vous allez passer pour des niais, indécents et ridicules que vous êtes. Si vous ne voulez pas comprendre cela, alors nous n'avons pas le même avis sur ce point. C'est regrettable, mais tant pis. Il faut de tout pour faire un monde. Je regrette qu'il faille autant de moutons stupides prêts à tout pour soigner leur paraître humanitaire totalement débile, et je le répète INDECENT, mais il en faut. Comme il faut des gens comme moi pour réagir et oser donner leur opinion, même si elle ne plaît pas à tout le monde ! Je peux paraître indécent à ceux que je trouve indécents, mais moi, au moins, j'ai des arguments à leur renvoyer

 

joKeR

Lundi 8 mars 2004 à 21:13

Peut être qu'un jour viendra ma délivrance... Je ne sais plus ce que je dois faire... Les jours, les nuits se succèdent sans me laisser le temps de les vivre... Comment en suis-je arrivé là ?... Même aujourd'hui c'est si dur de répondre à cette interrogation qui me taraude depuis quelques semaines maintenant et qui chaque jour me rapproche de ma fin... De la fin... De la disparition, du chaos, du retour au néant... Je ne sais plus très bien pourquoi nous sommes tous destinés à ce calvaire. Pourquoi chaque jour qui passe nous rapproche inéluctablement de la fin, de notre fin, de l'instant où tu n'existeras plus, où tu ne seras plus, où tu n'auras même plus conscience de ton état... Ne plus jamais savoir ce que tu es, pour l'éternité, ne plus jamais pouvoir avoir conscience, n'est-ce pas cela, l'enfer ?...

 

Ca y'est, je me rappelle. Tout a commencé quand j'ai eu cet accident. Je me souviens juste de quelques flashs, de quelques bribes d'éléments furtifs, de cette sensation de me sentir au dehors de mon corps, de flotter, mais tout en étant conscient de mon environnement proche... Je sais que je suis tombé. Du cinquième étage. Je sais aussi que j'ai eu le temps d'apercevoir le soleil, avant de toucher le sol. Comme si le ciel m'appelait, me suppliait de le rejoindre avant que je ne touche terre. Comme si j'étais l'objet d'une dispute entre les Cieux et la Terre, un pantin dont les deux entités divines se disputeraient la garde. Mais ce jour là, c'est le sol qui l'a emporté, dégainant son arme absolue : la gravité. Je me suis écrasé sur l'asphalte brûlant, en ce jour de juillet écarlate, en ce jour où tout a basculé. Je n'ai pas ressenti le choc, seulement un sentiment extraordinaire, comme l'antichambre d'un paradis que je n'imaginais pas. J'ai toujours été athée, pour moi la religion n'a jamais été qu'un échappatoire pour des gens en manque de repères... Mais je dois avouer que je me suis senti un peu lâche au moment où je me suis surpris à supplier le ciel que le paradis veuille bien m'accueillir. Comment suis-je resté lucide, cela, je n'en ai aucune idée. Je ne préfère pas imaginer ce qui se serait passé si j'avais été inconscient. Le plus extraordinaire est que je me sentais en pleine forme, mis à part que j'étais totalement incapable d'esquisser le moindre mouvement. En fait, mon esprit était intact, mais il ne pouvait plus commander mon corps...

 

Je ne sais plus très bien ce qui s'est passé, mais je me suis réveillé à l'hôpital. Dans un lit. A côté de moi, une jeune fille pâle aux traits fins dormait profondément. J'ai rapidement inspecté mes alentours : je me suis très vite aperçu que j'étais totalement immobilisé, et que je ne pouvais toujours pas commander à mes membres. En fait, je ne pouvais plus rien commander. La seule partie de mon corps encore valide était mon visage. L'autre choc survint quand je levais les yeux vers l'horloge murale. La date y était affichée. Après un bref calcul, il m'apparut qu'il s'était écoulé pratiquement dix jours entre l'instant où je m'envolais à travers la verrière et mon réveil dans ce lit blanc...

 

Pendant des jours, des semaines, j'ai vu défiler des infirmières, des médecins, des chirurgiens... J'ai été opéré un nombre incalculable de fois, sans savoir pour quelle raison. Car il fallait me rendre à l'évidence : j'étais aussi devenu sourd. Par quel miracle, je ne sus me l'expliquer, mais il s'avérait que c'était la réalité. Petit à petit, je m'enfermais dans mon monde, incapable de communiquer avec l'extérieur. La souffrance de cette solitude me rongeait, inlassablement, et la peur de me rapprocher de l'isolement total me faisait encore plus haïr ce monde que celle de le quitter...

 

Des mois et des mois plus tard, je fus renvoyé chez moi. Je parvins à comprendre que plus personne ne pouvait faire quoi que ce soit pour moi, que j'étais paralysé quasiment entièrement, et que j'étais sourd (et muet par la force des choses)... Je pense maintenant que ce fut la pire des choses qui pouvait m'arriver. Me retrouver chez moi, dans des lieux que je connaissais par coeur, entouré de gens que j'aimais, mais sans pouvoir interagir avec ces éléments était la matérialisation de la souffrance absolue. J'étais incapable de faire quoi que ce soit tout seul, je ne pouvais plus RIEN FAIRE, JE N'ETAIS PLUS RIEN... Seulement une chose, dans un endroit pourtant si familier, mais une chose dont on s'éloignait petit à petit, une chose qui n'avait plus grand intérêt, finalement...

 

Ce que les hommes peuvent être ingrats. Je me retrouve aujourd'hui à l'article de la mort, sans rien ni personne pour me soutenir... J'ai été abandonné... Mais qui voudrait d'un légume...

 

Est-ce que cette torture va durer encore longtemps ? Je veux m'en aller, quitter ceux que j'ai aimé, mais qui m'ont fait tant de mal... Mais en même temps, j'ai peur de cet instant, du moment ou je ne pourrais plus exister, exister, exister... Que veut dire ce mot, exister ?... Est-ce être soi-même ? Est-ce avoir eu le malheur de naître ici ?...

 

Je ne sais plus... L'espoir m'a déjà quitté il y a bien longtemps... Je pars, maintenant...

Mardi 2 mars 2004 à 17:09

Pour une fois que je laisse un post utile, profitez en ! Nan c'est pas vrai, mais je change de ton pour une fois... :) 1999. Rallye de Monte-Carlo. Colin McRae vient de passer en trombe sur une longue ligne droite. Une minute plus tard, le concurrent suivant, le jeune Dmitri Zubrowska, 20 ans, et son copilote Chang Chong Jen, empruntent à nouveau cette longue ligne droite (je le répete, elle était longue)... Au moment d'aborder le virage au bout de cette décidément longue ligne droite, Dmitri fit un écart et alla s'emplâtrer comme un minable sur les rochers au bord de la route. Quelle idée stupide que d'avoir mis des rochers à cet endroit... Lui et son copilote se tuèrent sur le coup, aplatis tels des crêpes le jour de la chandeleur. Les experts qui examinèrent les bouts des corps conclurent à une erreur de jeunesse, et furent vite dégoûtés par l'odeur dégagée par les cadavres. Le seul indice qu'ils trouvèrent fut la présence d'un crapaud qui les regardait sur le bas-côté. N'ayant plus rien à déduire, ils décidèrent d'aller débattre des circonstances de l'accident autour d'un verre de bière au bar du coin. Mog le crapaud est né dans une famille de 2001 crapauds. Il était le 2002 ème enfant de cette magnifique famille, qui régnait sur les sous-bois à-gauche-de-la-route (baptisés ainsi par le grand-père de Mog, aventurier devant l'éternel.)... Mog possédait des cuisses arrières à faire rêver une anorexique. Il était exceptionnellement musclé, et il était capable de sauter plus haut, plus loin (mais pas plus large) que le reste de sa famille. Il vint un jour où la nourriture se fit rare, et où les mouches migrèrent de l'autre côté (c'est à dire à-droite-de-la-route). Au bout de quelques temps, la grande famille se résigna à traverser la route pour aller chercher des conditions de vie bien plus acceptables de l'autre côté (ce mot faisait peur aux crapauds, mais ils n'osaient pas le montrer). Et vint le grand jour, la Traversée. Le patriarche prit bien le temps de scruter au loin l'arrivée éventuelle d'objets roulants qui auraient pu anéantir la famille, mais il ne vit rien. Il décida de donner le départ. Un crapaud, c'est petit, et la vision au ras du sol d'un crapaud ne porte pas bien loin. Un crapaud, c'est vraiment petit, et une grande route à traverser, c'ets long. Le patriarche n'avait pas vu le 36 tonnes transportant des sous-vêtements Dim arriver à toute allure sur la nationale, et ils furent presque tous décimés. Le chauffeur du poids lourd, apercevant les petites bêtes, fit un écart et un tonneau. Le camion se renversa et écrasa les derniers membres de la famille de Mog, sauf... Mog. Sa musculature surdéveloppée lui avait permis d'échapper au désastre. Mogra, une soeur de Mog qui n'était encore qu'au collège, miraculeusement réchapée de l'accident, mourut étouffée par un string tombé du camion (d'où le débat sur le string apparent au collège). Mog la vit périr sous ses yeux, et cela ne fit qu'accentuer son désespoir et sa colère. Il se jura de venger sa famille, et pour cela, il prit la décision de tuer 2001 conducteurs, pour laver la mémoire des siens. Mog commenca sa croisade à travers le monde. Il avait mis au point une technique infaillible. Sa musculature à la Rambo lui permettait beaucoup de choses qu'un crapaud ordinaire n'aurait jamais pu imaginer. Il procédait ainsi : il se postait sur le bord d'une route, attentif, et guettait l'arrivée d'une voiture. Dès qu'il en avait une en vue, il se mettait sur sa trajectoire, et d'un bond prodigieux, il sautait sur le pare-brise de l'engin, et replongeait vite dans le bas-côté. Le conducteur, tout d'un coup surpris de cette apparition, faisait infailliblement un écart et allait se planter comme un bleu. Au bout du 2000ème conducteur tué, Mog sentit qu'il fallait frapper un grand coup pour le dernier. Il décida de s'attaquer à un pilote de rallye. Plus dur, beaucoup plus dur, car un pilote est expérimenté, entraîné. Il prit ses renseignements, et décida de descendre à Monaco, pour le grand prix de Monte-Carlo. Son plan se déroula à merveille. Dès que Colin McRae fut passé, il se posta au bout de la finalement très très longue ligne droite, et attendit patiemment le conducteur suivant. Quand il l'entendit arriver, sur l'asphalte brûlant, il se concentra et répéta mentalement son plan. La sueur perlait sur son front, il n'avait pas le droit à l'erreur. En un éclair, grâce à ses cuisses musclées, il bondit sur le capot de Dmitri, lui fit un doigt, et redescendit aussi vite qu'il put. Le pilote, pris au dépourvu, s'emplâtra dans les rochers (qui n'avaient toujours rien à faire là d'ailleurs). Mog, assit sur le bitume, était aux anges. Empli de félicité, il ne pouvait s'empêcher de songer à son père, tué par le chauffard, et il était fier d'avoir vengé la mort de sa famille. Quel con, mais quel con ! Il ne vit pas arriver le concurrent suivant, et se fit écrabouiller sur la route. Morale de l'histoire : si tu vois un crapaud traverser la route, pense à Mog et à sa famille...

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