Lundi 12 janvier 2004 à 21:11

A la recherche de la Langue de Bois

 

« C’est la trois cent cinquante septième expédition qui revient bredouille ! Il va falloir mettre les choses au clair, mon petit Léonard, si vous ne parvenez pas à trouver la Langue de Bois avant nos concurrents, il vous faudra vous trouver un autre emploi !! »

Tel fut le discours de l’Homme à la Tête dans l’Ombre. Léonard l’appelait ainsi car il désespérait d’apercevoir son visage avant son licenciement, qui lui pendait au nez tel une épée de Damoclès mal renseignée. Léonard était un Explorateur, il passait son temps à chercher la Langue de Bois. Il faisait du bon travail pourtant, mais l’objet sacré demeurait introuvable. Il se remémora brièvement les différents éléments de la légende : une sainte relique en bois, en forme de langue (quelle perspicacité !) sculptée par un obscur seigneur au cours du 12° siècle, et qui donnait le pouvoir de ne pas répondre aux questions tout en donnant l’impression d’avoir raison et en ridiculisant le curieux (dans bien des cas, le curieux était nommé « journaliste »). Tous les hommes politiques aspirant au pouvoir la recherchaient depuis de nombreuses décennies, mais personne jusque là n’avait réussi à s’en approcher, de près ou de loin. Cette Langue avait été la cause de beaucoup de drames politiques : John Fitzgerald Kennedy fut assassiné car on avait découvert qu’il détenait un document de la plus haute importance sur l’emplacement exact de la Langue de Bois. Evidemment, il ne fallait surtout pas qu’il l’obtienne, sinon il aurait eu le pouvoir de réduire ses adversaires au chômage technique pendant de nombreuses années. Le Général de Gaulle, quant à lui, choisit de s’exiler en Angleterre non pas pour échapper aux Allemands, mais parce qu’il croyait avoir trouvé un indice lui permettant de supposer que la Langue se trouvait au fond d’un puits, dans le Sussex. Et pourquoi croyez-vous que Georges W. Bush a pris le risque insensé de se rendre en Irak le jour de Thanksgiving ? La raison officielle était : patriotisme généreux. Mais non ! Il pensait lui aussi avoir repéré la cachette de la Langue de Bois : dans la dinde qui devait être servie aux soldats. L’histoire est ingrate, car elle ne parle pas de l’indigestion du président des Etats-Unis pour cause d’excès de dinde. Et les exemples sont encore très nombreux. « Mais là n’est pas la question, se dit Léonard, il faut absolument que je trouve la Langue avant la trois cent soixantième expédition, sinon je me retrouverai sur la paille… »

 

Nous étions le 1er Janvier 2003, en plein Bordeaux. La nouvelle année commençait plutôt mal pour Léonard. Au cours de toutes ces années de recherche, on avait finalement pu avancer quelques précisions : on ne savait toujours pas où se trouvait la relique, mais on savait où elle ne se trouvait pas ! Léonard se rendit à la bibliothèque municipale de Bordeaux, là ou il espérait trouver quelque document oublié qui pourrait lui fournir un renseignement précieux quant à l’emplacement de l’objet.

 

Pendant ce temps-là, en Russie, Boris était dans le même embarras. Son employeur, l’Homme qui Tourne le Dos (car il ne l’avait jamais vu de face) lui avait assigné un ultimatum similaire : il lui donnait seulement 5 mois de plus pour trouver, faute de quoi il serait licencié lui aussi. Il ne faut pas oublier que la Langue de Bois permettrait à tous ces hommes d’acquérir un pouvoir immense sur le peuple, c’est la raison pour laquelle ils ne tenaient pas à être vu, même par leurs Explorateurs, jusqu’à la découverte du saint appendice. Ils étaient pour la majeure partie des hommes politiques de second rang, et ils recrutaient par l’intermédiaire d’hommes de confiance, qui donnaient la plupart du temps les ordres aux Explorateurs à leur place. Mais l’heure tournait, alors ils avaient pris le risque d’affronter face à face, ou dos à face pour certains, leurs Explorateurs, pour les prévenir de l’échéance. Les grands hommes politiques, eux ne pensaient pas avoir besoin de cet ustensile, qu’ils considéraient plus comme une fable qu’autre chose, et ils ne désiraient pas finir assassinés, car tout le monde aurait vite été au courant si un grand homme politique se mettait à la recherche de la Langue (c’est ce qui arriva à Kennedy). Seul Bush avait osé le faire (marque de courage ou d’inconscience ?...). L’avantage de ces obscurs politiques de second rang, comme l’Homme qui Tourne le Dos, était l’anonymat. La réaction de Boris fut immédiate : sa dernière chance se trouvait à la bibliothèque militaire de Moscou. Il allait éplucher les archives jusqu’à devenir myope.

 

Dans tous les pays du monde, tous les hommes politiques de second rang pressaient leurs Explorateurs à faire vite. De l’Homme qui Porte un Masque à l’Homme qui vous Bande les Yeux, ils s’affairaient tous à dépêcher des expéditions aux quatre coins du monde. Car ils savaient ce que personne à part eux ne savait : la Langue allait être détruite… En effet, son créateur, Jean de Bois, grand amateur de langue de veau, l’avait sculptée en 1102, et l’avait accompagnée d’une malédiction : si personne n’était capable de la trouver avant 900 ans en comptant à partir du jour de sa mort, elle s’auto détruirait. Jean de Bois mourut exactement un an après, en en s’étouffant après avoir avalé sa langue, suite à une chute de cheval. On savait qu’il était mort durant l’été 1103, ce qui ne laissait plus beaucoup de temps aux Explorateurs, mais c’était une torture encore plus insoutenable que de ne pas connaître le jour exact de la mort de Jean de Bois.

 

Nul ne sait par quel éclair Léonard fut frappé, mais il eut l’idée de génie d’aller fouiller dans les livres de contes du Moyen-Âge. Et il finit par trouver un conte qui traitait d’une Langue magique, en bois, qui donnait à son possesseur le pouvoir d’être cru quelque soit ce qu’il disait. La description concordait parfaitement avec son objectif… Survolté (rappelons qu’il avait été frappé par un éclair) il se plongea dans la lecture plus approfondie du conte. Et il finit par découvrir, page 467, une annotation qui décrivait l’endroit où Jean de Bois rangeait sa création : dans un coffre, au plus haut de la tour de son plus haut donjon, gardé par un dragon apprivoisé. Léonard cru tout d’abord avoir changé de conte sans s’en être aperçu, mais il s’avéra que non. Et ce donjon se trouvait… dans le Languedoc ! Et dire qu’il avait passé tant d’années à voyager en Laponie, en Sibérie, au Sahara, en Australie, et dans beaucoup d’autres lieux plus accueillants les uns que les autres… Après avoir relevé les indications essentielles à la localisation exacte du donjon, il avertit l’Homme à la Tête dans l’Ombre de son expédition, rassembla quelques experts, et partit vers la méditerranée…

 

Boris, lui était déjà en route. Il avait fini par trouver, dans un vieux livre d’histoires pour enfants, la légende du Donjon de Jean, situé près de Carcassonne, et il comptait bien trouver la Langue avant tout le monde et la garder pour lui…

 

Léonard fut le premier sur les lieux, et grâce aux indications du livre de conte et aux renseignements des villageois des alentours, il n’eut pas trop de mal à localiser le donjon. Incroyable mais vrai, il tenait toujours debout, mais on ne l’apercevait que si on s’en approchait tout près, comme s’il avait été ensorcelé. Léonard, grand amateur d’animaux mythiques, avait prévu quelques fusils à seringues hypodermiques pour le dragon. Il s’avéra par la suite que le dragon était effectivement toujours là, et que les seringues hypodermiques lui firent autant d’effet que des moustiques. Mais pour l’instant, Léonard se contentait d’avancer en direction du donjon. Il finit par arriver en vue de la tour, et enhardi par sa chance incommensurable, il se dirigea vers l’entrée. Une statue, qui représentait vraisemblablement Jean de Bois, gardait l’entrée, et au pied de celle-ci étaient gravés ces quelques mots : « Toi qui cherche ma Langue, tourne plutôt la tienne sept fois dans ta bouche avant de t’adresser à moi. ». Léonard, au comble de l’excitation, ne tint pas compte de l’avertissement et voulu franchir le seuil, mais au moment ou il voulut enjamber la flaque qui s’étendait à la base de la statue, il fut stoppé par un champ de force dont il ne parvint pas à déterminer l’origine. C’est alors que la statue s’anima : « Si tu veux passer, il te faut répondre à mon énigme. Si tu réussis, tu seras autorisé à avancer. Si tu échoues, tu seras précipité dans les profondeurs infernales. ». Léonard, quelque peu inquiet, perdit tout son enthousiasme et se retourna vers la statue… Elle s’adressa à lui une nouvelle fois : « Quel est l’animal qui marche à quatre pieds le matin, à deux pieds à midi, et trois le soir ? » Heureusement, Léonard, empreint de culture, connaissait l’histoire d’Oedipe et il donna la bonne réponse… (si vous ne la connaissez pas, cherchez !). La statue, folle de rage, se jeta dans la flaque et disparut, comme aspirée dans un trou profond. Léonard, pas plus impressionné que cela, franchi le seuil accompagné de son équipe scientifique et se dirigea vers la plus haute tour du donjon…

 

Simultanément, Boris atterrit à l’aéroport de Toulouse et, sans plus attendre, se dirigea vers Carcassonne avec son expédition. Il venait accompagné de mercenaires équipés de Kalachnikovs, car on ne savait pas ce qui pouvait arriver, il ne voulait pas prendre le risque de manquer sa chance.

 

Un des scientifiques, en sondant la tour à l’aide d’un appareil à infrarouges, avait vu le coffre, et son emplacement. Il avait aussi vu le dragon. Il s’appelait Rex, il avait faim, et il ne parlait pas Français. Léonard comprit vite qu’il ne pourrait pas pénétrer de force, ayant épuisé son stock de fléchettes hypodermiques. Il établit un camp à quelques encablures du pied de la tour, et réunit son équipe afin de déterminer la meilleure stratégie pour pénétrer dans le donjon. Ils finirent par tomber d’accord : ils allaient construire un dragon de bois, se glisser dedans et ainsi s’introduire dans le donjon pour récupérer le coffre. L’idée en soi n’était pas mauvaise, mais elle n’eut pas beaucoup de succès. Le dragon, dérangé par l’apparition de ce rival en bois, se mit en colère. Il n’avait plus que quelques mois à tirer, à garder cette maudite Langue de Bois, et voilà qu’on lui mettait du bois sous le nez. Il avait très mauvais caractère, il était extrêmement susceptible, et surtout il était loin d’être stupide. A l’inverse des scientifiques, le dragon n’avait pas oublié que le bois brûle très bien, et il entreprit de faire griller la construction hardie de l’expédition de Léonard. Les quelques rescapés rentrèrent au camp dans un état assez lamentable, et Léonard se mit à chercher une autre idée.

 

C’est alors que Boris arriva en vue du donjon à son tour. Il n’eut aucun mal à y pénétrer, tout le travail ayant été effectué par les Français. Il fit lui aussi la connaissance avec l’aimable dragon, et il décida d’établir un camp, pas très loin du pied de la tour, diamétralement opposé à celui de Léonard, pour réfléchir à la meilleure stratégie pour prendre le coffre.

 

Par pure coïncidence (si si je vous assure !), les deux équipes décidèrent de mener une attaque frontale au même moment. Léonard et ses hommes avaient déniché des vieilles armures et des épées rouillées, et les plus téméraires d’entre eux s’étaient grimés à la mode des chevaliers ; Boris et ses hommes possédaient des armes et espéraient qu’elles suffiraient pour abattre un animal aussi imposant. Le dragon se retrouva pris entre deux troupes, et, surpris de la soudaine apparition de chevaliers de l’ancien temps, il n’eut pas le temps d’éviter les Russes. Il fut abattu. Quelle ne fut pas la surprise des deux expéditions de voir qu’elles n’étaient pas seules, et qu’elles poursuivaient à priori le même but. Ils décidèrent de jouer la Langue de Bois à pile ou face, et Léonard, empreint de chance et de sagesse, l’emporta (la sagesse n’a d’ailleurs rien à voir là-dedans…). Il s’empara du coffre et se mit en route pour Bordeaux.

 

Grande est la soif de pouvoir des hommes. L’Homme à la Tête dans l’Ombre fut pris d’une crise d’hystérie, submergé par la joie, quand il apprit le succès de l’Explorateur. Il prit le coffre, congédia Léonard, et s’enferma dans son bureau pour l’ouvrir…

 

Cette année là, il y eut beaucoup de mensonges, de promesses non tenues, de souhaits ; beaucoup de journalistes s’étant aventurés à interviewer des hommes politiques influents n’obtinrent jamais les réponses à leurs questions ; beaucoup d’interrogations restèrent sans réponse, ayant été déviées vers des sujets complètement différents… On suppose que la Langue de Bois a circulé de mains en mains, d’hommes en hommes, et qu’elle a arrangé bien des situations embarrassantes dans lesquelles ces politiques avaient été mis par des curieux. Je suis maintenant en mesure d’affirmer sans le moindre doute que la langue a été cassée, et que les fragments ont été distribués aux hommes politiques qui en avaient le plus besoin. L’effet fut immédiat, mais selon la taille de l’éclat de langue que l’homme recevait, sa capacité à embrouiller un journaliste était plus ou moins forte.

 

A ce jour, on ne sait pas si les fragments existent toujours ou si ils ont été totalement détruits, mais une chose est sûre : beaucoup d’hommes de pouvoir y ont maintenant pris goût, et nous ne sommes pas prêts d’entendre la vérité…

Jeudi 8 janvier 2004 à 14:59

Aujourd'hui est un jour parfait pour s'attaquer à Nous. Encore et toujours à Nous. Mais si Nous prenons conscience de ce que Nous sommes vraiment, Nous aurons peut-être une chance de Nous sauver du désastre... Avez vous déjà remarqué comme les garçons, depuis la phase de pré-adolescence jusqu'à un jeune âge avancé, n'aiment pas parler de sentiments ? Allons plus loin : avez vous souvent entendu un mec dire "j'aime cette fille, je ferais n'importe quoi pour elle, je suis prêt à lui sacrifier tout mon temps... etc" ? Non. Pourquoi ? Parce que l'homme (attention, je parle ici de l'être masculin, par opposition à la femme), n'aime pas donner de lui une image sentimentale, mais plutôt une image de dominateur. Par exemple, un lycéen déclarera qu'une fille est bonne, et qu'il a envie de coucher avec elle puis de la jeter. Ca fait rire les copains, ca fait tourner la tête aux filles, mais dans son groupe de potes, il y en aura souvent un qui, intérieurement, se dira "Elle est vraiment magnifique, j'aurais envie de passer des heures avec elle, juste pour être avec elle" mais il ne l'exprimera pas sous peine de passer pour un sentimental ridicule. L'instinct de survie. Voilà ce qui pousse l'homme à se donner une apparence sûre de lui et brutale. Il cherche, sans le savoir, à montrer à son voisin qu'il sait très bien comment "ça" marche, et qu'il n'a pas de place pour les sentiments qui pourrissent l'efficacité reproductrice de l'homme. Se reproduire, c'est vital. Ainsi, cet instinct transparaît au travers des propos abjects des collégiens, lycéens et étudiants du monde entier. Encore que la tendance aille nettement à l'amélioration chez les étudiants. Ce constat s'applique sans peine à un autre type de comportement, ultra présent chez les jeunes : l'affirmation d'une identité sexuelle, et pourtant souvent imaginaire. Je m'explique : vous vous souvenez certainement, c'était la semaine dernière, votre ami Jules-Gilbert vous a répété une énième fois "Ouais moi j'ai beaucoup d'expérience, je suis un spécialiste du 69, ma copine me s**e souvent etc etc etc...". Ridicule... Quel est l'apport social de ce comportement ? La personne incriminée passe pour un cador du sexe, un homme qui a déjà tout vu, qui est capable de se reproduire, donc qui est fort. Par la même occasion, cette attitude ravale la femme (la fille) à un rang préhistorique de reproductrice soumise. Encore une fois, l'instinct de survie, préconisant la reproduction à tout prix pour sauvegarder la race, prend le dessus sur les sentiments... Les sentiments : parlons-en !! A la lecture de ces lignes, on pourrait se dire "Mon dieu mais les adolescents de nos jours seraient donc incapables d'éprouver de l'amour ?" Non, je vous rassure. Il est caché, mais il existe. Un garçon qui est depuis quelques mois avec une fille et qui se sent bien avec elle ne dira pas "Je l'aime, ça marche bien entre nous, c'est génial" mais "On a expérimenté un nombre incalculable de positions" par exemple... Et pourtant, et dans un cas extrême sans se l'avouer, il aime cette fille. Malheureusement, il ne faut pas le montrer aux autres, car on passerait pour un pleutre. L'amour... Un concept qui n'émerge réellement à mon sens qu'après les 20 premières années de la vie de l'être humain de type masculin. Oh, il y a des exceptions, bien sûr, mais le plus souvent, ce qu'un jeune de 16-17 ans aura l'audace d'appeler de l'amour, ce ne sera pas vraiment de l'amour pur. Mais, "c'est quoi l'amour ?" demandera la petite soeur ou le petit frère, toujours curieux d'en savoir plus ! Saurez-vous répondre à cette question ? Je vous le dis franchement : vous avez peu de chances de pouvoir y répondre clairement. Moi même je n'y arriverai pas. Je vais donc contourner le problème et associer des notions plus concrètes à l'amour, ce qui permettra de mieux cerner ce sentiment, mais sans pour autant lui donner un sens véritable. La première notion associée est le manque. L'être aimé, lorsqu'il n'est pas à vos côtés, vous manque. Une très belle citation (malheureusement je suis incapable de m'en souvenir l'auteur, si vous pouviez me rafraîchir la mémoire, faites le dans un commentaire !!!) dit ceci, qui est très évocateur : "L'absence est à l'amour ce qu'au feu est le vent : il éteint le petit, il rallume le grand". La deuxième notion est la fierté. Nous sommes fiers, nous, petits hommes, de nous montrer en couple, pour afficher notre bonheur à la face du monde entier. La troisième notion serait la patience. En effet, même si cela vous parait totalement saugrenu, un humain qui aime est prêt à attendre pour n'importe quoi pour sa moitié. Vérifiez, je suis sûr que vous verrez que c'est vrai... Quelques notions en vrac qui pourraient être associées à l'amour : la haine, la peur, la tendresse, l'envie, le bien-être... Tant de choses ! "C'est ça, l'amour !" Tout ça... joKeR

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